La grâce de Dieu ne se multiplie que là où elle rencontre
des âmes suffisamment vaillantes et généreuses pour en faire profiter leur entourage.
Quand on la garde égoïstement pour soi,
elle s'épuise et finit par se tarir.
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a donné l'impulsion d'un tournant dans l'Église.
Grâce à l'intuition profonde qui était la sienne, on est passés de la recherche de la sainteté
à coups de vexations, d'humiliations, de pénitences imposées et d'exigences de toute sorte
à une sainteté basée sur l'amour du prochain dans les grandes et les petites choses,
dans tous les détails habituels de la vie de tous les jours.
Elle a enlevé une grosse couche de poussière janséniste qui était restée dans l'Église,
et a permis à tous de revenir à l'intuition toute simple des Évangiles.
Jésus n'est pas juste "le fils du patron", comme le disait Albert Dupontel dans un sketch.
Il est celui à qui tout a été donné, parce qu'il s'est montré fiable dans les petites choses.
Oui, la croix est une petite chose comparée au poids infini de gloire qui lui a été confié,
et pourtant, quand il y a été confronté, c'est la plus difficile des choses qui lui soit jamais arrivée.
Il ne faut pas oublier que Jésus est vrai Dieu, certes, mais aussi vrai homme :
c'est donc à un homme, le premier d'entre nous, certes, mais l'un d'entre nous tout de même,
que l'univers et tout ce qu'il contient a été donné.
La générosité de Dieu envers ceux qui ont supporté l'épreuve avec lui
n'est-elle pas extraordinaire, et digne des quelques efforts qu'il nous demande ?
Le péché originel a mis en nos coeurs la tentation de nous prendre pour Dieu.
C'est pour ça qu'on le voit facilement comme un adversaire ou comme un problème,
qu'on a du mal à accepter ses commandements et à les mettre en pratique,
et qu'on aime jouer à Dieu en décidant nous-mêmes de la vie et de la mort,
dès avant la naissance et jusqu'à la vieillesse.
Seulement voilà, quoi que nous dise notre orgueil ou notre désir de toute-puissance,
Dieu, ce n'est pas nous, et soit nous nous mettons à sa suite et tout se passe bien,
soit nous nous opposons à lui et, tôt ou tard, nous finirons défaits et humiliés.
Ce n'est pas une menace ni un conte pour faire peur,
c'est juste la stricte vérité.
Dieu permet la conversion à qui est prêt à changer de vie,
à abandonner sa façon de faire mauvaise pour agir selon le bien :
il ne retire pas la possibilité du salut à qui fait l'effort de tourner le dos au mal et au péché.
On ne peut pas en dire autant pour les êtres humains entre eux.
Quand quelqu'un a mal agit, on ne lui laisse pas tellement de place pour s'améliorer :
tout ce qu'on veut, c'est qu'il soit puni et qu'il disparaisse de la vie publique,
et le plus définitivement possible sera le mieux, pense-t-on.
C'est là qu'on voit que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées.
On n'est pas d'autant plus saint que l'on est plus intransigeant ou exigeant.
Le b.a ba de la sainteté, c'est d'aimer son prochain, donc d'avoir de la bienveillance, entre autre,
pas de le noyer sous les reproches, les mises en accusation ou les condamnations.
À Dieu la justice. À nous, il ne demande que de nous aimer, pas de nous juger les uns les autres.
S'il est impossible d'aimer sans passer par la croix,
ce n'est pas par goût de la souffrance ou de la mortification,
mais parce que, dans un monde soumis au péché,
aimer n'est plus naturel : ça coûte, c'est fatigant, et on s'en lasse vite.
Du coup, aimer avec persévérance demande un effort considérable,
voire des sacrifices qui peuvent nous sembler démesurés et douloureux.
Devant la maladie ou la mort, on est toujours profondément seul,
quand on est celui qui doit y passer, parce que personne ne va le faire à notre place.
Bien. Mais ce n'est pas une raison pour abandonner ceux qui s'y trouvent,
et pour ne pas essayer d'être là, autant que faire se peut, même si nous n'y pouvons rien.
Notre sentiment d'impuissance ne doit pas inhiber la charité la plus élémentaire
qui consiste à tenir la main de ceux qui souffrent
et à accompagner ceux qui partent jusqu'à la porte qu'ils devront franchir seuls.
Il n'y a pas grand-chose qui soit réellement important au cours d'une vie.
Les liens qu'on entretient avec les uns et les autres, ça fait partie de ces choses importantes,
et pourtant, pour des tas de raisons liées de plus ou moins près à notre égoïsme,
ça fait partie de ce qu'on laisse volontiers en dernier dans la liste des choses à faire.
Je ne fais jamais de messes "des familles", "des enfants" ou de quelque autre catégorie.
La messe, c'est faire mémoire du sacrifice non-sanglant du Christ,
ce n'est pas un show que l'on puisse réserver à telle ou telle catégorie pour le lui rendre agréable.
En plus, quand une catégorie de population a "sa" messe, il n'est pas inhabituel
qu'elle n'aille pas aux autres messes parce qu'elles ne lui sont pas réservées.
Créer du communautarisme au sein de la communauté, j'ai toujours trouvé ça contre-productif.
Quand Dieu nous demande de pardonner, il ne demande rien qu'il ne fasse lui-même.
S'il n'y avait pas de pardon en lui, l'humanité aurait disparu dès le péché originel,
et chacun de nous mériterait, par ses péchés personnels, de disparaître.
Si on ne sait pas pardonner, il faut demander l'aide de Dieu :
c'est un art dans lequel il est passé maître, au prix même de la vie de son Fils.
Beaucoup de paroissiens "de toujours" sont réfractaires à tout changement en paroisse,
qu'il s'agisse de l'horaire des messes, de la place des statues ou des chants de la messe.
La vie change en permanence.
Les seules choses qui ne changent jamais d'elles-mêmes sont celles qui ne sont pas vivantes.
L'église n'est pas un musée intangible. C'est un lieu de vie. Donc sujet au changement.
Ils ne sont pas toujours opportuns, peut-être, mais ils sont inévitables,
et non pas systématiquement mauvais par définition.