Pour comprendre la gravité du péché, il suffit de voir où il mène :
c'est par un péché que la mort est entrée dans le monde.
Si ceux qui prétendent que les péchés n'existent pas avaient raison,
plus personne ne mourrait.
Avoir un coeur droit et sincère, ça ne suffit pas pour être dans la vérité,
encore faut-il la trouver et la suivre.
Mais c'est un élément indispensable quand on a la ferme intention
de suivre, tout au long de sa vie, les enseignements du Christ
afin de parvenir, comme lui, au Royaume éternel de son Père.
On peut parfaitement avoir d'autres activités, quand on est prêtre,
que d'organiser réunion sur réunion dans notre paroisse.
Il est tout à fait légitime de consacrer du temps à d'autres choses,
parce que toute activité (honnête) peut être l'occasion de rencontrer des gens
à qui on n'aurait jamais eu l'opportunité de parler de Dieu
si on n'avait pas été les rejoindre là où ils se trouvent.
Et il faut voir les choses en face : l'immense majorité des gens,
ce n'est pas dans les églises qu'on va les trouver,
mais sur le lieu de leur travail ou de leurs loisirs.
Il est facile de se tromper d'objectif dans la vie,
et de perdre toutes ses forces et tout son temps pour obtenir des broutilles.
Seule la recherche de la vie éternelle dans le Royaume de Dieu vaut la peine :
tant qu'on n'y est pas, tout ce qu'on obtient est destiné à être perdu, tôt ou tard.
Quand on y sera, on aura bien le temps de faire et d'obtenir tout ce qui nous passe par la tête.
Il est important d'admettre qu'il est possible que l'on se trompe,
sur absolument tout ce que l'on pense être vrai,
parce que même ce qui est vrai, on peut le comprendre de travers.
Si on n'est pas capable d'accepter qu'on a parfois tort,
on passe de la recherche de la vérité à l'intransigeance du fanatisme.
Il est très facile de s'habituer à être servi,
surtout quand on est entouré de gens qui ne cessent de nous le proposer.
Il faut faire très attention à ça quand on est prêtre,
parce que l'ordination ne nous exempte pas de la tentation
de se prendre pour quelqu'un d'important à la façon du monde.
Ça serait même parfois plutôt le contraire.
Chercher à imposer chez les autres la volonté de Dieu,
c'est parfaitement abusif parce que lui ne l'a jamais fait :
il se contente de nous la proposer.
Son but n'est pas d'être obéi aveuglément mais d'être aimé.
Personne de raisonnable ne chercherait à être aimé
à coups d'ordres aboyés et de coups de bâton.
Mais il arrive que des chrétiens agissent déraisonnablement,
poussés par un zèle qui ne vient pas de la Foi, qui ne peut être que proposée,
mais du plaisir que ça leur procure d'être obéis sans discuter, et qu'ils aiment imposer.
La morale chrétienne c'est, par définition, l'imitation du Christ.
Mais faire la morale à tout le monde, c'est souvent exiger des autres qu'ils nous obéissent,
et qu'ils fassent sans réfléchir et avec application tout ce qu'on leur dit qu'ils doivent faire.
Le Christ, lui, n'exige jamais qu'on l'imite.
Il se contente de faire ce qu'il a à faire, et ça le mène à la mort, puis à la résurrection.
Libre à chacun de le suivre s'il a l'intention de parvenir au même résultat.
Quand on est prêtre, la tentation peut être grande de faire des différences entre les chrétiens,
selon le degré de sainteté ou de perfection supposée qu'on attribue à l'un ou l'autre.
C'est le résultat d'une double injustice : tout d'abord, on n'a pas le don magique de sonder les coeurs, et on peut se tromper totalement sur la sainteté véritable des gens à tous les coups.
D'autre part, quand bien même certains seraient effectivement plus ou moins saints que les autres,
Dieu fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes, et Jésus est venu pour les pauvres pécheurs.
Alors la tentation de privilégier la qualité à la quantité dans les paroisses, on peut l'avoir,
mais il ne convient pas qu'on y succombe.
C'est tout de même fou, à chaque annonce de confinement ou de fermeture de magasins,
les gens se précipitent pour faire des courses comme si leur vie en dépendait,
même après avoir constaté à diverses reprises qu'ils n'allaient manquer de rien.
Mettre toute son espérance dans la possession de biens matériels,
ça n'est malheureusement pas une solution efficace à long terme
pour affronter les difficultés de la vie.
Il serait bien plus utile de méditer sur ce qui est susceptible de nous apaiser
et de nous rendre véritablement heureux.
Aujourd'hui, il me semble bon de méditer sur le début de la première lecture : vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché.
Je suis toujours ébahi quand je rencontre des chrétiens qui ont une façon païenne de considérer leur religion. Beaucoup pensent qu'il s'agit d'une histoire d'échange de bons procédés : on donne à Dieu deux ou trois bricoles qui lui font plaisir, par exemple la messe de Noël et celle de Pâques, plus un cierge de temps en temps et un mariage ou un baptême par-ci par-là, et en échange, déjà il nous laisse en paix, et en plus il nous protège des accidents de la vie. Dieu serait une sorte d'assurance que tout va bien se passer, et le paiement exigé serait purement formel, et tiendrait à deux ou trois rites dont on parsème sa vie à l'occasion. Voilà bien une attitude qui n'a rien à envier aux religions païennes, qui avaient exactement le même mode d'emploi.
Pourtant Jésus nous dit qu'il nous a fait connaître la volonté du Père, et que désormais nous ne sommes plus ses serviteurs, mais ses amis, parce que nous connaissons le plan divin sur l'humanité. Ce plan, c'est de rétablir le bon ordre de l'amour, à savoir aimer Dieu par-dessus tout, puis son prochain, puis soi-même. En donnant notre vie les uns pour les autres, avec générosité.
Qu'est-ce que résister dans notre lutte contre le péché, sinon résister aux manques d'amour qui ne cessent de chercher à nous ramener à nos besoins égoïstes, en négligeant ceux des autres et plus encore l'amour envers Dieu ? Ça laisse toute sa place à notre initiative personnelle, à l'exercice assumé de notre libre arbitre, à la liberté qui est la nôtre et à laquelle nous n'avons pas à renoncer. Il s'agit de vouloir ce que Dieu veut et d'agir comme le Christ a agit, lui qui s'est livré pour nous et qui nous a donné sa vie sur la croix. Il s'agit de prendre l'amour au sérieux, et non pas de le vivre en dilettantes, jetant des miettes par-ci par-là quand ça nous chante pour avoir la conscience tranquille.
Notre vie suit-elle celle de Jésus ? Mettons-nous nos pas dans les siens, agissant avec générosité envers Dieu et envers notre prochain ? Nous battons-nous pour la dignité des faibles ? Débordons-nous de générosite, de bienveillance et de pardon ? Passons-nous du temps en compagnie de Dieu, chez lui, à l'église où il demeure réellement présent sous la forme sacramentelle ? Prions-nous sans cesse pour lui demander de nous donner le courage de vivre selon sa volonté ?
Le christianisme est une religion de liberté : liberté d'aimer sans limites, comme Jésus nous a aimés. N'en faisons pas une relation commerciale à bas coût.
Ce qui est fascinant avec les foules en colère,
c'est que ceux qui la constituent pensent tous exercer leur liberté personnelle,
quand bien même ils auraient été trompés et manipulés pour en arriver là.
Quelle que soit la force du pétard, il faut toujours que quelqu'un ait allumé la mèche pour qu'il saute,
et c'est toujours quelqu'un du côté du pétard qui l'allume, pas du côté de là où il va sauter.