Moins on est,
plus on s'efforce de paraître.
Un curé de paroisse n'est pas un juge ni un maître d'école,
il n'est pas là pour juger ses paroissiens ou pour distribuer des bons ou des mauvais points,
mais pour aider et accompagner toute personne qui cherche Dieu
et qui veut, même maladroitement, s'efforcer de faire sa volonté, ou au moins une partie.
Tiens, j'entends de plus en plus souvent des chrétiens très très croyants
traiter de "possédés" ou de "francs maçons" tous ceux qui les irritent,
que ce soit parce qu'ils ne pensent pas comme eux ou parce qu'ils ne les aident pas.
Alors on peut être très très croyant et avoir tort sur plein de sujets,
et ce n'est pas parce qu'on est très très croyant que tout le monde nous doit des services.
Déprécier systématiquement toute différence de façon de penser ou d'agir n'est pas légitime,
et ça a plus à voir avec de l'amour propre blessé qu'avec une opposition des gens à Dieu.
Avoir la foi ne fait pas de nous des dieux intouchables que tout le monde devrait vénérer.
Il y a des gens qui pensent que, parce qu'ils sont chrétiens,
ils sont nécessairement protégés de tous les problèmes qui atteignent le reste de l'humanité.
Alors s'il fallait qualifier cette croyance, je n'appellerais pas ça de la confiance,
mais plutôt de l'orgueil superstitieux.
Jésus lui-même n'a échappé ni aux tentations, ni à la trahison, ni à l'injustice,
ni au mépris des "parfaits", ni à leur haine féroce, ni à la souffrance, ni à la mort.
Qu'est-ce qui nous fait croire que nous, pécheurs, ne devrions risquer aucun mal,
alors que Jésus a souffert des conséquences des péchés du monde
sans en avoir jamais commis aucun lui-même ?
Prétendre être disciple fidèle du Christ mais ensuite supporter sans combattre
les suggestions du diable de haïr telle ou telle personne, quelle qu'en soit la raison,
c'est un contresens.
"Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".
Voilà l'enseignement du Christ, et ses disciples ne peuvent pas faire moins
que de s'efforcer, de toutes leurs forces, d'imiter leur maître et Seigneur.
Il serait temps, tout de même, que les chrétiens qui ne considèrent Dieu que comme Créateur,
au risque parfois d'aller même jusqu'à tomber dans le créationnisme,
passent un jour au l'autre à Dieu qui est Amour,
ce qui constitue, il faudrait s'en souvenir, la spécificité du christianisme.
La question de Dieu n'est pas d'abord celle de savoir comment il nous a créés,
mais comment il nous aime, et l'amour qu'il attend de nous envers lui et les uns envers les autres.
Je ne sais pas si la Foi est donnée à tous de manière équitable,
ou si Dieu ne la donne qu'à ceux qui en ont le plus besoin.
Toujours est-il que, si c'est ça le critère de distribution,
je suis heureux de faire partie des indigents et des petits pour lesquels,
sans la Foi, la vie apparaîtrait bien fade et peu intéressante.
J'ai constaté que, quand j'enseigne quelque chose,
ce que je dis passe au crible des préjugés des personnes qui écoutent.
Total, quand ils retranscrivent ce dont j'ai parlé,
je ne retrouve pas les enseignements que je croyais naïvement leur avoir transmis,
mais ce qu'ils pensaient avant, revêtu de quelques arguments qui leurs conviennent,
sélectionnés dans ce que j'ai dit, mais dépouillé de tout ce qui n'allait pas dans leur sens.
Dieu est amour.
Tout rejet de l'amour est donc, qu'on le veuille ou non, une offense envers Dieu.
C'est la raison pour laquelle lui seul peut pardonner les péchés.
Mais il a donné à son Fils venu parmi nous le pouvoir de donner le pardon des péchés en son nom.
Et son Fils a remis ce pouvoir entre les mains des apôtres,
qui l'ont transmis, jusqu'à ce jour, à leurs successeurs les évêques
et à leurs collaborateurs les prêtres.
C'est pour cela qu'un prêtre ou un évêque peut, en vérité,
donner le pardon des péchés au nom de Dieu,
chose impossible à qui que ce soit d'autre.
Jésus est notre sauveur, ok. Il nous sauve de la mort, ce qui est plutôt pas mal.
Mais il nous sauve aussi du péché, ce qui est encore mieux, en vérité.
Le péché c'est le refus d'aimer, et sa conséquence c'est fatalement le manque d'amour.
Or, sans amour, à quoi bon ressusciter, ou même vivre éternellement ?
Sans personne qui nous aime, sans personne à aimer, la vie est une punition permanente !
Quelle horreur, si nous devions ressusciter dans ce monde où l'amour n'existe absolument pas,
que l'on appelle l'enfer.
Ça fait très longtemps que je pense que l'obsession pour les nouvelles et les infos est néfaste.
C'est pour ça que je ne regarde pas les infos, ou très peu, à dose infime.
Personne n'a les épaules pour porter le poids des malheurs du monde, à part Dieu.
À nous, tout ce que ça nous apporte, c'est du stress, des angoisses, du pessimisme,
de l'amertume, de la jalousie, de l'envie, de la colère, du désespoir, de l'incompréhension, etc...
sans compter que ça nous désensibilise, à force, parce qu'être empathique avec tout est intolérable.
Or, surprise ! Quand on éteint la radio, la télé ou le net, en fait la vie ne va pas si mal que ça,
parce que dans la vraie vie, on ne vit pas enfoui sous des kms de cendres grises.
L'évangile que nous contemplons aujourd'hui est impressionnant. Tout d'abord, parce qu'on voit de grandes foules s'approcher de Jésus. Des grandes foules ! Quand on compte le "petit reste" de nos paroisses, ça ne peut pas nous laisser indifférents. Quelle soif de Dieu ont ces gens pour suivre Jésus, et rester là pendant trois jours, à camper sur place, pour l'écouter mais surtout pour lui apporter tous leurs malades et les faire soigner. Tout laisser pour suivre Dieu, même trois jours, c'est déjà quelque chose. En plus, ils sont venus un peu au hasard, parce qu'ils n'ont rien prévu pour se nourrir. Rien n'a été planifié. Pas d'affiches, de tracts, de réunions de préparation, de responsables... non, des gens ont vu Jésus quand il revenait de la région de Tyr et de Sidon, la voix a couru, et les gens sont venus en masse pour voir le prophète. Il vient de soigner la fille d'une cananéenne, il va sûrement encore faire des choses extraordinaires ! Et il les fait. Il guérit les boiteux, les aveugles, les estropiés, les muets, et bien d'autres encore, bref il ne se dérobe pas, parce qu'il a pitié de cette foule qui n'a pas d'autres moyens pour se soigner que de venir le voir. Puis il décide de les renvoyer, mais il s'inquiète pour eux, et ne veux pas qu'ils défaillent en chemin, alors il multiplie les pains et les poissons pour que tous mangent et soient rassasiés avant de repartir chez eux.
Voilà une scène émouvante. Le Fils de Dieu est là, au milieu du peuple, pour s'occuper personnellement de chacun. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que, depuis cette époque, il demeure au milieu de nous pour que nous ne manquions jamais de sa présence. Les gens l'ont trouvé au bord de la mer de Galilée ? Eh ! Il est présent, de façon permanente, dans les tabernacles de nos églises. Il est si simple, aujourd'hui, d'aller le voir si on le désire ! Par contre, pour ce qui est des miracles, ils ne sont pas garantis, c'est vrai. Et il n'y a plus de multiplication des pains et des poissons. Qu'à cela ne tienne ! Quand nous assistons à la messe, nous pouvons manger non plus un pain qui nous remplit l'estomac, mais son corps qui nourrit notre âme. Peut-être ne soignera-t-il pas nos maladies ou nos handicaps, mais il répare notre âme et la tourne vers lui. Puis il nous renvoie, à la fin de l'eucharistie, afin que nous annoncions chez nous tout ce qu'il nous a fait connaître.
J'aurais bien aimé voir Jésus sur les collines qui entourent le lac de Tibériade. C'est vrai, le voir en chair et en os, assister à ces guérisons miraculeuses, ça devait être quelque chose d'extraordinaire. Mais en vrai, je suis encore plus heureux de le voir, chaque fois que je le veux, parce qu'il demeure présent dans l'eucharistie. Être en présence de Jésus, aujourd'hui, c'est la chose la plus simple au monde : il suffit d'aller le voir dans les églises. Lui ne bouge pas. On n'a pas besoin de courir de partout pour le trouver. Il est là, pour nous, à nous attendre. Bien sûr, on peut trouver sa présence spirituelle partout, puisque nous avons reçu l'Esprit Saint lors de notre baptême. Mais à l'église, on est en présence de lui physiquement, même si c'est sous la forme sacramentelle. On peut lui confier nos joies, nos peines, nos souffrances, nos malheurs ou nos difficultés. On peut recevoir le pardon de Dieu au confessional. On peut même le manger lors de la communion, pour ne pas défaillir devant toutes les difficultés de la vie. Il faut juste prendre le temps d'aller le voir : il est là, au milieu de nous. Il t'attend.