Les plus belles qualités du monde,
si elles ne sont pas alliées à la constance,
n'ont que la beauté d'un coup d'épée dans l'eau.
Je comprends l'instinct grégaire qui fait que, quand quelqu'un jette une première pierre,
tout le monde se sent autorisé à y aller de son petit caillou.
Mais on ne peut pas suivre cet instinct comme si de rien n'était quand on est chrétien.
C'est une foule qui s'est laissée entrainer à réclamer la condamnation de Jésus.
La plupart ne devaient même pas savoir qui c'était ni pourquoi ils criaient.
Ne faisons pas comme eux, à hurler avec les loups des "crucifie-le !" à la moindre occasion.
La Foi n'a rien à voir avec la crédulité, et encore moins avec la superstition.
Ce n'est pas parce qu'on croit que Jésus est le Fils de Dieu, et qu'il est ressuscité des morts,
que l'on doit croire tout ce qui passe à notre portée et qu'on doit s'exciter
chaque fois que quelqu'un prétend voir la Vierge ou annonce la fin du monde toutes les cinq minutes.
C'est important d'avoir des prêtres qui restent longtemps dans leur paroisse.
Il faut un temps fou pour connaître les gens et s'en faire connaître,
pour que la confiance s'installe, et avec elle, l'envie de bien faire et de faire plaisir.
Et tant que cet qualité environnement n'est pas atteint,
il est plus difficile que l'annonce de l'évangile porte les fruits qu'on en attend.
Je ne sais pas d'où vient cette mode actuelle de faire des baptêmes qui ressemblent à des mariages,
avec des dizaines et des dizaines d'invités,
mais c'est une très mauvaise idée et ça serait bien de passer à une mode plus sobre.
Tout d'abord, tant que tout le monde n'est pas libre, le bébé attend son baptême.
Ensuite, ça coûte un fric fou, résultat, des retards qui peuvent prendre plusieurs années.
Enfin, il est impossible d'avoir une communauté priante quand il y a 80 personnes
qui n'ont pas l'habitude de venir à l'église pour autre chose que pour des fêtes ponctuelles,
et qui ne savent pas plus faire un signe de croix que réciter un Notre Père.
Je regrette vraiment l'époque où le bébé avait moins d'un mois, et qu'il était accompagné
de ses parents, parrain et marraine, plus uniquement ceux qui vivaient sous le même toit que lui.
Ça va être un peu une méditation fourre-tout, aujourd'hui, parce qu'il y a pas mal de choses différentes à voir dans les lectures de la messe. Tout d'abord, dans la première lecture, on voit les apôtres comparaître devant le Conseil suprême pour être interrogés puis fouettés. Je suis toujours impressionné par leur attitude devant ce genre d'épreuves. "Conseil suprême", ça fait drôlement sérieux. Être convoqué devant les grands pontes du moment, ça devait être impressionnant. Et pourtant, ils ne perdent pas leurs moyens. Plus encore, après avoir été fouettés, ils ressortent tout joyeux d'avoir été jugés digne de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Ah ! Si tous les chrétiens avaient cette fierté d'appartenir au Christ ! Comme il est douloureux de les voir, parfois, ne pas oser prier à voix haute pendant une célébration, alors qu'ils sont à l'église, chez eux, mais qu'ils ressentent une sorte de honte confuse de montrer publiquement qu'ils sont croyants ! Combien d'enterrements sans qu'un son ne sorte de la bouche de l'assemblée, combien de baptêmes sans qu'un temps de silence et de recueillement ne soit accordé à Dieu... Oui, c'est un peu une plainte, mais c'est que le contraste avec la fierté, l'enthousiasme et l'allégresse des apôtres est trop grand pour qu'il puisse être passé sous silence. Soyons fiers d'être chrétiens, au moins quand on est en train de prier tous ensembles à l'église ! Ça me semble être un minimum, mais trop souvent, il n'est même pas atteint.
Un autre petit point du jour, c'est qu'aujourd'hui, normalement, on devrait fêter saint Joseph travailleur. Mais on ne le fête pas, ou plutôt si, on le fête de la meilleure façon qui soit, en fêtant le Christ ressuscité. En effet, la règle liturgique, c'est que toute fête des saints qui tombe un dimanche est pour ainsi dire dissoute dans l'évênement majeur et prioritaire de la résurrection du Christ, qui dépasse toute autre réjouissance. Et c'est bien normal ! La vie des saints, pour aussi belle et édifiante qu'elle soit, doit nous aider à tourner notre visage non vers les saints en question, mais vers le Christ, qu'ils ont suivi avec tant d'enthousiasme et de constance. Quand on montre la lune du doigt, c'est la lune qu'il faut regarder, pas le doigt. Là, c'est pareil, et c'est l'occasion de nous en souvenir : les saints, même le très aimé saint Joseph, sont tous un rappel de l'importance fondamentale de la résurrection du Christ, prémices de notre propre résurrection. Mais comme ils ne sont que vénérés, alors que Dieu est adoré, la fête de la résurrection du Christ qui constitue le dimanche contient en elle toutes les fêtes de saints possibles et imaginables, et c'est à la fois juste et bon qu'il en soit ainsi, quoi qu'il en soit de nos dévotions particulières.
Enfin, on voit aujourd'hui la triple profession d'amour de Pierre, qui suit, tout le monde le sait, son triple reniement. Le critère de sélection du premier pape n'a pas été son intelligence, ses capacités, ni même sa fidélité, qui a défailli au moment de l'épreuve. Non, le seul critère qui importe à Jésus, c'est : est-ce que tu m'aimes ? Et Pierre est choisi parce que, bien que pécheur, souvent à côté de la plaque, parfois faible, il aime le Christ. Il faut bien retenir ce critère. C'est celui par lequel Dieu séléctionne les papes, et celui par lequel sera décidée notre entrée ou non dans son Royaume. Aimer Dieu par-dessus tout, et son prochain comme soi-même, voilà ce qui compte, voilà ce qui est véritablement important. Tout le reste, c'est bien mignon, mais c'est secondaire.
Vivre dans la lumière avec le Christ, ce n'est pas si simple.
Il s'agit de ne jamais rien faire qui serait honteux si tout le monde nous voyait le faire,
de n'avoir rien qui nous fasse rougir pour ce que les gens savent de nous,
mais aussi pour ce qu'ils ne savent pas et qui ne concerne que nous.
De ne pas avoir d'activités, de paroles ou de pensées pour les ténèbres et d'autres pour le jour.
Sans l'aide de Dieu, c'est tout bonnement impossible.
Même avec son aide, ça reste hautement improbable à vivre, en vérité.
Pauvres de nous ! Heureusement que Dieu pardonne ceux qui lui demandent pardon !
Quand je suis témoin des ambitions du "monde",
je mesure la distance qu'il y a entre quelqu'un qui s'efforce de suivre le Christ
et quelqu'un qui ne le connait même pas ou qui n'en a rien à faire.
Et vraiment, à choisir, j'envie plus la place des disciples de Jésus,
qui choisissent la paix, le partage, la bienveillance, la bonté, le don de soi, etc...
à celle des disciples de satan,
qui privilégient la recherche du pouvoir, de l'argent ou du plaisir
par la violence, la mauvaise foi, la manipulation, les abus ou la trahison.
Tout péché est certes, par définition, une offense à Dieu,
puisqu'il s'agit par nature d'un manque ou d'un rejet de l'amour, et que Dieu est Amour.
Mais c'est aussi, qu'on le veuille ou non, une offense à l'Église,
à sa sainteté et à la cohésion de la communauté qui la constitue.
C'est la raison pour laquelle la réconciliation ne peut être une demi-mesure,
et on ne peut se réconcilier avec Dieu sans le faire avec l'Église,
c'est à dire se décider à revenir à Dieu et à s'efforcer de mettre en pratique à nouveau sa Parole,
sans s'efforcer dans le même temps d'être en pleine communion avec l'Église
et avec les enseignements de Dieu qu'elle a la charge d'adapter à la vie contemporaine.
Le seul point commun que nous ayons entre chrétiens,
c'est notre amour du Christ et notre volonté d'être fidèles à ses enseignements.
En dehors de ça, il n'y a rien qui justifie que nous nous entendions bien,
parce que nous venons de tous les horizons possibles et imaginables.
C'est pour cette raison qu'il est du devoir de chaque chrétien
d'approfondir son amour du Christ et sa fidélité à sa parole,
parce que sans ça il est illusoire d'espérer vivre tous ensemble en communion de paix et d'amour.
Ce qui nous rend humains,
c'est le fait de ne pas toujours réagir à un stimulus par une réaction pré-programmée,
bref de ne pas réagir obligatoirement guidés par notre instinct, notre nature ou même notre cerveau.
On peut faire preuve d'imagination, de fantaisie, de bienveillance, de pardon, etc etc...
C'est en cela que nous sommes créés à l'image de Dieu.
C'est cette liberté d'action et de réaction (limitée dans notre cas, illimitée dans le sien)
qui fait la gloire de Dieu et qui nous rend capables de salut comme de condamnation.
Faire telle ou telle chose parce que je le veux bien, d'accord.
C'est ce qui donne toute la valeur à mes actes, surtout aux actes d'amour.
Mais les faire parce qu' "il faut", parce que "c'est comme ça et pas autrement",
sans que mon intelligence ou ma volonté ne soient même consultées, ça n'a rien d'humain,
et ça ne peut en aucun cas être un but à atteindre, même et surtout dans la vie spirituelle.
Je ne comprends pas que l'on puisse vivre sans la crainte de Dieu,
expression biblique qui, dans le language actuel, serait mieux traduit par "respect prudent".
Dieu est infini, éternel, tout-puissant, créateur et sauveur.
Nous, nous ne sommes qu'un grain de poussière aussi vite oublié qu'il disparaitra.
Et cependant, il y en a qui ne craignent pas Dieu, mais qui font les malins, jusque dans les églises,
en se comportant comme des soudards avinés, pleins d'arrogance, de moqueries et de mépris.
S'ils n'arrivent pas devant Dieu dans de meilleures dispositions le jour de leur mort,
je crains bien que l'entretien d'entrée au paradis ne tourne à leur désavantage définitif.
Notre besoin d'admiration, autant le garder pour Dieu, au moins on ne sera jamais déçu.
Admirer quelqu'un de pécheur, c'est prendre le risque de sentir notre confiance trahie, tôt ou tard.
Mais si on met toute notre admiration en Jésus ou Marie, qui n'ont jamais péché de leur vie,
alors on n'a rien à craindre.