La violence est l'argument de ceux qui n'ont pas d'arguments.
N'empêche que, même sans arguments, le message est clair,
pour aussi stupide et injustifié qu'il puisse être.
La pauvreté qui est exaltée dans la bible n'est pas la pauvreté économique,
comme si c'était une vertu en soi de vivre dans le besoin et la précarité,
surtout lorsqu'on ne l'a pas choisi et que l'on subit la misère dans la souffrance,
mais la "pauvreté en esprit", c'est à dire, pour employer un mot plus habituel, l'humilité.
C'est savoir reconnaître que, sans Dieu, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien,
et que notre vie n'a aucun sens ni aucune boussole pour la guider si nous la vivons sans lui.
Là, oui, d'accord, on parle d'une vertu essentielle dans la vie du chrétien.
Il y a une mode qui court par-ci par-là dans l'Église, de nos jours,
qui voudrait que la part la plus importante de la révélation soit non pas le Christ crucifié,
mais le Christ ressuscité, et que c'est sur lui qu'il faut insister,
sortant ainsi d'une prétendue exaltation de la douleur et de la mort.
Que les choses soient bien claires : Jésus est venu pour nous révéler que Dieu est Amour.
Il nous a aussi enseigné qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Quel évènement, dans toute sa vie publique, exprime plus clairement ces révélations
que le Christ crucifié, seul médiateur entre Dieu et les hommes, trait d'union entre terre et ciel,
prenant nos péchés sur lui afin de nous donner, en échange, la vie éternelle ?
Le crucifix est le rappel permanent et l'illustration la plus parfaite de l'amour de Dieu :
voilà jusqu'où il va pour nous aimer, jusqu'à donner sa vie pour nous, et la donner sur une croix.
Mépriser le crucifix comme une chose passéiste, tristounette ou mortifère,
c'est n'avoir rien compris au coeur même de la révélation chrétienne.
C'est bien triste.
Les terreurs imaginaires sont toujours bien plus vives et effrayantes que les vraies peurs,
parce qu'en plus on ne sait pas comment s'en défendre, puisqu'elles sont diffuses et irrationnelles.
Quand les peurs ont une vraie raison d'être, notre esprit a bien des ressources pour les combattre.
Cette différence d'intensité entre l'imaginaire et le réel peut nous aider à réaliser
quand nos peurs sont justifiées, ou quand elles ne sont que des pièges tendus par le diable
pour nous isoler du monde, nous enfermer sur nous-même et, en fin de comptes, nous faire taire.
À force de ne vouloir faire de peine à personne dans les homélies,
on finit par se contenter de paraphraser l'Évangile,
comme si les gens étaient trop bêtes pour ne pas en comprendre le sens tout seuls,
mais au moins comme ça on ne prend aucun risque.
Cette attitude est bien loin de celle de Jésus, qui privilégiait non pas l'approbation de ses auditeurs,
mais la vérité qui vient de Dieu, quand bien même plus on en est loin moins on l'accepte.
Il ne s'agit pas de prêcher en cherchant à être blessant, dur ou insultant.
Mais il ne faut pas non plus vider les homélies de tout contenu divin par peur du jugement du monde.
Si le sel ne sale plus, il n'est bon qu'à être jeté par terre et foulé aux pieds.
Nous célébrons aujourd'hui une fête dont il est bien difficile de trouver quoi dire à partir des Saintes Écritures, qui n'en parlent pas du tout. Même la généalogie du Christ ne mène pas à la Vierge Marie mais à Saint Joseph. Si la nativité de Marie est fêtée en Orient depuis le IVème siècle et en Occident depuis le VIIème siècle, ce qui en fait une fête mariale d'une ancienneté plus que respectable, ça ne nous en dit pas plus, puisque seule la tradition orale nous l'a transmise : il n'y avait alors ni missel ni lectionnaire. D'ailleurs, le seul texte qui nous en parle est apocryphe, c'est à dire non reconnu comme inspiré, et plus apte à satisfaire notre curiosité qu'à nous transmettre une quelconque véracité historique. Il faut donc bien reconnaître que nous ne savons pas grand chose de la naissance de la Sainte Vierge. Nous savons cependant l'essentiel : à l'évidence, elle a eu lieu, mais aussi elle a marqué l'aurore du jour promis par Dieu, les prémices de la venue de son Fils, et le commencement de la restauration de l'humanitée déchue. En effet, parce qu'il le pouvait et parce qu'il convenait qu'il le fit, Dieu le Père a préservé la Vierge Marie de la transmission héréditaire du péché originel. Il fait là une re-création. En nous donnant cette nouvelle Ève, il nous donne une mère spirituelle qui ne nous transmettra aucun mal, aucune tare congénitale, aucun péché. Si le mérite de cette initiative revient à Dieu et à lui seul, c'est Marie et elle seule qui, ayant reçu ce don ineffable, le gardera précieusement tout au long de sa vie. Dès sa naissance, elle sera éduquée par ses saints parents à l'amour de Dieu et à la docilité à sa Parole. Quand l'ange viendra la voir, elle ne sera pas surprise de sa présence mais seulement de sa parole, ce qui montre à quel point elle est proche des réalités d'en haut. Quand elle répondra à sa cousine Elizabeth par le Magnificat, nous constaterons à quel point elle est familière avec la Parole de Dieu qui a inspiré cette admirable prière. Aujourd'hui nous assistons à la naissance de la nouvelle Ève : par elle, le Salut va entrer dans le monde. Ne fallait-il pas festoyer et nous réjouir ? Nous étions perdus mais, par Marie, l'humanité va revenir à la vie, la vie éternelle.
Aucune formation chrétienne ne devrait succomber à la tentation de restreindre le libre arbitre,
en imposant telle ou telle obligation, telle ou telle restriction.
Je pense par exemple au catéchuménat ou au séminaire.
Le but de la formation chrétienne, c'est de former et d'éclairer la conscience, d'aider à la conversion
à partir de la connaissance approfondie de Jésus Christ et de l'apprentissage de son amour,
de lui donner une colonne vertébrale, une motivation pour le suivre
parce qu'on l'aime et qu'on désire lui être fidèles du mieux que l'on peut dans toute notre vie.
Ce n'est pas de donner aux candidats une armure pour les protéger, qu'ils le veuillent ou non,
de tout péché ni de toute tentation possibles, à coups de lois à suivre sous peine de sanctions,
ou d'interdictions à respecter au seul nom d'une obéissance servile qui serait due à des formateurs
uniquement parce qu'eux seuls décideront si on est digne ou non à leurs yeux
de recevoir un sacrement.
L'amour ne s'impose pas à coups de règlements.
Il n'y a même rien de tel que des règlements pour le faire fuir
sans qu'on puisse l'en blâmer.
Quand toute notre admiration n'est consacrée qu'à nous-même,
"à l'être exceptionnel que je suis", comme dit une parabole de Jésus,
alors il n'y a plus de place dans notre coeur ni pour Dieu ni pour les autres.
C'est comme un avant-goût de l'enfer, en vrai.
"Maudit soit l'homme qui met sa foi dans un mortel", nous prévenait le prophète Jérémie,
et ça vaut aussi quand le mortel en question, c'est soi-même.
Il est facile, quand on a été élevé selon les principes de la religion catholique,
de ressentir au fond de soi une sorte de culpabilité diffuse qui fait qu'on a peu d'estime de soi,
et que l'on considère, si quelqu'un devait trouver qu'on est coupable d'à peu près n'importe quoi,
qu'il y a sans doute quelque chose de vrai, même quand ce n'est absolument pas le cas.
La connaissance de l'existence du péché pèse lourd dans une vie,
et c'est bien dommage que ce soit ce que certains chrétiens retiennent comme le plus important,
alors qu'en toute logique, ce qui devrait nous frapper n'est pas notre inadéquation à l'amour,
mais le fait que Dieu nous aime quand même, de tout son coeur et de tout son esprit.
La méditation de la méchanceté humaine qui a conduit le Christ à la croix, c'est une chose.
Mais sans doute manque-t-il, pour l'équilibrer, la méditation du pardon demandé par Jésus en croix,
et de la résurrection qui fait éclater la justice et l'amour de Dieu par delà le malheur et la mort.
Quand le maître du festin va chercher les traine-savate pour son repas de noces,
il fait entrer tout le monde, "les méchants comme les bons".
Ce n'est pas notre mérite qui nous vaut d'être invités dans le Royaume de Dieu, mais sa bonté.
La seule chose qu'il nous demande, c'est de ne pas y être indifférents,
comme celui qui refuse de mettre un vêtement de noces et même de s'en expliquer,
et qui se fait jeter non parce qu'il est pire qu'un autre, mais parce qu'il refuse l'amitié du Seigneur.
Se sentir coupable de tous les péchés du monde n'a rien à faire dans la vie du chrétien.
Ça ne sert aucun but louable, ça n'aide personne, au contraire, c'est juste délétère.
En plus, c'est fondamentalement faux, c'est un manque de bon sens, voire d'humilité authentique.
Laissons-nous aimer. Ne passons pas notre vie à maronner sur notre indignité ni sur nos fautes,
le diable se charge déjà bien assez de nous les rappeler, et de tenter de nous coller sur le dos
même celles dont nous sommes en réalité parfaitement innocents.
Quand une communauté religieuse croit et enseigne en son sein, souvent de façon confidentielle,
qu'ils sont les derniers remparts contre les "mauvais chrétiens", les "mauvais prêtres"
ou une "Église dans l'erreur", elle est sur la planche savonneuse du sectarisme.
Que l'on y trouve tôt ou tard des abus de toutes sortes, en particulier une emprise psychologique,
quand on prend la peine de chercher un peu ou qu'un scandale éclate, n'a rien d'étonnant :
qui veut faire l'ange finit toujours par faire la bête, comme le professait déjà Blaise Pascal.
Ceux qui prétendent être meilleurs que tout le monde ont plus à voir avec l'orgueil du diable
qu'avec l'humble sainteté discrète du Christ.
Le secret de la chasteté, c'est de considérer, quand quelqu'un nous plait,
qu'il ou elle n'est pas fait(e) pour nous, et que, comme on dit aux enfants dans les boutiques,
on peut "regarder mais pas toucher", pour ainsi dire.
Et encore, regarder jusqu'à un certain point, en tous cas pas à celui de se laisser hypnotiser
ou de devenir, comme le disait Audiard dans la bouche de Raoul Volfoni, la proie des idées fixes.
Le simple fait de se rappeler qu'on n'a aucun droit sur les gens qu'on apprécie
est très efficace pour éviter de se faire des films qu'on pourrait ensuite avoir envie
de transformer en réalité hasardeuse, voire peccamineuse.