aléatoire

jeudi 9 février 2017

Je n'aime pas faire de psychologie de comptoir pour expliquer la parole de Dieu, mais pour une fois je vais un peu passer par là malgré tout. En effet, l'évangile de la Syro-Phénicienne me rappelle des souvenirs personnels. Quand j'étais missionnaire et que je vivais au milieu des pauvres et à leur service, il m'est déjà arrivé d'agir comme Jésus aujourd'hui. On est fatigué, on veut un peu de calme, on se fait discret. Et voilà que quelqu'un arrive, qui a besoin de nous et qui nous apostrophe, en pleurnichant, en nous flattant ou en exigeant notre aide. Bref, quelle que soit la méthode employée, on n'a pas vraiment envie d'aider, pas maintenant. Et là, j'ai parfois agi comme Jésus, en envoyant les gens voir ailleurs, par des paroles assez dures, voire franchement désagréables. Oui, je sais, au temps du Christ, "chien" n'est pas vraiment une insulte en tant que telle, c'est une façon habituelle d'appeler les non-juifs. Mais bon, même en ajoutant "petits" devant pour atténuer un peu la dureté du mot, ça reste péjoratif. Alors là, la personne peut réagir de deux façons : soit elle se scandalise, pousse de hauts cris et part en proférant des jurons ou des insultes. Soit elle agit comme cette femme : avec humilité et même avec humour. Elle ne se formalise pas. Ce qu'elle veut, c'est l'aide de Jésus, dont elle sait qu'il peut expulser le démon qui pourrit la vie de sa fille et la sienne. Et elle ne partira pas avant d'avoir obtenu ce qu'il est seul à pouvoir donner. Eh bien, quand c'est comme ça, on aide, on sait qu'on n'en sortira pas, et puis c'est mérité, parce que la personne fait preuve d'humilité dans son opiniâtreté, et ça, c'est respectable et même touchant.
Voilà l'attitude qu'il nous faut avoir quand on demande quelque chose à Dieu dans la prière : ne pas se lasser de demander son aide, même si on a l'impression de ne recevoir en retour que du silence ou du désintérêt. Marie ne s'est pas scandalisée, à Cana, quand Jésus a répondu à sa demande "que me veux-tu, femme? Mon heure n'est pas encore venue". Elle aurait pu, mais elle ne l'a pas fait. Elle ne s'est pas énervée, en fait elle n'a même pas tenu compte de son refus. Elle a dit ce qu'elle voulait, avec gentillesse, et Jésus s'est exécuté, que voulez-vous, on ne peut pas rejeter la douceur et l'humilité. 
Dieu ne sait pas résister à l'amour. Mais l'amour est humble, il est confiant, calme, il a de l'humour, de la patience, de la bienveillance. Il accepte les rebuffades, ne se scandalise pas des refus, mais il insiste, avec douceur. Quand tu pries, fais ainsi et tu t'en trouveras bien.