Couv

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Paradis, enfer, purgatoire... des réponses claires.

radio Mayenne

aléatoire

samedi 3 avril 2021

Ce samedi saint restera dans les annales comme celui où on n'a réellement rien célébré. C'est le seul jour aliturgique de l'année, c'est à dire qu'on n'est pas censé célébrer la messe. En réalité, on triche un peu, parce que l'impatience nous fait célébrer la veillée pascale parfois relativement tôt, familles avec petits enfants oblige, alors qu'elle n'est censée commencer qu'après le coucher du soleil. Cette vigile, restaurée par Pie XII en 1951, est un pur bijou. La longue geste des interventions de Dieu au long de l'histoire sacrée y est rappelée, puis on a le feu et l'eau, sans parler du vent de l'Esprit Saint quand on a des baptêmes d'adultes, bref c'est une messe emplie d'histoire et de symboles anciens, un vrai recommencement, une vraie célébration de résurrection non seulement du Christ mais de l'humanité toute entière. Mais cette année, nous allons devoir faire sans. Et c'est une chance, tant que ça ne devient pas une habitude, parce que pour une fois, nous allons vivre la même chose que les apôtres. Eux n'ont pas eu une veillée pascale pour se consoler. Leur soirée a été emplie de stupeur, d'incompréhension, de douleur et sans doute même de désespoir. "Nous pensions qu'il était le Messie", et voilà que tout s'est écroulé. Qu'allons-nous faire, maintenant, ont-ils dû se demander ? Quel avenir après cette parenthèse enchantée de trois ans qui les a menés sur les routes, de village en village, pour annoncer la bonne nouvelle du salut offert par Dieu ? C'était Jésus, le lien commun de tous ces disciples. Sans son appel, la plupart ne se seraient jamais connus et auraient même, dans certains cas, été ennemis, si ça se trouve. Sans le maître, plus rien ne fait tenir cette troupe disparate. Et pourtant, ils restent ensemble, à prier. Se souviennent-ils alors que Jésus avait annoncé tout cela ? Ils n'avaient rien compris, pourtant, quand il parlait de résurrection, et encore moins quand il parlait de rejet de la part des grands-prêtres et du peuple, et de crucifixion. Peut-être est-ce Pierre qui maintient l'unité du groupe endeuillé. Peut-être est-ce Marie, elle qui, devant l'incompréhensible, ne se plaint jamais mais "retient toutes ces choses dans son coeur". Peut-être restent-ils ensemble parce qu'il sont trop sonnés pour savoir quoi faire d'autre que de prier, gardant ainsi vivante la flammèche de la foi et de l'espérance malgré la cruelle réalité des faits. En attendant, cette année, nous allons, avec eux, vivre une pleine journée sans messe, sans la consolation de la Vigile Pascale. Prions avec eux, humblement, dans le silence du temps de l'épreuve. L'annonce de la résurrection n'en sera que plus belle, pour avoir été désirée plus longtemps.