Qui fait l'ange fait la bête.
À force d'exiger que tout le monde soit sans défauts,
tout ce qu'on obtient, c'est de l'hypocrisie,
parce que c'est beaucoup plus facile de cacher ses défauts que de les convertir.
Ce qui se passe dans la tête des prêtres... ou au moins dans celle de l'un d'entre eux.
Je suis toujours surpris quand je rencontre des gens qui se disent traditionnalistes
dont je constate qu'ils ne savent en réalité rien en matière de liturgie.
Ils se contentent de trouver bien ce que certaines personnes leur disent être bien,
mais ils ne sauraient dire pourquoi c'est bien, quelle en est la raison ou la signification profonde.
En réalité, plus que traditionnalistes, ils me semblent être friands des arguments d'autorité
et des figures sacerdotales ou monastiques qui leur inspirent spontanément le respect,
simplement à cause de la façon dont ils s'habillent, de l'aplomb avec lequel ils s'expriment,
ou de l'endroit où ils vivent.
Comme quoi... le décorum, c'est important, quand même, parce que ça impose le respect,
même quand ceux qui offrent une figure correspondant à l'idée que l'on se fait de leur fonction ont,
sur certains aspects, des opinions ou des enseignements éventuellement discutables.
Ceux qui obéissent aux injonction de l'Esprit Saint
et qui acceptent de rendre service, de donner de l'argent, de parler en son nom ou autre chose
quand il leur suggère de le faire,
il leur donne les moyens de le faire toujours plus.
Quand il trouve un aqueduc pour transmettre sa grâce au monde, il s'en sert.
Par contre, si on refuse de laisser passer ses bienfaits par nous,
alors la source se tarit et il va voir ailleurs qui veut bien collaborer avec lui.
Il est comme l'eau : il suit le chemin qui le laisse passer le plus facilement.
J'ai déjà connu des personnes qui, pour avoir une haute opinion d'eux-mêmes,
se sentent obligés d'humilier ou de diminuer les mérites de ceux qui les entourent.
Il faut déjà avoir un sérieux complexe d'infériorité pour agir ainsi,
et en plus, c'est parfaitement inutile comme attitude.
Ridiculiser les autres n'a jamais rendu personne plus grand ou plus honorable.
Ceux qui ont une véritable grandeur d'âme ne s'abaissent jamais à ce genre d'exercice.
Au contraire, ils cherchent en chacun ce qu'il y a de bon à en dire,
et s'ils ne trouvent rien, ils se taisent.
Nous fêtons aujourd'hui le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ. S'est-on déjà demandé ce que ça signifie vraiment ? Tout d'abord, qu'est-ce qu'un sacrement ? Ce sont des actes réalisés par Jésus-Christ à travers les actes du prêtre, qui donnent les grâces nécessaires pour le Salut. Comme le dit le concile Vatican II (SC6) : "(le Christ) est présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu'un baptise, c'est le Christ lui-même qui baptise". Le concile de Trente nous rappelle que les 7 sacrements ont tous été institués par Jésus-Christ, et qu'ils ne sont pas superflus mais nécessaires au Salut. Sans eux, ou au moins sans le désir de recevoir ceux qui nous correspondent, on ne reçoit pas la grâce de la justification (3 mars 1547, décret sur les sacrements). Bref, les sacrements sont les instruments que Jésus a choisis pour donner la grâce que chacun d'entre eux signifie et qui est nécessaire au salut. Pour le dire plus simplement, ce sont les dons de Dieu dont nous avons besoin pour devenir saints. Les 3 sacrements d'initiation communs à tous les chrétiens sont le baptême, la confirmation et la communion. Ensuite la confession pour ceux qui ont fait des péchés graves; l'onction des malades pour ceux qui sont confrontés aux problèmes de l'âge ou de la maladie; l'ordination pour devenir diacre, prêtre ou évêque; et le mariage pour l'homme et la femme qui veulent fonder une famille chrétienne. La communion consiste à manger le corps et le sang du Christ, habituellement uniquement sous la forme d'une hostie consacrée, parfois sous les deux formes, quand c'est possible ou particulièrement souhaitable. Ce que l'on appelle le Saint Sacrement, ce sont justement le pain et le vin qui, par le sacrement dit de l'eucharistie, deviennent, par les paroles du prêtre et la volonté du Christ, le corps et le sang de Jésus Christ comme il nous l'a dit lui-même lors de la dernière cène : "prenez et mangez, ceci est mon corps... prenez et buvez, ceci est mon sang". "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour", nous a dit Jésus (Jn 6, 54). Aujourd'hui, nous fêtons donc le sacrement par lequel Jésus Christ ressuscité se rend présent en personne au milieu de nous et en chacun de nous, pour nous mener à lui.
Quand on prend au sérieux le fait d'aimer en vérité quelqu'un d'autre que soi,
qu'on se donne vraiment tout entier à cette personne
et qu'on se préoccupe de son bonheur tout au long de sa vie,
alors aimer une personne, c'est déjà beaucoup,
et même beaucoup trop pour certains.
C'est pourquoi nombreux sont ceux qui préfèrent n'aimer en réalité qu'eux mêmes,
quitte à se servir de multiples personnes à travers des relations sans lendemain
pour se donner l'illusion de l'amour
tout en ne pensant en réalité qu'à soi.
Ça ne m'impressionne pas beaucoup quand quelqu'un me dit comment devraient être les prêtres,
ce qu'ils devraient vivre, faire, dire, penser, comment ils devraient s'habiller, prier ou célébrer, etc etc...
Moi aussi, des bonnes idées sur comment devraient être les autres, j'en ai plein.
Mais avoir des idées pour les autres, ça n'a jamais rendu personne saint.
Il faut avoir une idée supérieure de soi pour se sentir autorisé à juger le comportement des autres,
et cette idée supérieure n'est pas vraiment compatible avec l'humilité que l'on attend d'un saint.
Quand on demande à Jésus des jugements pour régler des conflits ou punir des pécheurs,
il refuse de donner son avis.
Eh bien, moi aussi, je refuse de juger qui que ce soit. Le seul juste juge, c'est Dieu, personne d'autre.
Et je ne jugerai ni "les prêtres", ni "les laïcs", ni "les païens", ni personne.
Je sais trop que le jugement téméraire est une épée à deux tranchants.
Tout ce que l'on reproche à qui que ce soit, Dieu nous en demandera compte à nous aussi.
J'ai déjà bien assez de mon cas pour ne pas me charger des défauts du reste de l'humanité.
Dans la lettre à Timothée, saint Paul nous dit que
"si nous sommes morts avec Jésus, avec lui nous vivrons.
Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons.
Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera."
On ne trouve ici nulle trace du béatisme actuel,
qui prétend que, fidèles au Christ ou non, il nous sauvera, quoi qu'il arrive.
Nous serions bien avisés de suivre ce que disent les Saintes Écritures.
Ça, au moins, c'est la parole de Dieu, pas juste l'avis du premier venu.
Le Salut chrétien n'est pas d'abord une histoire de bon comportement,
de morale, de mérites, de bonnes actions qui nous vaudraient une récompense du ciel.
Non, ce qui nous sauve, c'est que Jésus a vaincu la mort,
et résisté à celui par qui elle est entrée dans le monde
en rétablissant l'obéissance à Dieu au lieu de succomber aux tentations du diable.
Ce qui nous sauve, c'est que Dieu a créé l'enfer pour y enfermer le diable et ceux qui le suivent,
à la fin des temps, quand il reviendra pour juger les vivants et les morts.
Bref c'est Dieu qui nous sauve, et non pas le fait que nous soyons gentils ou généreux.
Notre bonté, c'est une réponse au Salut donné par Jésus, ce n'est pas ce qui le provoque
et qui nous donnerait droit à un paradis que nous aurions gagné par nos propres mérites,
avec ou sans lui.
Ça doit faire bien au moins 10 ans que je ne regarde plus du tout la télé.
La semaine dernière, à Lourdes, elle était allumée pendant le petit déjeuner à l'hôtel.
J'ai trouvé horrible cette volonté de ne nous donner que des mauvaises nouvelles dès le matin,
et ce matraquage permanent sur le réchauffement climatique qui revenait à chaque phrase.
On aurait dit qu'on cherchait à nous inculquer de force un catéchisme d'un nouveau genre,
avec ses dogmes et sa morale propres, à force de répétition incessante pour nous culpabiliser.
Cette volonté de nous faire accepter d'avance toutes les lois qui tôt ou tard vont nous faire payer
tout ce qui ne va pas avec la météo, comme si elle était le résultat d'une faute personnelle
dont nous devrions avoir honte pour pour laquelle il faut faire pénitence, m'a beaucoup frappé.
Je trouve que notre époque manque singulièrement d'humour,
dans tous les domaines mais aussi en matière de religion.
Tout est toujours dramatique, scandaleux, préoccupant, sérieux, essentiel.
Où est passé l'esprit de ce saint qui disait : "pour moi, peu de choses sont importantes,
et celles qui le sont sont de peu d'importance" ?
Un peu de légèreté, de hauteur de vue, de vision spirituelle, de confiance en Dieu,
de second degré et d'humour ne feraient pas de mal.
On peut être chrétien sans faire une tête d'enterrement,
comme si on portait tout le poids du monde sur nos propres épaules
alors que le monde a déjà été sauvé par Jésus Christ
et qu'une vie de bonheur éternel en sa présence n'attend que nous.
Entre ce que nous disons, ce que nous pensons et ce que nous faisons,
il me semble que ce qui nous définit le plus objectivement
c'est d'abord ce que nous pensons et que nous sommes les seuls à savoir,
puis ce que nous faisons, et en bonne dernière place ce que nous disons.
Non parce que nous mentons tout le temps, mais parce que ce que nous disons
est la chose la plus facile à maquiller pour projeter l'image que nous voulons comme ça nous arrange.
Je ne crois pas du tout que quoi que ce soit, y compris la vie de l'Église, ait jamais été mieux avant.
J'ai retrouvé un jour les notes d'un prédécesseur dans l'une de mes anciennes paroisses.
Le curé avait noté, il y a plus d'un siècle, que seule une poignée de personnes avait fait ses Pâques,
ce qui même alors n'était qu'un pourcentage à un chiffre de la population.
Ça m'avait un peu surpris, et pourtant c'était ça, la réalité, au "bon vieux temps", à cet endroit.
Il est toujours tentant d'idéaliser les époques auxquelles nous n'avons pas vécu,
et d'y plaquer un préjugé tout droit sorti de notre imagination sans en vérifier la pertinence.
Mais la réalité n'a aucune raison de correspondre à nos douces rêveries.
Le péché existe depuis Adam et Ève, il s'oppose à Dieu, à son Esprit et à ses Commandements,
et quand bien même il y aurait eu quelque part un grand pourcentage de baptisés fidèles à la messe,
ça ne laisse préjuger en rien du nombre absolu de disciples réellement fidèles du Christ
que ça représentait et qui vivaient saintement leur vie comme il nous a demandé de le faire.
Le pape Léon XIV a rappelé hier, le 27 mai 2026, lors de l'audience générale place St. Pierre,
l'un des principes répétés maintes fois depuis Vatican II jusqu'à aujourd'hui :
"Le magistère Conciliaire (Sacrosanctum Concilium n°22)
invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque
d'ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative."
C'est à ce prix qu'il ne compromet en rien la communion ecclésiale, mais la confirme et la favorise.
C'est pourquoi, ajoute-t-il, "j'exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, (en particulier les prêtres, précise-t-il), à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui nait d'une attitude intérieur de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l'humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale".
Ça fait 25 ans que j'enseigne la même chose partout où Dieu m'a envoyé servir.
Je suis heureux que le saint Père rappelle à tous ce principe de base d'une liturgie bien comprise.
Elle n'est pas un exercice d'improvisation permanente, un théatre de guignol pour petits enfants,
ni une scène où peuvent s'exprimer les idées farfelues de ceux qui sont censés la servir fidèlement.
Il y a des rubriques, suivons-les. Une introduction du missel, étudions-la et obéissons-lui sans discuter.
Des textes, lisons-les sans en changer la moindre virgule.
C'est à ce prix que la communion liturgique de l'Église est préservée
et nourrit le peuple chrétien dans l'obéissance parfaite à ce que l'Église veut transmettre
à ses enfants, quel que soit l'endroit où ils sont dans le monde.
Je pense parfois aux saints qui nous ont précédés, et qui nous ont confié la transmission de la foi.
Que pensent-ils de notre façon de vivre ce pour quoi eux-mêmes ont donné leur vie avant nous ?
Trouvent-ils en nous de dignes successeurs, ou des barbares ignorants et iconoclastes ?
Regrettent-ils que la mort leur ait interdit de continuer la mission selon leur façon de la concevoir,
ou sont-ils fiers de notre appropriation de la liturgie, de la théologie, du droit canonique, etc etc... ?
Nous allons les rencontrer, un jour, enfin j'espère, sinon c'est qu'on aura raté notre vie.
J'aimerais bien que St Paul, Pierre, Jean, Antoine du désert, Jean Chrisostome, le curé d'Ars,
Bernadette, la petite Thérèse et tant d'autres soient sincèrement heureux de nous rencontrer,
et qu'ils soient fiers de nous avoir eu pour successeurs
dans la mission que le Christ nous a confié à tous.
Il est facile de penser qu'on aime un ou une interprête, qu'il s'agisse de chanson, de cinéma
ou d'écriture, parce que ce qu'ils chantent, jouent ou écrivent nous touche d'une façon particulière.
En réalité, on ne connait pas la personne, juste son personnage et les sensations qu'il nous donne,
ce qui fait que cet "amour" est basé sur une performance artistique, au fond.
Rien ne dit que la personne qui l'interprète n'ait aucune des vertus qui nous ont plu,
c'est d'ailleurs pourquoi on dit qu'il ne faut pas rencontrer ses héros parce qu'on est souvent déçus.
C'est la même chose pour les religieux ou religieuses, à fortiori pour les prêtres.
Ce qui nous plait souvent, chez eux, en réalité, c'est la révélation divine et son message.
Il faut faire très attention à ne pas confondre le messager avec le message,
la personne qui agit sacramentellement "in persona christi" avec le Christ qu'il représente.
Ça vaut d'ailleurs dans les deux sens. Quand on est prêtre,
il ne faut pas s'imaginer que les mérites de la liturgie ou de l'homélie nous reviennent en propre.
Nous ne sommes que les messagers, pas le message. Les amis de l'époux, pas l'époux.
Ceux qui doivent faire connaître le Christ et ensuite s'effacer discrètement dans l'ombre avec grâce.
Quand il y a confusion, tant du côté de celui qui transmet que du côté de ceux qui reçoivent,
c'est la porte ouverte à bien des bêtises qui finiront par décevoir ceux qui s'y laissent prendre.