Ce n'est pas une bonne idée, d'avoir tout ce que l'on veut.
Après, on s'ennuie.
Ce qui se passe dans la tête des prêtres... ou au moins dans celle de l'un d'entre eux.
On pense parfois que Dieu envoie des épreuves à ceux qu'il aime pour leur faire les pieds.
En fait, Dieu permet que le diable envoie des épreuves à ceux qui prétendent l'aimer, nuance,
et jamais au-delà des capacités du grand amour qu'ils professent avoir pour lui.
Aimer quelqu'un qui nous aime, nous protège, nous avantage et nous comble de biens,
ce n'est pas bien difficile, on aime surtout l'intérêt que l'on retire de notre relation, si ça se trouve.
Mais aimer quelqu'un dont on a l'impression qu'il est devenu invisible dans l'épreuve,
qu'on n'entend plus, qu'on ne voit pas, qui ne répond rien d'autre que "ma grâce te suffit",
c'est autre chose, et pour le faire, il faut vraiment aimer la personne et pas seulement notre intérêt.
C'est pour cela que Dieu laisse le diable embêter (avec des limites) ceux qui disent qu'ils l'aiment.
Mais l'amour de Dieu pour nous n'est ni retors ni sadique, il ne met pas à l'épreuve ceux que lui aime,
et la chanson "Johnny Johnny fais moi mal, j'aime l'amour quand ça fait aïe" n'a pas été écrite pour lui.
Suis-je en train de dire que, pour éviter tout problème, il vaudrait mieux de pas aimer Dieu ?
Bien sûr que non. Quand on n'aime pas Dieu, c'est à dire quand on n'aime pas l'amour,
on doit de toutes façons souffrir des conséquences de toutes nos mauvaises décisions,
et cette souffrance ne prouve rien, ne purifie rien, ne mène nulle part, fait souffrir tout le monde,
et ne fait pas augmenter notre confiance désintéressée en Dieu ni notre amour authentique pour lui.
Non, quoi que l'on fasse, quoi que l'on prétende, quoi que l'on choisisse, nous souffrons tous ici-bas.
Mais au moins que ça ne soit pas à cause de nos péchés,
que ça ne soit que par tentation et non parce que nous l'aurions mérité,
que nous soyons innocents de tout ce que la vie nous fait subir,
pour que ça nous mène toujours plus près de Dieu
au lieu d'être la conséquence de notre éloignement de lui.
J'ai un ami prêtre qui, quand quelqu'un vient proposer son aide
pour telle ou telle place dans la paroisse,
commence toujours par leur demander de bien vouloir faire le ménage régulièrement dans l'église.
S'ils sont vexés et qu'ils s'en vont avec l'impression d'avoir été insultés,
très bien, ça prouve juste qu'ils ne venaient pas pour la paroisse mais pour eux-mêmes.
Si, en revanche, ils ont l'humilité de prendre un balais et de faire ce qu'on leur a demandé,
ils prouvent qu'ils sont là véritablement pour aider, par amour du Christ,
et alors il peut, après un temps prudentiel, leur demander d'aider là où ils le voulaient au début.
Je comprends l'exigence des apôtres, qui transparait dans les lettres qu'ils nous ont laissé.
Eux ont tout laissé pour suivre le Christ. Ils ont misé leur vie tout entière.
Ils ne veulent pas s'arrêter ni même ralentir avant d'être dans le Royaume de Dieu.
Je comprends aussi ceux que ça fatigue, parce que, pour eux,
le christianisme n'est pas une question de vie ou de mort,
ce n'est pas là que se joue leur existence, ils ont d'autres soucis qui les pressent.
Mais c'est vrai que quand on a tout donné pour suivre le Christ et qu'il y a peu de répondant,
on a plus facilement envie d'enlever la poussière de nos chaussures et d'aller ailleurs
que quand on trouve une terre fertile qui n'attend que la Parole de Dieu pour donner du fruit.
On me demande parfois ce qu'il "faut" faire pour le carême, avec le jeûne et tout ça.
Alors soyons clair, il ne "faut" rien faire, ce que je veux dire c'est que dans le christianisme,
il n'y a pas des ordres à suivre comme si on était à l'armée, et si on ne les suit pas,
on est exclus du groupe ou regardé de haut comme des mécréants et des païens.
Ce que l'on est invité à faire, si on le veut bien, selon la générosité et les moyens de chacun,
c'est quelques sacrifices au niveau des repas ou de quoi que ce soit d'autre.
Le temps que l'on gagne alors, on le consacre à Dieu dans la prière.
L'argent que l'on économise, on le donne à ceux qui sont dans le besoin.
Ainsi, on rééquilibre un peu la place de l'amour de Dieu et du prochain,
en se mettant soi-même à la dernière place.
Mais encore une fois, j'insiste, tout ça, c'est une question de bonne volonté et de générosité,
et personne d'autre que nous ne peut juger de la valeur de ce que l'on fait.
D'ailleurs, ça n'a aucune raison d'être public ni connu de qui que ce soit.
Ce que l'on fait par amour ne doit être connu que de la personne que l'on aime,
ce n'est pas un spectacle pour la gallerie.
Si tu as choisi un autre maître que Dieu pour diriger ta vie,
qu'il s'agisse de toi-même, de l'argent, du plaisir, du pouvoir, du foot ou d'un quelconque politicien,
ne t'étonne pas de ne trouver sur ta route ni amour véritable ni bonheur durable.
Ce sont des biens que seul Dieu peut procurer. Tout le reste n'en donne que des contrefaçons.
Notre centre de gravité, notre centre d'équilibre, n'est pas en nous, mais en Dieu.
C'est de lui que nous venons, à lui que nous allons,
et seule notre relation avec lui peut nous donner un bonheur qui n'aura pas de fin.
Chercher son équilibre en soi est une incongruité.
Tout seul, nous n'existerions même pas.
Ne pas avoir le courage de dire non à un chef qui agit comme un dictateur,
et je ne parle pas seulement du niveau politique, mais aussi dans le travail
ou même dans des communautés religieuses ou des paroisses,
ça revient au même que de faire partie de la troupe qui lui permet d'agir ainsi
parce qu'ils en profitent et en tirent un avantage personnel.
Bon, par contre, il y a un prix à payer quand on s'oppose frontalement à ces satan en culotte courte,
mais ça vaut la peine, si on veut pouvoir continuer à se regarder dans la glace chaque matin.
Il n'y a pas d'un côté un catholicisme spirituel, fait de prières, de liturgie et de sacrements,
et de l'autre un catholicisme "social", qui s'occupe des pauvres, de l'éducation ou de l'enseignement.
Le commandement du Christ nous dit d'aimer Dieu par-dessus tout et le prochain comme soi-même,
et il nous dit surtout que c'est une seule et même chose.
Si nous voulons réellement être les disciples du Christ, on ne peut choisir un commandement
au détriment de l'autre, quel que soit celui qui nous parle le plus.
L'amour ne se divise pas, il ne se sépare pas, il ne s'oppose pas.
Introduction du livret lubilate Deo publié en 1974, à la demande de Paul VI, par la Congrégation pour le culte divin
Dans la Constitution sur la sainte liturgie, le Concile oecuménique Vatican II, après avoir exhorté à ménager dans les célébrations liturgiques l'espace qui convient aux langues nationales, ajoute cet avertissement: «On veillera cependant à ce que les fidèles puissent aussi dire ou chanter ensemble, en langue latine, les parties de l'ordinaire de la messe qui leur reviennent»
Guidé par cette pensée et par cette intention, le Souverain Pontife Paul VI a manifesté à plusieurs reprises dans les derniers temps le désir que le chant grégorien accompagne les célébrations eucharistiques du peuple de Dieu de son agréable harmonie, donnant ainsi à celles-ci force et vigueur, et que les voix des fidèles entonnent des chants aussi bien grégoriens qu'en langue nationale.
(...) Le chant grégorien restera ainsi le lien qui fera de beaucoup de peuples une seule nation, nation qui, réunie dans le nom du Christ, possédera un seul cœur, une seule pensée, une seule voix. En effet l'élan vers l'unité, exprimé par la consonance des voix dans la variété des langues, des rythmes et des harmonies, rend merveilleusement manifeste le riche accord d'une seule Église: «C'est vraiment un grand lien d'unité - déclare Ambroise - que le chant de toute la multitude du peuple dans un seul chœur! Les cordes de la cithare sont différentes, mais la symphonie est unique. Souvent, sur un petit nombre de cordes, les doigts de l'artiste se trompent; mais l'Esprit artiste dans le peuple ne peut se tromper».
Que Dieu nous accorde que la prière commune obtienne une heureuse réponse et que le coeur de l'Église qui prie résonne avec joie et plus haut, sur toute la terre, de ces doux et pieux accords.
14 avril 1974
Dimanche de Pâques
Résurrection du Seigneur
Se croire supérieur à Dieu, on se dit que c'est stupide, ça n'a aucun sens, n'est-ce pas ?
C'est pourtant ce que nous faisons sans rougir chaque fois que nous considérons
que nos pensées sont supérieures aux siennes, et qu'on a bien raison de n'en faire qu'à notre tête
plutôt que d'obéir humblement à ses commandements.
Lorsqu'ils reviennent de la première mission que Jésus leur a confiée, les apôtres ont bien travaillé. Comme il le leur avait demandé, ils sont allés, deux par deux, visiter les villes et les villages des alentours en prêchant qu'il fallait se convertir. Ils ont expulsé beaucoup de démons, fait des onctions d'huile aux malades et les ont guéris. Puis, leur mission accomplie, les voilà de retour auprès de Jésus pour raconter leurs aventures. On imagine sans peine l'ambiance des longues soirées, où chacun raconte à sa façon, avec force détails, les miracles qu'ils ont accomplis au nom du Seigneur. J'ai assisté deux fois à des onctions des malades qui ont débouché sur des guérisons miraculeuses, et j'en parle encore comme si c'était hier quand l'occasion se présente, alors que c'est arrivé il y a plus de 25 ans, et pourtant ce n'est même pas moi qui les avais administrées, je n'en avais été que le témoin. On imagine donc facilement l'excitation et l'émerveillement de tous au coin du feu. Et pourtant, Jésus décide qu'il leur faut aller dans un endroit désert, pour se reposer. Il ne veut pas battre le fer pendant qu'il est chaud, encourager les apôtres à donner encore et toujours plus sans s'arrêter, les féliciter en leur disant qu'ils font le travail de Dieu, non, rien de tout cela. Alors même que tout le monde est en plein ébullition, il monte sur la barque avec les apôtres et part pour un endroit désert. Comme on est loin de l'espèce d'excitation permanente que l'on essaye de maintenir à notre époque ! Aujourd'hui, tant qu'un prêtre n'a pas fait de burn-out, on a l'impression que c'est un fainéant, un paresseux qui néglige sa mission divine. Et quand il en a fait un et qu'il ne sert plus à rien pendant des mois ou des années, n'en parlons pas, il est carrément laissé pour compte, sans que beaucoup ne se préoccupent de son sort. Mais Jésus n'est pas un stakhanoviste qui attend de tous qu'ils meurent à la tâche. Rien ne presse. De toutes façons, c'est Dieu qui est au travail, les apôtres n'en sont que des instruments parmi d'autres, aucune raison de se croire indispensable. Ceci dit, quand il voit la foule qui l'a précédé sur l'autre rive et qui a besoin de lui, il en prend soin, non par acharnement au travail, mais par compassion. Il ne peut pas les laisser comme des brebis sans pasteur. Apprenons de notre maître, nous tous qui sommes à son service. Sachons lui laisser sa place, et rester à la nôtre. Réjouissons-nous des missions qu'il nous a confiées, mais sachons aussi nous reposer quand c'est nécessaire, restant toujours sauve la compassion et la miséricorde pour s'occuper, à temps et à contre-temps, des malheureux qui cherchent le Seigneur.
Le diable, parce qu'il ne doute jamais de lui-même et que du coup, il ose tout,
a cru bon d'essayer de tenter le Fils de Dieu en lui citant ses propres paroles.
Ça me fait penser à ces témoins de jehovah qui venaient essayer de me convertir
justement parce que j'étais prêtre, ces inconscients.
Savoir citer des bouts de bible à ses propres fins déviantes, c'est facile.
Mais c'est surtout la preuve qu'on n'a rien compris à la Parole de Dieu
que d'essayer de la manipuler à ses propres fins,
parce qu'on n'a tiré aucun enseignement des reproches de Jésus aux scribes et aux pharisiens.
J'entends parfois des gens qui se posent la question, quand l'un de leur proche meurt,
de savoir comment c'est possible que ça soit arrivé.
Nous mourons parce que nous sommes mortels.
Ce n'est pas beaucoup plus compliqué que ça.
Ce qui m'étonne toujours, c'est que des gens puissent passer toute une vie sans jamais y penser,
sans jamais s'y être préparé, "troupeau parqué pour les enfers, et que la mort mène paître",
aurait dit le psaume 48.
Ce n'est pas une bonne chose de vouloir comptabiliser les croyants pour faire des statistiques.
Personne n'est une "ressource humaine" qui appartiendrait à l'Église pour qu'elle s'en vante.
Quand le roi David a voulu recenser son peuple pour faire le malin, il a eu des problèmes.
On devrait en prendre de la graine et ne pas nous obstiner à répéter son erreur encore et encore.
Nous fêtons aujourd'hui la Présentation de Jésus au temple. L'habitude de racheter le premier fils de la famille date de la sortie d'Égypte : "comme Pharaon multipliait les obstacles pour nous laisser partir, le Seigneur fit mourir tous les premiers-nés au pays d’Égypte, du premier-né des hommes au premier-né du bétail. C’est pourquoi j’offre en sacrifice au Seigneur tous les premiers-nés de sexe mâle ; mais le premier-né de mes fils, je le rachète" (Ex 13, 15). Ce "rachat" se fait en offrant un animal en sacrifice à la place de son fils, en fonction des moyens de chaque famille. Les riches offrent un taureau ou un bélier, les pauvres "un couple de tourterelles ou deux petites colombes", comme l'ont fait Joseph et Marie. Ce rituel sert à rappeler que c'est grâce à Dieu que le peuple a été libéré de l'esclavage et de la mort. Avant la sortie d'Égypte, le pharaon avait décidé de faire exécuter tous les fils des Hébreux. Cette injustice cruelle a été à l'origine de la sortie d'Égypte, à qui Dieu a envoyé Moïse, ironiquement sauvé par la soeur du pharaon, pour libérer ce peuple qui était voué, sinon, à disparaître. Mais il y a un autre sens à toute cette histoire de mort et de rachat. Si le Fils de Dieu s'est incarné et est devenu Homme, c'est pour s'offrir lui-même en sacrifice, en rachat des péchés qui sont, en fin de comptes, les vrais responsables de la mort de toute l'humanité. En réalité, l'Égypte symbolise le péché. Les enfants mâles du peuple élu symbolisent l'humanité, que le péché fait périr. Et les animaux qui servent à racheter ces enfants préfigurent Jésus, Dieu fait homme, qui va nous racheter du péché et de la mort en offrant sa vie pour nous. C'est pour cela qu'on l'appelle "l'agneau de Dieu". En effet, la nuit de la sortie d'Égypte, la première nuit de Pâques, Dieu avait demandé à chaque famille de son peuple d'offrir un agneau, puis de mettre son sang sur le linteau de la porte, pour que l'ange exterminateur ne s'en prenne pas aux premiers-nés de cette maison. Ça peut nous sembler barbare et cruel, mais là encore, il faut voir, au-delà du fait historique, ce qu'il préfigure : parce que Jésus a offert pour nous son sang sur la croix, nous sommes rachetés de la mort éternelle, et promis désormais à la résurrection. C'est pour ça que nous l'appellons "l'agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde", chaque jour pendant la messe.
On a bien compris qu'il fallait aimer son prochain comme soi-même à notre époque,
au point que l'Église semble parfois plus s'occuper de politique que de religion
quand elle s'obnubile sur des sujets de société dont les Évangiles ne parlent absolument pas,
même du bout des lèvres, et pas seulement parce que ces sujets n'existaient pas encore,
mais surtout parce que le message principal des Évangiles tourne autour de
l'amour de Dieu, du pardon de nos péchés, de la rédemption et du Salut du monde.
Par contre, que l'amour de Dieu par-dessus tout soit le premier des commandements,
ça, on l'a largement oublié, pour ne rien dire du sens du sacré ou de l'adoration qui lui est due.
C'est dommage, parce que voilà bien le sujet qui devrait être au coeur des préoccupations de l'Église.
Or, dans le meilleur des cas, il est bien souvent oublié; dans le pire, il arrive même à être dénigré.