Pour tout ce qui concerne l'amour,
on ne peut jamais se reposer sur ses lauriers.
Si ce n'est pas renouvelé chaque jour que Dieu fait,
ça meurt beaucoup plus vite qu'on ne l'imagine.
Ce qui se passe dans la tête des prêtres... ou au moins dans celle de l'un d'entre eux.
J'ai remarqué,
comme tous ceux qui ont été dans un lit d'hôpital ou en arrêt maladie plusieurs mois,
que le monde se portait très bien sans moi,
et que beaucoup des combats dans lesquels je m'étais épuisé n'intéressaient que moi, finalement.
Je trouve finalement très rassurant d'avoir pu constater en direct mon insignifiance,
parce qu'avoir constaté que le monde pouvait très bien se passer de moi, franchement, ça m'arrange.
Ça permet de s'en extirper pour se reposer physiquement ou spirituellement sans le moindre remord
quand on a besoin de vacances, de faire une retraite, un pélerinage ou des choses pour soi.
La vocation est un don de Dieu, pas une imposition sine qua non de notre salut.
C'est juste la façon la plus simple pour chacun d'arriver à la sainteté.
Maintenant, libre à chacun de choisir la difficulté
en suivant une route pour laquelle ils ne sont pas faits.
Il y a des gens qui aiment pédaler dans la semoule et souffrir pour le plaisir :
c'est leur droit le plus strict, ça ne regarde qu'eux.
Je parle beaucoup de salut, de sainteté, de paradis, d'enfer, tout ça tout ça.
Je continuerai à en parler toute ma vie, si Dieu veut, parce que,
tant qu'on n'est pas dans le Royaume de Dieu pour l'éternité,
je ne vois honnêtement rien de plus important dans notre vie
que de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour y entrer.
L'Évangile du jour, je le lis toujours avec crainte et tremblement. Jésus parle des scribes et des pharisiens, des "professionnels" de la Parole de Dieu, de ceux qui y ont consacré leurs études et leur vie. On pourrait s'attendre à avoir affaire à des personnes façonnées par cette Parole, pleines d'amour et de vérité, de sagesse et de fidélité. Or, nous le savons, car le mot "pharisien" est devenu pour nous quelque chose de profondément négatif, il n'en est rien. Oh ! J'en ai rencontré, en paroisse, des "pharisiens". Des gens très sérieux, sévères, même, aux yeux de qui personne ne trouve grâce sinon eux-mêmes, exigeants avec tous mais avec une morale très élastique en ce qui les concerne, qui se scandalisent de tout ce que font les autres mais admirent avec des étoiles dans les yeux ce qu'ils font eux-mêmes. On ne les retrouve pas pour balayer l'église ou faire les mille tâches ingrates et invisibles mais nécessaires qui font vivre une paroisse, mais uniquement là où on les voit bien. Mais ce n'est pas pour eux que je suis inquiet. C'est pour moi. "Ils disent et ne font pas". N'est-ce pas, inévitablement, ce que font tous les prêtres qui, quoi qu'il en soit de leur sainteté personnelle, ne cessent de prêcher fidèlement celle à laquelle Jésus nous appelle ? Le prêtre n'a pas à se prêcher lui-même, sinon, honnêtement, on se tairait. Il doit prêcher les paroles du Christ, celles qui nous plaisent, mais aussi les remontrances. Les encouragements, mais aussi les menaces. Le paradis, mais aussi l'enfer. Qui pourrait faire une telle chose sans trembler, conscient d'être lui-même le destinataire des paroles parfois dures de Jésus ? Ce n'est pas parce que Jésus nous a choisis, nous les prêtres, pour célébrer les sacrements en son nom, qu'il nous a épargné les conséquences du péché originel, comme à sa très sainte Mère. Pauvres pécheurs que nous sommes ! Nous savons le bien que nous devrions faire, et nous ne le faisons pas. Nous savons le mal que nous devrions éviter, et nous le commettons ! Comme il sera exigeant, le jugement de ceux à qui Jésus a confié sa Parole ! Nous ne pourrons pas plaider l'ignorance, nous qui enseignons. Je vous en prie, priez pour vos prêtres. Ils ne sont pas parfaits ? Justement. Priez pour nous, pauvres pécheurs. Que Dieu ait pitié de notre âme.
J'ai souvent rencontré en paroisse des gens qui rêvent leur vie chrétienne.
Ils pensent être "en règle", parce qu'ils ont "fait toutes leurs communions" quand ils étaient petits et,
cerise sur le gâteau, ils vont régulièrement à la messe une ou deux fois par an, pour les fêtes,
et même, soyons fous, quand il y a des mariages, des baptêmes ou des enterrements.
Dans cette façon de considérer leur religion, nulle place pour l'amour gratuit de Dieu et du prochain.
Tout est question de choses dûes, dûment payées, ils ne voient pas ce qu'ils pourraient faire de plus.
Dieu n'est par leur ami, mais une sorte de maître d'école dont ils n'ont plus besoin adultes.
Quel dommage de n'avoir jamais compris que tout n'est qu'une question d'amour entre Dieu et nous,
et que sans amour, notre religion ne vaut pas un pet de lapin.
Beaucoup de gens, quand ils perdent un être aimé, en veulent mortellement à Dieu.
Ça ne m'a jamais paru bien raisonnable.
Qui, en dehors de lui, peut prendre soin de ceux qu'on aime après leur mort ?
Qui peut leur donner accès à son Royaume et à la résurrection ?
Qui peut les combler d'amour et leur donner la vie éternelle ?
À quel moment a-t-on pensé que c'était une bonne idée de haïr de tout son coeur
celui qui, non seulement, n'est responsable de la mort de personne,
mais qui a donné son fils unique, que nous avons tué sur la croix, pour nous en faire sortir
alors même que toute l'humanité se comportait comme son ennemie jurée ?
Qui a pardonné gratuitement tous nos péchés, nos rebellions, nos injures
et tout ce qui devrait logiquement nous mériter la damnation éternelle et rien d'autre ?
Pourquoi en vouloir à l'être qui nous aime plus que tout au monde,
et qui a vaincu la mort pour nous offrir, à la place, la rédemption et le pardon ?
Franchement, est-ce que ça a l'air raisonnable ?
Dieu ne nous demande pas de mériter le paradis, chose impossible.
Il nous demande juste de faire de notre mieux pour l'aimer malgré notre faiblesse de pécheurs.
Faire du mieux que l'on peut avec ce que l'on a, ça lui va.
Par contre, ne rien faire en accusant les autres de notre fainéantise, ça ne passera pas.
Tant qu'à planter un arbre, autant planter un arbre fruitier qu'un qui ne produit rien,
ça ne coûte pas plus d'efforts et au moins ça donne des fruits.
C'est pareil pour les chants de la messe : tant qu'à en chanter,
autant qu'ils respectent les textes du missel à la virgule près au lieu de dire n'importe quoi.
Ça ne coûte pas plus cher et ça respecte l'esprit de la liturgie qui exige que personne,
fut-il prêtre, ne change, n'ajoute ou n'enlève quoi que ce soit à ce qui est prévu dans le missel.
Je ne crois pas qu'il y ait un seul cas où quelqu'un qui dit "fais-moi confiance" soit crédible.
Les gens qui méritent notre confiance n'ont pas besoin de dire ce genre de phrase,
surtout quand on n'accorde pas notre confiance au premier venu, au dernier qui parle
ou à ceux qui sortent on ne sait d'où et qui nous promettent monts et merveilles.
La confiance, ça se mérite, ça se gagne par des actes et, surtout, beaucoup de temps.
Un politique qui met en avant sa foi chrétienne comme argument de vote,
ça me fait toujours tiquer, parce que c'est une attitude pharisienne.
Le disciple du Christ c'est le levain dans la pâte, le sel dans la nourriture,
celui qui prie dans le secret, où seul son Père qui est aux Cieux le voit faire.
Quand on fait de sa foi chrétienne un drapeau, on l'utilise à contre-sens,
ce qui prouve assez en soi qu'on n'a rien compris à ce que l'on revendique.
Commettre des péchés, c'est une chose.
Refuser de les considérer en tant que tels,
pour s'épargner le malaise profond de se reconnaître pécheurs,
c'en est une autre.
On aura beau changer leur nom ou nier leur existence,
ça ne nous sauvera pas de leurs conséquences dramatiques.
Et on aura peut-être la conscience tranquile,
mais ça ne nous empêchera pas d'être rejetés à la porte du Royaume des Cieux
si nous ne nous sommes pas repentis sincèrement avant le jugement dernier.
Quelle chose curieuse de voir la sacro-sainte laïcité dite "à la française",
censée être neutre face aux religions et protéger le bon peuple de leurs abus supposés,
finir par agir comme la plus intolérante de toutes,
en appelant avec rage à détruire des signes religieux qui étaient là depuis des siècles,
bien avant qu'elle n'ait été inventée.
Ce n'est pas l'esprit de neutralité qui fait agir ainsi ses défenseurs les plus acharnés,
mais bien au contraire ce même esprit suprémaciste qu'ils vomissent pourtant
dès qu'ils pensent en deviner l'ombre chez n'importe qui d'autre qu'eux.
Je comprends parfaitement l'ardeur brûlante de Jésus pour la maison de son Père.
Combien de fois n'ai-je pas été tenté de mettre tout le monde dehors à l'église,
quand on a plus l'impression d'être au marché au poisson que dans un temple dédié à Dieu !
Quel malheur, que ceux qui ont consacré leur vie au Seigneur soient toujours aux premières loges
pour contempler les attitudes sacrilèges de ceux qui n'en on rien à faire de lui.
On est toujours à se plaindre que Dieu ne règle pas tous les problèmes
que nous avons créés par notre désobéissance à ses commandements,
mais franchement, sa patience dépasse infiniment la nôtre,
et le fait qu'il ne punisse pas plus sévèrement nos péchés est déjà une grâce
qui dépasse infiniment en générosité ce que nous avons jamais fait pour lui.
Qu'il est difficile de ne pas nous juger les uns les autres !
Pourtant, le remède, nous le connaissons.
On ne peut pas s'arracher les yeux ou la cervelle pour ne pas voir les défauts des autres,
mais quand on en voit, au lieu d'en discuter avec des tiers, de nous en plaindre ou de les déplorer,
il suffit de prier pour la personne concernée afin que Dieu l'aide à s'améliorer ou à se corriger,
ou, quand une amitié profonde et bienveillante nous y autorise,
lui faire remarquer avec la charité la plus délicate possible ce qui nous semble ne pas aller.
En agissant ainsi, nous ne péchons pas, et nous avons à coeur le bien de la personne,
et non le malin plaisir de la mépriser, de l'humilier ou de l'exposer aux moqueries.