Pour voir Dieu, il faut être saint.
La sainteté n'est donc pas une option, mais l'objectif de toute notre vie.
Sans l'aide de Dieu, devenir saint est impossible.
Mais avec son aide, tout est possible, tant que nous acceptons sa grâce de bon coeur.
Ce qui se passe dans la tête des prêtres... ou au moins dans celle de l'un d'entre eux.
Jésus nous a dit que pour être ses amis, il nous faut garder sa Parole et la mettre en pratique.
Tant qu'on n'a pas répondu à son amour par le nôtre, à son sacrifice par le nôtre,
à son don de soi par le nôtre, à son annonce de l'Évangile par l'obéissance à ses enseignements,
bref tant qu'on n'a pas saisi la main qu'il nous a tendu,
on peut toujours croire et faire croire alentour qu'on fait partie de ses amis, mais c'est faux.
Pour oser juger les autres, il faut penser que notre discernement est supérieur au leur,
que notre système de morale est supérieur, et qu'on y est soi-même tout à fait fidèle.
Peut-être que c'est le cas, et qu'on a alors légitimement le droit de juger les autres.
Mais enfin ça vaut tout de même la peine de se poser la question,
et si la réponse n'est pas clairement et totalement positive, il vaut mieux s'abstenir.
Parce qu'on sera jugés par Dieu sur les mêmes critères selon lesquels on s'est permis de juger autrui,
et le problème avec les épées à deux tranchants, c'est que ça peut nous faire aussi mal
que la personne qu'on a frappée avec.
Avoir envie de quelqu'un, ce n'est pas encore l'admirer.
Avoir de l'admiration pour quelqu'un, ce n'est pas encore en être amoureux.
Être amoureux de quelqu'un, ce n'est pas encore l'aimer.
Pour qu'on puisse parler d'amour, il faut un peu plus de conditions que ça.
Il faut qu'il soit réciproque, sans quoi c'est plutôt de la philantropie ou du sacrifice.
Qu'il concerne non pas seulement mon instinct, mais mon intelligence et ma volonté,
et que je sois capable de sortir de mon intérêt personnel
pour m'investir dans celui de quelqu'un d'autre.
Alors seulement, quand en toute connaissance de cause et parce qu'elles le veulent,
deux personnes décident de se donner réciproquement leur vie s'il s'agit d'amour conjugal,
ou de se donner l'un à l'autre une part de leur vie s'il s'agit d'amitié ou d'amour platonique,
on peut réellement parler d'amour, et pas juste d'un mésusage du terme.
La philantropie ou le sacrifice restent une forme d'amour digne d'admiration, mais imparfaite,
parce qu'il y manque la réciprocité.
C'est pourquoi, d'une certaine façon, pour que la boucle de l'amour de Dieu soit bouclée,
il est essentiel que nous rendions à Jésus l'amour qu'il nous a donné par son sacrifice sur la croix.
Sans quoi sa proposition d'amour mutuel n'aboutirait qu'à être un voeu pieux,
ce qui serait d'une tristesse infinie.
Complétons par notre amour ce qu'il manque au sacrifice du Christ pour que son amour soit complet.
Ça me fait rire quand je vois des gens qui viennent à la messe, à l'adoration ou à une procession
en faisant systématiquement une tête d'enterrement, les sourcils fronçés et le visage fermé,
parce qu'ils confondent le fait d'être sérieux avec celui d'être sinistre.
Nous avons une religion basée sur "Dieu est Amour" et "Christ est ressuscité".
Je ne vois là aucun motif de faire une tête jusqu'à par terre.
Que l'on respecte Dieu, oui, bien sûr. Mais le respect est une chose, être tendu en est une autre.
Je ne dis pas qu'il faille venir en faisant "dzing boum dzing boum tsoin tsoin" avec des cymbales,
mais entre ça et l'ambiance de cimetière, il y a la place pour juste être normal, en fait,
comme on l'est quand on va passer un moment chez des vrais amis où tout le monde se connait.
Quand on est jeune on croit tout savoir et tout avoir compris à tout,
ce qui est le propre de ceux qui ne savent que très peu de choses
et qui ont l'impression que tout ce qu'ils découvrent de la vie est original.
Mais il faut attendre d'être déjà bien âgé pour constater tout ce qu'on ne savait pas,
et en particulier ce que seules nos propres expériences, bonnes ou mauvaises,
peuvent nous enseigner sur la vie.
Je ne sais pas si l'âge nous ramollit, mais en tous cas il assouplit nos certitudes.
Enfin, au moins quand on écoute ce qu'il tente de nous apprendre.
Chaque fois que quelqu'un est prêt à tout pour se remplir les poches, il y a des gens qui souffrent.
Ça vaut pour les autocrates, les tyrans, les dictateurs, les gens corrompus, les milliardaires,
mais ça vaut aussi, dans une moindre mesure, pour chacun de nous.
La morale n'est pas là pour nous garroter, mais pour s'assurer que tout le monde ait droit à la justice,
et pour que ce soit le cas, il faut que chacun accepte de limiter ses ambitions à ce qui est raisonnable,
non pas en théorie mais en pratique.
S'il n'est pas raisonnable de posséder plus qu'on ne pourrait dépenser en mille vies,
ni de posséder un pays ou tout un peuple dont on dispose comme si on était leur dieu,
les petites concessions que l'on fait avec le bien commun ont elles aussi des conséquences,
même si c'est à une échelle plus discrète.
J'ai vu un article sur un type qui disait les pires choses sur mère Théresa de Calcuta.
Il en va des révisionnistes de la sainteté d'autrui comme des contempteurs d'art.
Faute de pouvoir eux-même produire quelque chose de remarquable,
ils se contentent de trouver à redire sur celles et ceux qu'ils sont incapables d'imiter,
préférant pérorer sur ce dont ils sont jaloux que de faire l'effort d'en faire autant ou mieux.
Seuls les saints pourraient légitimement juger de la sainteté d'autrui.
Bien entendu, ce sont les seuls à ne jamais s'y risquer, sachant mieux que personne combien
la critique est aisée mais l'art est difficile, comme faisait dire Néricault à Philinte dans Le Glorieux.
Ça ne sert à rien de nous comparer les uns aux autres,
pour savoir qui est le plus saint, le plus pénitent, le plus fidèle, bref le meilleur.
Nous avons tous une vocation correspondant à ce que Dieu attend de chacun de nous,
et dans la mesure où toute vocation est faite sur mesure et non en prêt à porter,
rien n'est comparable et Dieu seul sait si nous sommes fidèles ou non à son plan.
Nous fêtons aujourd'hui saint Jean-Paul II, dont je n'ai jamais compris qu'il ne passe pas à la postérité sous le nom de saint Jean-Paul II le Grand. Après tout ça s'est déjà vu avec d'autres papes de rajouter "Magnus" à leur nom, et s'il y en a bien un qui le méritait, c'est lui. Était-il sans défauts et absolument parfait ? Eh, à part Jésus et la Vierge Marie, personne ne l'est. A-t-il toujours pris les bonnes décisions dans son gouvernement de l'Église ? Il est permis d'en discuter, si ça nous chante. Aimait-il Jésus comme tout bon successeur de Pierre se doit de le faire, puisque c'est le paramètre décisif pour occuper ce poste ? Oh oui, il l'aimait !, il n'est pas permis d'en douter. Infatigable apôtre missionnaire, il a parcouru le monde pour prêcher l'évangile, en rappeler les enseignements, en développer les points qui concernent le plus notre époque. Avec les JMJ (j'étais sur la place Saint Pierre à Rome le dimanche des Rameaux où il a annoncé qu'il allait les lancer), il a non seulement soulevé la jeunesse du monde et lui a transmis l'amour de Jésus, mais il a aussi semé des vocations qui ont pris d'assaut les séminaires et les monastères. Pour ce qui est de catéchiser le monde, il suffit de constater tout ce qu'il a écrit ou fait réviser, à commencer par le Catéchisme de l'Église Catholique ou le Code de Droit Canonique, avec à la manoeuvre un certain cardinal Ratzinger, et un grand nombre d'encycliques. Pour ce qui est de la croix, ayant survécu à un attentat qui aurait dû lui coûter la vie (il a attribué sa survie à l'intervention miraculeuse de ND de Fatima, dans la couronne de laquelle il a fait sertir la balle qui lui était destinée), il a ensuite continué inlassablement sa mission jusqu'à la mort, donnant par sa vie même l'exemple de la dignité humaine jusque dans la vieillesse la plus avancée. Artisan de paix (on connait son influence dans la chute du mur de Berlin ou la fin de la guerre des Malouines), héraut du Christ qu'il a toujours annoncé sans rien maquiller des difficultés de son message, mais pourvoyeur invincible de joie spirituelle, il fallait bien marquer, aujourd'hui où nous fêtons son ascension au ciel, notre merci pour l'infatigable apôtre qui, tel le saint Paul de notre époque, a sillonné le monde pour annoncer la mort et la résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ.
Demander pardon, ce n'est pas si évident que ça.
On a souvent tendance à chercher des explications pour justifier ce qu'on a fait.
"J'ai fait ça parce que ça me semblait bien, j'ai fait ci parce que j'ai été poussé", etc...
Or ça, ce n'est pas demander pardon, c'est s'excuser tout seul, en fait.
Demander pardon, c'est dire :
"j'ai fait ci ou ça, c'était mal de ma part, j'ai mal agi, je te demande pardon".
Je suis toujours très inquiet quand je fais des obsèques pour des gens
qui, au moins du point de vue de ce qui se voit de l'extérieur,
ne parlaient pas avec Dieu, ne le visitaient jamais, dédaignaient les sacrements
et on passé la majeure partie de leur vie à l'ignorer avec constance.
Je n'ose imaginer leur rencontre avec notre créateur et sauveur.
Pour entendre "entre dans la joie de ton maître, serviteur bon et fidèle",
encore faut-il avoir pris Dieu pour maître et l'avoir servi avec bonté et fidélité.
Je crains que beaucoup n'entendent en fait que la pire sentence qui soit :
"hors d'ici, je ne te connais pas".
Quelle que soit l'époque à laquelle on vit,
quels que soient les hommes ou les femmes au pouvoir,
quelles que soient nos conditions de vie,
quelles que soient les réussites ou les grandes catastrophes de notre temps,
le programme du chrétien reste constant :
aimer Dieu par-dessus tout et son prochain comme soi-même.
Au travail.
C'est sur ce critère et sur rien d'autre que nous serons jugés.
Prier, c'est parler avec Dieu, qu'on le fasse en récitant des prières composées par d'autres
ou en lui parlant en coeur à coeur avec des mots de tous les jours.
Franchement, si on prétend être ses amis, plus encore, être de sa famille,
ce n'est pas trop demander que de parler avec lui tous les jours,
sans quoi cette soi-disant relation serait plus une prétention qu'une réalité tangible.
Nous acceptons qu'un médecin enlève une tumeur cancéreuse
quand elle menace la vie du corps dans lequel elle pousse,
pourquoi n'accepterions-nous pas que Dieu, dans l'Ancien Testament,
ait retranché de l'humanité les idoles les plus diaboliques et ceux qui les adoraient,
mettant en danger la vie éternelle de tous ceux qui se laissaient prendre
à des ersatz de Dieu incapables de sauver qui que ce soit ?
Par contre, de même qu'on ne laisserait pas un plombier opérer une tumeur,
il ne s'agit pas non plus de laisser quelqu'un d'autre que Dieu enlever une idolâtrie.
Dieu seul est capable de discerner le bon grain de l'ivraie,
et lui seul est capable d'accepter la conversion du pécheur tant qu'il en est encore temps
sans garder rancune envers ceux qui se sont laissés égarer loin de lui.
Si le corps guérit spontanément, il n'intervient pas, car lui seul possède à la fois
la connaissance parfaite du fond des coeurs et la miséricorde du créateur de toutes choses.
S'il y a bien quelque chose que l'expérience m'a enseigné comme prêtre diocésain,
c'est de ne jamais faire confiance aveuglément aux recommandation des collègues
pour héberger des gens dans des presbytères vides ou des maisons paroissiales.
À cause d'une certes grande charité mais d'un manque de discernement flagrant,
j'ai déjà vu héberger quelqu'un qui synthétisait de la drogue, une prostituée en activité,
des chamans, guérisseurs ou autres charlatans arguant de leur proximité avec l'église
pour créer la confiance et trouver de la clientèle parmi les paroissiens, entre autre,
sans parler des assistés professionnels qui ne payent jamais rien et laissent tout en ruine.
C'est bien d'avoir la simplicité de la colombe quand on évalue des possibles dépannages,
mais il faut aussi avoir la ruse du renard, sans quoi on permet que la bergerie héberge des loups.
Il ne faut pas s'étonner ensuite si tout le monde se méfie de tout le monde, même en paroisse,
quand ceux qui sont censés prendre soin du peuple qui leur est confié
ont le niveau de discernement d'un bulot cuit.
Les raisons que nous avons de pécher nous semblent toujours bonnes,
que ce soit sur le coup ou même à posteriori.
Parfois, il nous semble même que nous n'avions pas le choix, de toutes façons.
C'est pour ça que Dieu nous a donné des commandements,
pour que nous puissions comparer nos raisons à ce que lui nous dit être bon ou mal,
et que nous puissions corriger, le cas échéant, notre façon de faire,
même quand nous ne comprenons pas pourquoi notre façon de penser n'est pas la bonne.
L'intelligence ce n'est pas de tout comprendre,
mais d'être aussi capables de comprendre ce qui est hors de notre portée,
et savoir en qui il est malgré tout sage de mettre notre confiance ou pas.
Par exemple, mettre sa foi en Dieu,
alors que nous n'avons nullement la capacité de tout connaître de lui,
n'est pas une folie ni quelque chose de stupide.
Le peu que nous sommes capables d'en saisir après qu'il se soit fait l'un de nous
et que nous ayons pu le voir, le saisir, le toucher et l'entendre
suffit à nous laisser penser qu'il est plus sage d'avoir confiance en lui
que d'ignorer volontairement son existence
et de ne rien vouloir croire de ce qu'il nous a révélé de lui-même.
La part d'hypocrisie éventuellement présente dans notre foi apparait clairement
si l'on ne se tient pas de la même façon devant le Saint Sacrement
selon que l'on s'y trouve seul ou qu'il y a quelqu'un d'autre de présent,
et la part de manque de foi apparait aussi
si on agit carrément comme si on était tout seul et que Dieu n'était pas là.