La vérité n'est pas d'autant plus vraie qu'on la hurle comme des possédés
ou qu'on la crache au visage des gens.
Elle s'accorde très bien avec la douceur, la bienveillance,
voire le murmure et même, dans certains cas, le silence.
J'ai parfois vu des prêtres prêcher avec une violence effrayante.
Jésus s'est parfois énervé, c'est vrai, mais jamais avec ses disciples !
Les gens qui viennent à la messe n'y viennent pas pour se faire engueuler.
On ne peut pas expliquer aux gens qu'il faut aimer Dieu et son prochain
à coups de pieds dans le derrière.
J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de gens adeptes de la pensée magique :
"si je pense que quelque chose est vrai, alors ça devient une vérité".
Le problème, c'est que la vérité n'a que faire de nos pensées.
Quand on vit dans la bulle d'un monde imaginaire qu'on a inventé soi-même,
tôt ou tard on va se retrouver confronté au réel, et plus la bulle est importante,
plus le retour à la réalité va faire mal.
Quand quelqu'un regrette sincèrement le mal qu'il a commis,
et qu'il fait tout ce qui est en son pouvoir pour le réparer du mieux qu'il peut,
qu'il demande pardon avec humilité et qu'il s'engage à mieux agir dorénavant,
alors, quelle que soit l'offense commise, elle n'est pas si difficile que ça à pardonner.
C'est cette attitude que Dieu attend du pécheur, et quand on l'a,
il n'y a rien qui puisse l'empêcher de nous pardonner de bon coeur.
On ne peut pas remplacer l'indigence d'une vie spirituelle négligée
par un attachement affectif à une personne ou des écrits mystiques.
Qu'est-ce que j'appelle la vie spirituelle ?
Aller à la messe au minimum le dimanche, ou quand c'est possible, tous les jours.
Recevoir fréquemment le sacrement de réconciliation, au minimum une fois par mois.
Être suivi par un accompagnateur spirituel régulièrement,
si possible un prêtre avec un bon niveau de connaissance théologique.
Une fois qu'on a tout ça, qui est la base de la vie spirituelle, alors oui, éventuellement,
on peut s'attacher à des mystiques et à leurs enseignements.
Quand bien même de la nourriture tomberait du ciel pour nous rassasier,
encore faudrait-il se pencher pour la ramasser puis ouvrir la bouche pour la manger.
Le pardon de Dieu ne cesse de couler sur l'humanité,
mais encore faut-il, pour en profiter, le recevoir dans le sacrement par lequel il nous est donné.
On n'a pas de raison d'être timide à l'église, quand on est chrétien.
Respectueux, soit. Timide, non. On est chez nous.
Est-ce que les petits enfants qui viennent à la messe sont intimidés ?
Il faut apprendre d'eux, ou plutôt réapprendre d'eux ce que ça veut dire d'être de la famille de Dieu.
Quand on est de la même famille, on a le droit d'être familier.
J'ai déjà remarqué lors des liturgies que,
s'il n'y a pas dans l'assemblée quelqu'un qui répond haut et fort,
eh bien la majorité ne va pas répondre du tout.
C'est curieux, il y a beaucoup de suiveurs,
mais bien peu de gens qui, quelle que soit la situation,
agissent comme ils doivent le faire,
que ceux qui sont autour d'eux le fassent ou pas.
La tentation est parfois rude d'en vouloir aux baptisés qui ont jeté le don de Dieu aux orties,
et qui ne vivent aucune vie sacramentelle, de prière ou d'amitié et de proximité avec Dieu.
Mais personne ne m'a mandaté pour juger leur attitude, et je ne connais pas leurs raisons.
Heureusement d'ailleurs, parce que quand d'aventure ils me les donnent,
je peux parfois en trouver des valables, mais c'est loin d'être dans la majorité des cas.
Toujours est-il que ça m'aide à connaître ce que Dieu expérimente depuis le péché originel,
et ce qui est triste, c'est que ça ne m'aide même pas à fuir le péché avec plus de vigueur,
ce qui fait que si je jugeais ceux qui ont abandonné le Seigneur,
je me jugerais aussi pour tout ce qui, en moi, n'est toujours pas converti pour de bon.