Chaque fois que l'on tombe sur l'évangile qui nous dit que "la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux, priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour la moisson", on entend invariablement la même chose : il faut prier pour avoir des prêtres, des saints prêtres. On oublie juste ce qui précède. Jésus est "saisi de compassion envers les foules, car elles sont désemparées et abattues comme des brebis sans berger". C'est à un peuple désemparé et abattu qu'il veut envoyer des bergers. Mais bien souvent, le peuple n'est ni désemparé ni abattu. Il fait sa vie, le peuple. Il travaille, il mange, il boit, il se plaint, il fait la fête, il s'occupe de son cas, mais il n'a, bien souvent, ni soif ni faim de Dieu, ni de sa Parole, ni encore moins de ses sacrements, sauf exception. Combien de paroissiens de toute origine n'ai-je pas vu, au cours de ma vie sacerdotale, m'affirmer qu'ils étaient chrétiens, et même pratiquants, parce qu'ils allaient à la messe, parfois, pour Noël, avec les enfants ? Et ils étaient sincères. Ils pensaient vraiment qu'ils étaient à fond, et même un peu des acharnés, parce qu'une année sur deux ou trois ils allaient à la messe une fois par an. Bien sûr, il y en a aussi qui vont à la messe tous les dimanche, voire chaque jour. Mais quel pourcentage de baptisés est-ce que ça concerne, enfin si on peut encore parler de pourcentage quand on est à des chiffres si faibles qu'on peut les confondre avec la marge d'erreur ? Oh, comme il est facile, quand on a un peuple qui cherche Dieu, d'y trouver des vocations en pagaille ! Qui n'a jamais entendu de la Pologne du temps de saint Jean-Paul II, où il y avait tellement de séminaristes qu'on ne savait qu'en faire et qu'on en envoyait partout dans le monde ! Qui n'a jamais entendu parler de l'Amérique Latine ou de l'Afrique, où des peuples qui ont découvert le christianisme depuis seulement quelques siècles demandent comme un seul homme les sacrements de l'Église, et sont heureux de se plier aux exigences de la Foi, même quand elles les obligent à changer de vie de façon radicale ! Aujourd'hui, peut-être est-ce surtout pour ça qu'il faut prier : pour que le peuple ait faim et soif de Dieu, vraiment. Dans une terre favorable, les vocations poussent comme des champignons sans que l'on ait à invoquer le Ciel en permanence.