Il faut parler à Dieu chaque jour, quelle que soit la façon dont on prie.
Ça évite d'oublier le but de notre vie sur cette terre,
qui est de vivre avec lui, dans son royaume, pour l'éternité.
Ça m'a toujours impressionné que le premier réflexe de Marie après la visite de l'ange
ait été d'aller vivre chez sa cousine Élizabeth pour l'aider dans ses derniers mois de grossesse.
Voilà une femme toute tournée vers les autres et qui ne pense pas à elle-même.
J'ai connu beaucoup de chrétiens avec la même caractéristique, qui n'a rien d'évident :
les personnes qui font tout pour les autres sans attendre qu'on leur demande,
tout le monde considère leur générosité comme un dû.
Mais si un jour elles-même sont dans le besoin ou malades,
il n'est pas rare de constater que personne ne bouge le petit doigt pour les aider.
Je ne pense pas qu'il soit jamais normal de se prendre pour un "maître" en religion.
Nous n'avons qu'un seul maître, le Christ.
Nous ne sommes tous, quel que soit notre investissement, que des disciples.
Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas des compétences ou des connaissances sérieuses,
mais aucune d'entre elle ne suffit à mettre qui que ce soit au niveau du Fils de Dieu.
Il y a des gens qui pensent que pour être saint, il faut être parfait.
Que pour être parfait, il faut être exigeant.
Qu'être exigeant, ça signifie être dur envers soi-même et envers les autres.
Ignorent-ils donc que le seul saint, c'est Dieu,
lui dont le joug est facile à porter et le fardeau léger,
lui qui fait pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs sans discrimination ?
On n'est pas d'autant plus saint qu'on est plus dur envers ceux qui nous entourent.
Être saint, c'est donner sa vie pour ceux qu'on aime,
pas exiger de tout le monde qu'ils consacrent la leur à exécuter strictement nos ordres.
Il y a plein de monde aujourd'hui qui croit que les religions, et le christianisme en particulier,
ont inventé les péchés pour faire peur aux gens et les tenir sous leur coupe.
C'est idiot.
Avertir des conséquences de tel ou tel acte, ce n'est pas inventer la conséquence.
Si on m'avertit que si je mets la main sur une flamme, je vais me brûler,
et que je mets la main sur la flamme quand même, la brûlure n'est pas une punition,
juste la conséquence logique de mon acte.
C'est pareil pour les péchés. Ils ont des conséquences graves en eux-mêmes,
mais ce n'est pas parce qu'on en avertit le monde
qu'on a inventé ces conséquences pour faire vivre les gens dans la peur ou la culpabilité.
La religion chrétienne ne consiste pas à faire du commerce avec Dieu,
en lui filant des trucs, genre des sacrifices ou des prières,
en échange de ce qu'on lui demande et qui nous ferait plaisir.
En réalité, le but du jeu, c'est d'apprendre à vivre selon ce que nous sommes,
tel que ça nous a été révélé par Jésus Christ,
c'est à dire des êtres créés par amour et destinés à aimer éternellement.
Aucun rapport, donc, avec du donnant-donnant commercial.
Tiens, je me souviens d'une petite histoire amusante.
Dans une armée, un noble discute avec un mercenaire.
Il lui dit : "pfff, bien sûr, vous ne vous battez que pour l'argent, n'est-ce pas ?"
Ce à quoi le mercenaire lui répond : "bien sûr, pas vous ?"
Et le noble réplique, le menton en avant : "moi, monsieur, je me bats pour l'honneur !"
Ce à quoi le mercenaire répond : "chacun se bat pour ce qui lui fait le plus défaut, j'imagine".
J'aime bien cette histoire. Elle dit quelque chose de profondément vrai.
L'orgueil n'a rien à voir avec les compétences,
ou plutôt si, mais pas dans le sens où on l'imagine :
les personnes les plus orgueilleuses que j'ai rencontrées de ma vie
sont celles qui avaient le plus de défauts et d'incapacités en tout genre,
alors que les personnes les plus humbles étaient les plus capables
et possédaient une intelligence tout à fait exceptionnelle.
En fait, être orgueilleux n'est pas un très bon signe, maintenant que j'y pense.
On pourrait se dire que c'est de la triche que Marie soit sainte,
puisqu'elle a été préservée du péché originel par une grâce spéciale de Dieu.
Ah, mais Adam et Ève aussi ont été conçus sans le péché originel,
ça ne les a pas empêchés de l'inventer.
La sainteté, ce n'est pas juste la grâce de Dieu qui nous protège du mal,
il y a aussi besoin, pour que ça serve à quelque chose,
de notre bonne volonté et de notre docilité à la volonté de Dieu.
C'est la conjonction de la grâce et de notre réponse qui fait qu'on est saint ou pas.