C'est du péché que Jésus est venu nous sauver.
Si nous croyons que nous n'avons aucun péché,
alors il ne peut rien pour nous
même si nous nous trompons.
Qu'est-ce que le prêtre, par rapport à son évêque ?
Son administré ? Mais l'évêque n'est pas un pdg.
Son ministre ? Mais l'évêque n'est pas un président.
Son soldat ? Mais l'évêque n'est pas un général, ni même un militaire.
Son sujet ? Mais nous n'avons qu'un seul maître, le Christ.
Le prêtre est le collaborateur de l'évêque, celui qui "travaille avec" lui.
Il est là pour l'assister, aller là où l'évêque ne peut être présent,
et pour partager avec lui le sacerdoce que nous a transmis Jésus Christ par les apôtres.
Ça n'en fait ni son esclave, ni un pion soumis à son autorité,
mais ça n'en fait pas non plus un simple collègue,
parce que l'évêque est responsable de tout le diocèse
alors que le prêtre ne partage avec lui que la petite portion de cette responsabilité
qui lui a été confiée par celui-là.
La dernière fois que j'ai vérifié, le saint patron des prêtres, c'était le curé d'Ars, pas Elon Musk.
Je ne vois donc pas pourquoi les curés actuels devraient agir en chefs d'entreprise,
dirigeant des tas de paroissiens/employés-bénévoles pour faire des réunions
et de la paperasse administrative qui encombre de plus en plus les bureaux des presbytères.
J'ai beau chercher dans les Évangiles, à aucun moment il ne semble que ce soit là
la mission que le Christ nous a confiée
et pour laquelle nous avons accepté de tout quitter.
Nous le savons, Jésus ne nous a enseigné qu'une seule prière, le Notre Père. C'est une banalité de le dire, mais du coup, forcément, cette prière est le modèle parfait sur lequel toute autre prière devrait prendre exemple, à tel point que St. Augustin disait même que, tant qu'à dire la même chose, autant prendre le Notre Père que d'en inventer des déclinaisons inutiles. Dans la version de l'évangile d'aujourd'hui, Jésus ne dit pas "Notre Père", mais simplement "Père". Bien. Nous pouvons donc la prier même lorsque nous sommes seuls, pas besoin d'être en communauté pour le faire. Quand on prie Dieu, en général, c'est pour lui demander des choses dont nous avons besoin, résoudre des problèmes qui nous inquiètent, guérir des maladies ou faire des miracles. Là pourtant, rien de tel. Les premières demandes ne concernent pas nos besoins, mais nos devoirs : "que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne". Pour le dire autrement, nous lui demandons de nous aider à sanctifier son nom et à accepter sa venue en nos coeurs. Ce n'est pas un hasard si cette demande reprend le premier des commandements : "tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit". La prière de Jésus implore Dieu, en fait, de nous aider à accomplir ce commandement. Après notre devoir viennent nos demandes : "donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour". Qui s'est fait pain pour que nous puissions tous le manger, afin d'aimer plus parfaitement sa volonté ? Jésus Christ, eh oui. Il nous demande donc de ne pas mépriser l'eucharistie, en fait. Étonnant, non ? "Croyant non pratiquant", ce n'est pas trop son truc. Puis "pardonne-nous nos péchés, car nous-même, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous". On lui demande ici non seulement de nous pardonner, mais de nous aider à pardonner tous ceux contre qui nous avons des griefs. Seul le pardon de Dieu peut nous donner la force de pardonner nous aussi, surtout l'impardonnable. "Ne nous laisse pas entrer en tentation", maintes fois retraduit pour essayer d'être fidèle à l'idée du texte original, c'est surtout ne pas nous laisser y succomber, ne rien laisser nous éloigner de Dieu. Le Notre Père est une prière qui ouvre notre coeur à la volonté divine. Ne nous lassons pas de le prier, nous en avons tellement besoin !
Il est important, surtout lorsque l'on est prêtre,
de ne pas confondre nos préférences personnelles
avec des vérités théologiques intangibles.
Que l'on ait des goûts personnels, c'est bien légitime.
Mais il faut avoir le bon sens de les reconnaître comme tels,
et ne pas chercher à les justifier en se cachant derrière ce qui nous arrange
dans l'histoire, dans certaines traditions ou écrits de l'Église soigneusement sélectionnés
en dehors de tout contexte qui pourrait en rééquilibrer le sens authentique.
Il semble qu'il soit nécessaire de le rappeler encore et encore, à notre époque :
si nous cherchons le chemin qui mène au Royaume de Dieu,
il se trouve dans les Saintes Écritures en général, c'est à dire dans la Bible,
et en particulier dans les quatre Évangiles.
Seul la lecture des Évangiles est "parole d'évangile", comme dit l'expression
pour parler de quelque chose de certain et auquel on peut accorder toute sa confiance.
Nul besoin d'écrits de mystiques ou de révélations privées,
qui peuvent comporter des erreurs théologiques et/ou des opinions personnelles,
des jugements perfides contre l'Église, sa hierarchie ou ses enseignements,
des prédictions de fin du monde pour attirer l'attention ou, pire encore, mélanger l'ivraie au bon grain
pour qu'on se fasse plus facilement et plus subtilement éloigner de la vérité,
tout en ayant le sentiment qu'on en sait plus que "les autres" qui n'ont pas lu ces écrits.
Qu'un saint ou une sainte canonisé par l'Église Catholique
ait écrit ses méditations personnelles et qu'elles aient été publiées, c'est très bien,
et ça fait partie de la Tradition avec un grand T de l'Église, ça nous aide à comprendre le Christ.
Mais quand bien même il s'agit des pensées et des enseignements des "vrais" saints,
il ne faut pas en confondre l'importance avec celle des Évangiles.
Les saints ne mènent personne à eux-mêmes, mais à Jésus-Christ, et aux Évangiles.
Il n'y a aucun bénéfice à mettre sa foi en danger en la mélangeant avec n'importe quelle divagation.
Nourissons-la de la Parole de Dieu authentique qui a guidé tant de chrétiens depuis 2000 ans.
Ça leur a suffit pour trouver la sainteté, c'est bien suffisant pour nous aussi.
Quand, dans un mariage, un baptême ou des obsèques,
la seule personne à avoir la foi de l'Église est le célébrant, et je le dis sans exagération,
parfois, on se sent vraiment comme en terre d'exil.
On n'a alors pas besoin d'exégèse pour ressentir ce qu'a vécu l'auteur du psaume 137 :
"Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.
C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »
Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?"...
Quand on pense au bien d'autrui, et pas seulement à notre intérêt personnel,
il devient beaucoup plus facile de ne pas juger durement leurs fautes,
et de plutôt chercher comment les aider à trouver leur salut
au lieu de méditer sur la façon de leur faire payer ce qui les entraine de toutes façons vers leur perte.
La paix n'a aucune chance d'advenir dans le monde
si elle n'est pas d'abord présente dans le coeur de chacun.
Nous ne pouvons rien aux conflits du monde.
Mais personne ne peut, à notre place, rechercher et trouver la paix intérieure,
condition essentielle à une paix qui ne soit pas basée sur l'équilibre de la terreur
mais sur la tranquilité du coeur et la satisfaction de ce que l'on a,
sans chercher à obtenir par la violence ce qu'ont les autres, aussi bien les pays que les personnes.
Je n'ai jamais rencontré d'athée véritable.
Des gens qui clament ne pas croire en Dieu, oui, bien sûr, il y en a plein.
Mais ils le remplacent par d'autres dieux, en vrai, et ils remplacent la foi par d'autres croyances.
Ils croiront en la science, en l'argent, au plaisir, à la nature, à la politique, à l'art,
à la philosophie, au pouvoir, au foot, à Johnny Halliday, au nihilisme ou à l'absurdité du monde...
Bref quel que soit le dieu qu'ils choisissent de suivre, en vérité,
ils lui seront souvent tout aussi fidèles, voire plus, qu'un chrétien s'efforce d'être fidèle au Christ.
Et ils ne remettront pas plus cette croyance en question que ne le font les chrétiens en leur foi,
alors qu'ils leur reprocheront régulièrement leur fidélité et leur soit-disant aveuglement naïf.
Tiens, après s'est faite engueuler par un paroissien, une personne m'a dit
que c'était bien la peine d'être une religion d'amour.
Je n'ai pas répondu, parce que ce n'était pas le moment pour ça,
mais une religion d'amour, ça n'existe pas.
Dieu est amour, oui. Mais Dieu seul est bon.
La religion qui s'efforce de l'adorer et de mettre en pratique ses commandements, elle,
est constituée d'un peuple pécheur,
dont l'amour ne parviendra à sa perfection que dans son Royaume, en sa présence.
En attendant, on fait tous comme on peut, et on s'efforce de s'aimer les uns les autres, certes,
mais le plus souvent sans y parvenir parfaitement, et c'est un doux euphémisme.
C'est en Dieu seul que l'ont peut mettre toute notre confiance.
pas dans une religion composée d'être humains tous aussi faillibles les uns que les autres,
quand bien même la religion en question est celle qu'il a voulue et qu'il a fondé lui-même.
On a beau chercher des échappatoires,
si on n'est pas capables de solidarité avec notre prochain,
pas avec le monde entier, non, mais déjà avec la personne qui vit près de chez nous,
alors il va être bien compliqué d'entrer au paradis.
C'est ici-bas qu'il faut apprendre à aimer,
ce n'est pas une fois morts qu'on pourra s'y mettre.
Quand nous pensons au pouvoir, même pour Dieu,
ce qui vient spontanément à l'esprit c'est d'abord une capacité de nuisance,
de déchainement de violence, de destruction, de punition et autres Sodome et Gomorrhe.
Le Fils de Dieu incarné, Jésus Christ, nous a enseigné sur la croix
que le plus grand pouvoir de tous, c'est celui de donner sa vie
et de pardonner même ceux qui ne le méritent pas,
non à cause d'eux mais à cause de notre propre grandeur d'âme.
La croix, c'est son trône, c'est de là qu'il est élevé au-dessus de tous et qu'il règne sur le monde.
De même qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis,
il n'y a pas de plus grand pouvoir que de donner sa vie même pour ceux qui ne nous aiment pas.
Ceux qui agissent ainsi sont vraiment les dignes disciples du Christ,
et c'est d'ailleurs le trait caractéristique qui honore les martyrs.
Il m'est déjà arrivé de voir des personnes dont les yeux étaient morts.
Ils te regardent mais ils ne te voient pas, il n'y a pas d'âme dans leur regard,
ils sont juste en train d'évaluer si tu représentes un danger à éliminer ou pas.
Autant pour l'enfer que pour le paradis, il n'y a pas besoin d'être mort pour les connaître,
il n'y a pas besoin d'avoir fait de la théologie pour en faire l'expérience dès ici-bas.
Selon que l'on vit avec ou sans Dieu, avec ou sans amour,
on vit déjà dans l'un ou dans l'autre.
Certes, dans la prière universelle du dimanche,
il est prévu de prier pour les responsables politiques,
non en fonction de qui ils sont, mais à cause de l'importante place qu'ils occupent,
et en conséquence du mal ou du bien qu'ils sont en capacité de faire.
Mais prier pour que Dieu aide les responsables politiques à choisir le bien est une chose,
prier pour que telle idée politique arrive, quel qu'en soit le bord, en est une autre.
Il ne faut pas oublier qu'on est en train de prier Dieu.
Quand Jésus nous a enseigné le Notre Père,
je n'ai pas souvenir qu'il nous ait dit de demander à Dieu
d'intervenir dans nos problèmes de cohabitation humaine ou de gestion des ressources.
Pire encore, quand on demande à Jésus d'intervenir dans des querelles humaines,
il refuse systématiquement, parce qu'elles dépendent de nous, pas de lui.
Faisons à Dieu des prières qu'il est disposé à exaucer, ne demandons pas n'importe quoi.
Personnellement, je refuse de chanter le refrain de la prière universelle
quand les demandes qu'on y fait sont de nature politique et non religieuse.