Ce n'est qu'en adorant Dieu
qu'on n'a pas besoin d'adorer des hommes
voire des animaux ou des réalités matérielles.
Le besoin humain d'adorer quelqu'un est tellement fort,
que si on n'adore pas Dieu, on est prêts à adorer n'importe quoi.
J'aime bien que saint Paul n'ait pas hésité à s'opposer à Pierre quand celui-ci avait mal agit.
L'Église a été confiée à Pierre et à ses successeurs, mais ça n'en fait pas un surhomme.
Il peut se tromper, comme tout le monde.
Et ce qu'il lui faut, comme à tous les hommes à qui une grande responsabilité a été confiée,
ce n'est pas une cour qui lui dit toujours qu'il est le meilleur et que tout ce qu'il fait est génial,
mais des personnes suffisamment vaillantes pour lui dire franchement quand il agit de travers.
Tiens j'ai entendu parler l'autre jour d'un soi-disant Jésus de Sibérie qui a été arrêté.
Ce policier municipal au chômage a commencé à prêcher pour lui-même il y a 20 ans
en disant que Jésus n'était pas le Fils de Dieu,
puis après il a dit que finalement Jésus réincarné c'était lui bla bla bla.
Alors pour tous ceux qui pourraient avoir le moindre doute,
toute personne prêchant que Jésus n'est pas le Fils de Dieu, ça s'appelle un Antichrist.
Saint Jean en parle dans son Apocalypse, et le moins que l'on puisse dire,
c'est que les antichrists ne sont pas ses amis.
On a déjà un sauveur. Pas la peine de s'exciter et de courir voir tous ceux qui se prennent pour lui.
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a donné l'impulsion d'un tournant dans l'Église.
Grâce à l'intuition profonde qui était la sienne, on est passés de la recherche de la sainteté
à coups de vexations, d'humiliations, de pénitences imposées et d'exigences de toute sorte
à une sainteté basée sur l'amour du prochain dans les grandes et les petites choses,
dans tous les détails habituels de la vie de tous les jours.
Elle a enlevé une grosse couche de poussière janséniste qui était restée dans l'Église,
et a permis à tous de revenir à l'intuition toute simple des Évangiles.
Jésus n'est pas juste "le fils du patron", comme le disait Albert Dupontel dans un sketch.
Il est celui à qui tout a été donné, parce qu'il s'est montré fiable dans les petites choses.
Oui, la croix est une petite chose comparée au poids infini de gloire qui lui a été confié,
et pourtant, quand il y a été confronté, c'est la plus difficile des choses qui lui soit jamais arrivée.
Il ne faut pas oublier que Jésus est vrai Dieu, certes, mais aussi vrai homme :
c'est donc à un homme, le premier d'entre nous, certes, mais l'un d'entre nous tout de même,
que l'univers et tout ce qu'il contient a été donné.
La générosité de Dieu envers ceux qui ont supporté l'épreuve avec lui
n'est-elle pas extraordinaire, et digne des quelques efforts qu'il nous demande ?
Le péché originel a mis en nos coeurs la tentation de nous prendre pour Dieu.
C'est pour ça qu'on le voit facilement comme un adversaire ou comme un problème,
qu'on a du mal à accepter ses commandements et à les mettre en pratique,
et qu'on aime jouer à Dieu en décidant nous-mêmes de la vie et de la mort,
dès avant la naissance et jusqu'à la vieillesse.
Seulement voilà, quoi que nous dise notre orgueil ou notre désir de toute-puissance,
Dieu, ce n'est pas nous, et soit nous nous mettons à sa suite et tout se passe bien,
soit nous nous opposons à lui et, tôt ou tard, nous finirons défaits et humiliés.
Ce n'est pas une menace ni un conte pour faire peur,
c'est juste la stricte vérité.
Dieu permet la conversion à qui est prêt à changer de vie,
à abandonner sa façon de faire mauvaise pour agir selon le bien :
il ne retire pas la possibilité du salut à qui fait l'effort de tourner le dos au mal et au péché.
On ne peut pas en dire autant pour les êtres humains entre eux.
Quand quelqu'un a mal agit, on ne lui laisse pas tellement de place pour s'améliorer :
tout ce qu'on veut, c'est qu'il soit puni et qu'il disparaisse de la vie publique,
et le plus définitivement possible sera le mieux, pense-t-on.
C'est là qu'on voit que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées.
On n'est pas d'autant plus saint que l'on est plus intransigeant ou exigeant.
Le b.a ba de la sainteté, c'est d'aimer son prochain, donc d'avoir de la bienveillance, entre autre,
pas de le noyer sous les reproches, les mises en accusation ou les condamnations.
À Dieu la justice. À nous, il ne demande que de nous aimer, pas de nous juger les uns les autres.
S'il est impossible d'aimer sans passer par la croix,
ce n'est pas par goût de la souffrance ou de la mortification,
mais parce que, dans un monde soumis au péché,
aimer n'est plus naturel : ça coûte, c'est fatigant, et on s'en lasse vite.
Du coup, aimer avec persévérance demande un effort considérable,
voire des sacrifices qui peuvent nous sembler démesurés et douloureux.
Devant la maladie ou la mort, on est toujours profondément seul,
quand on est celui qui doit y passer, parce que personne ne va le faire à notre place.
Bien. Mais ce n'est pas une raison pour abandonner ceux qui s'y trouvent,
et pour ne pas essayer d'être là, autant que faire se peut, même si nous n'y pouvons rien.
Notre sentiment d'impuissance ne doit pas inhiber la charité la plus élémentaire
qui consiste à tenir la main de ceux qui souffrent
et à accompagner ceux qui partent jusqu'à la porte qu'ils devront franchir seuls.