Quand bien même quelqu'un n'aurait pas été conçu par amour,
il a malgré tout été créé par l'amour de Dieu.
Là où l'amour humain peut faire défaut, l'amour de Dieu demeure de toujours à toujours.
Je ne pense pas qu'il soit jamais normal de se prendre pour un "maître" en religion.
Nous n'avons qu'un seul maître, le Christ.
Nous ne sommes tous, quel que soit notre investissement, que des disciples.
Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas des compétences ou des connaissances sérieuses,
mais aucune d'entre elle ne suffit à mettre qui que ce soit au niveau du Fils de Dieu.
Il y a des gens qui pensent que pour être saint, il faut être parfait.
Que pour être parfait, il faut être exigeant.
Qu'être exigeant, ça signifie être dur envers soi-même et envers les autres.
Ignorent-ils donc que le seul saint, c'est Dieu,
lui dont le joug est facile à porter et le fardeau léger,
lui qui fait pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs sans discrimination ?
On n'est pas d'autant plus saint qu'on est plus dur envers ceux qui nous entourent.
Être saint, c'est donner sa vie pour ceux qu'on aime,
pas exiger de tout le monde qu'ils consacrent la leur à exécuter strictement nos ordres.
Il y a plein de monde aujourd'hui qui croit que les religions, et le christianisme en particulier,
ont inventé les péchés pour faire peur aux gens et les tenir sous leur coupe.
C'est idiot.
Avertir des conséquences de tel ou tel acte, ce n'est pas inventer la conséquence.
Si on m'avertit que si je mets la main sur une flamme, je vais me brûler,
et que je mets la main sur la flamme quand même, la brûlure n'est pas une punition,
juste la conséquence logique de mon acte.
C'est pareil pour les péchés. Ils ont des conséquences graves en eux-mêmes,
mais ce n'est pas parce qu'on en avertit le monde
qu'on a inventé ces conséquences pour faire vivre les gens dans la peur ou la culpabilité.
La religion chrétienne ne consiste pas à faire du commerce avec Dieu,
en lui filant des trucs, genre des sacrifices ou des prières,
en échange de ce qu'on lui demande et qui nous ferait plaisir.
En réalité, le but du jeu, c'est d'apprendre à vivre selon ce que nous sommes,
tel que ça nous a été révélé par Jésus Christ,
c'est à dire des êtres créés par amour et destinés à aimer éternellement.
Aucun rapport, donc, avec du donnant-donnant commercial.
Tiens, je me souviens d'une petite histoire amusante.
Dans une armée, un noble discute avec un mercenaire.
Il lui dit : "pfff, bien sûr, vous ne vous battez que pour l'argent, n'est-ce pas ?"
Ce à quoi le mercenaire lui répond : "bien sûr, pas vous ?"
Et le noble réplique, le menton en avant : "moi, monsieur, je me bats pour l'honneur !"
Ce à quoi le mercenaire répond : "chacun se bat pour ce qui lui fait le plus défaut, j'imagine".
J'aime bien cette histoire. Elle dit quelque chose de profondément vrai.
L'orgueil n'a rien à voir avec les compétences,
ou plutôt si, mais pas dans le sens où on l'imagine :
les personnes les plus orgueilleuses que j'ai rencontrées de ma vie
sont celles qui avaient le plus de défauts et d'incapacités en tout genre,
alors que les personnes les plus humbles étaient les plus capables
et possédaient une intelligence tout à fait exceptionnelle.
En fait, être orgueilleux n'est pas un très bon signe, maintenant que j'y pense.
On pourrait se dire que c'est de la triche que Marie soit sainte,
puisqu'elle a été préservée du péché originel par une grâce spéciale de Dieu.
Ah, mais Adam et Ève aussi ont été conçus sans le péché originel,
ça ne les a pas empêchés de l'inventer.
La sainteté, ce n'est pas juste la grâce de Dieu qui nous protège du mal,
il y a aussi besoin, pour que ça serve à quelque chose,
de notre bonne volonté et de notre docilité à la volonté de Dieu.
C'est la conjonction de la grâce et de notre réponse qui fait qu'on est saint ou pas.
Ce n'est pas en me disant "Seigneur, Seigneur !" qu'on entrera dans le royaume des Cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est aux Cieux...
Ce que Jésus nous demande, ce ne sont pas juste des incantations, ni même des prières ou des louanges. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas prier, bien sûr, mais notre prière doit avoir une orientation claire : demander à Dieu de nous aider à faire sa volonté, et non pas la nôtre. La nôtre vaudrait-elle moins que la sienne ? Eh, bien sûr qu'elle vaut moins ! Parce que notre volonté peut être dévoyée par le péché : on peut facilement, en ne suivant que notre volonté propre, n'aimer que soi, éventuellement les autres quand on en ressent le besoin, et Dieu quand on n'a rien de plus intéressant à faire, et cette façon de faire ne peut ni nous combler ni nous apporter le bonheur ou la paix.
Dans la prière que Jésus nous a enseigné, la première partie consiste à demander que le Nom de Dieu soit sanctifié et que sa volonté soit faite. Ce n'est pas une prière pour demander à Dieu de faire notre volonté, ou de nous laisser la mettre au service de ce qui nous semble bon, mais une prière pour nous mettre, fidèlement, humblement, avec persévérance et dévouement, à son service.
Quelle est donc cette volonté de Dieu ? Jésus nous l'a fait connaître : aimer Dieu par-dessus tout, et son prochain comme soi-même. Le triple commandement de l'amour : d'abord Dieu, puis notre prochain, puis soi-même. Et il nous dit aussi en quoi consiste l'amour : il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Le chemin qui mène au Christ, et par le Christ, à Dieu le Père, est donc particulièrement clair, et peu sujet à l'interprétation personnelle.
Aimer Dieu par-dessus tout, parce que nous sommes appelés à vivre, pour l'éternité, dans son Royaume. Quel plaisir y aurait-il à vivre en présence de Dieu pour l'éternité, si nous n'avons pour lui que de vagues sentiments peu suivis d'effets ? Quel bonheur peut-on trouver à ressusciter en présence de quelqu'un qu'on n'aimerait pas plus que tout ? S'il nous faut apprendre à aimer Dieu par-dessus tout, c'est parce que notre vocation consiste à vivre avec lui pour toujours.
Mais avec lui vivront toutes les personnes qui auront fait le même choix. Alors comment y vivre en paix, si on n'est pas rempli d'amour, de bienveillance, de tendresse, de générosité et de pardon pour toute l'humanité ? Toute ? Oui, toute. Qui sait qui vivra en présence de Dieu ? On ne peut pas faire l'impasse sur qui que ce soit, parce que tout le monde est invité à la même vie éternelle en sa présence, et on ne peut pas savoir qui y parviendra.
Enfin, il faut s'aimer soi-même, mais c'est ce qu'on fait naturellement quand on aime d'abord Dieu puis son prochain, parce que c'est notre intérêt et notre bonheur éternel que de vivre, ressuscités, en leur présence.
Voilà la volonté de Dieu, voilà le chemin qui mène à lui, voilà la vocation de l'humanité toute entière.
C'est bien de faire un temps de pénitence pendant l'Avent,
c'est à dire de s'efforcer, par un bien que l'on fait,
de réparer les conséquences des péchés dont on a demandé pardon à Dieu dans la confession
mais qu'on n'a pas pu réparer directement pour une raison ou pour une autre.
Cette année, avec le confinement, la pénitence est toute trouvée, et nous la subissons tous.
Mais pour qu'elle serve à notre bien, tant qu'à faire, puisque de toutes façons il faut la subir,
encore faut-il l'accepter de bon gré, et ne pas s'en plaindre chaque jour que Dieu fait.
Il ne faut pas confondre christianisme et mysticisme.
Si certains rares chrétiens sont mystiques, ce n'est pas le cas de la majorité du genre :
vivre chrétiennement n'implique pas, de soi, de passer son temps à avoir des visions,
des révélations, à faire des miracles ou à annoncer des prophéties.
Ces choses peuvent arriver durant une vie, pourquoi pas, ça nous est parfois nécessaire,
mais si c'est le cas ça ne sera, le plus souvent, qu'à petite dose.
La vie du disciple du Christ consiste plutôt à mettre en pratique ses enseignements,
bien plus qu'elle ne consisterait à le voir régulièrement en trois dimensions
au milieu de trompettes célestes et d'anges virevoltant dans tous les sens.
Ce n'est jamais une bonne idée de pleurer sur soi-même.
Tout d'abord, personne n'aime la compagnie des gens qui chouinent.
De plus, c'est la voie royale pour entrer en dépression.
Alors parfois il faut se mettre des coups de pied au derrière,
redresser la tête et moucher son nez, et s'efforcer d'affronter la vie avec bravoure.
Seul, c'est difficile. Mais avec l'aide et la compagnie de Dieu, c'est jouable.