L'efficacité n'est pas en compétition contre la gentillesse et la bienveillance.
Ce n'est pas parce qu'on travaille sérieusement qu'on doit le faire sèchement.
Nous, notre vie ne nous appartient pas.
On l'a reçue de notre créateur et de nos parents,
et on ne peut pas lui ajouter une seule seconde quand notre heure est venue.
Jésus, non seulement sa vie lui appartient en plénitude,
et nul ne peut la lui prendre si ce n'est pas lui qui la donne,
mais en plus toute vie est dans sa main.
C'est pourquoi il nous ressuscitera au dernier jour,
ceux qui ont suivi ses commandements, pour être sauvés,
et ceux qui n'ont pas voulu de lui, pour être jugés par leurs propres actes.
On aimerait bien que les gens qu'on aime aiment Dieu, parce que c'est leur intérêt.
Mais on ne peut pas plus les forcer à le faire que Dieu, qui ne force personne.
Il nous a donné le libre arbitre, et il faut respecter sa volonté.
Ce qu'il a donné à l'humanité, comment pourrions-nous vouloir l'en priver,
quelle que soit la raison pour laquelle on pourrait être tenté de le faire ?
Non, c'est à chacun de choisir sa vie. On peut montrer le chemin étroit qui mène à Dieu,
mais on ne peut en aucun cas obliger qui que ce soit à le suivre s'il ne veut le faire de bon coeur.
Quand j'étais missionnaire, on m'avait enseigné que si on donnait à manger aux pauvres,
c'est parce que "ventre affamé n'ai pas d'oreille", et que pour pouvoir leur annoncer Jésus Christ,
il fallait d'abord donner des conditions de vie dignes aux gens.
Ça me fait un peu peur quand je vois des chrétiens qui ont oublié pourquoi ils pratiquent la charité,
et qui ne mènent pas les gens jusqu'à Jésus quand ils sont repus.
Ce qui entre dans le ventre finit aux lieux d'aisance.
Seul l'Esprit qui vient de Dieu retourne à Dieu.
Ne donnons pas seulement à manger, quand on peut ensuite donner le Christ et le salut éternel.
Le problème du péché, c'est qu'au premier abord, il nous semble toujours désirable.
Si on pèche, c'est parce que, sur le moment, ça nous a semblé une bonne chose pour nous.
On peut même être parfaitement sincère et croire fermement qu'on agit bien.
Et si notre conscience nous reprochait quelque chose, on a des excuses toutes prêtes :
"tout le monde le fait"; "ce n'est pas illégal"; "on n'a qu'une vie"; "j'ai bien le droit de m'amuser";
"juste une fois"; "pourquoi pas"; "il faut tout essayer"; "personne n'en saura rien", etc etc...
Ce n'est qu'après lui avoir succombé que le péché révèle sa vraie nature,
et qu'on le voit pour ce qu'il est vraiment.
Dans le meilleur des cas, ça produira un dégoût de soi. Dans le pire, un dégoût de la vie.
Ou alors c'est nous qui apparaîtrons comme répugnant aux yeux du monde.
Bien, mais alors comment faire pour ne pas succomber,
mieux encore, pour savoir ce qui est vraiment bon pour nous ?
Le seul qui sache ce qui nous convient vraiment, c'est Dieu. C'est lui qui nous a faits,
et qui connait mieux que personne qui nous sommes et ce qui est bon pour nous.
Seulement voilà, pour que ça nous serve à quelque chose,
encore faut-il lui faire confiance, et obéir humblement à ses commandements.
Mais là encore, le péché en nous a des mécanismes de défense bien rôdés :
"Dieu n'existe pas"; "tout ça, c'est des bêtises inventées pour nous pourrir la vie";
"personne ne touchera à ma liberté chérie"; "Dieu est trop exigeant"; "c'est impossible à faire";
"la religion c'est l'opium du peuple"; "il faut être complètement idiot pour croire en tout ça";
"qu'est-ce qu'on en sait de tout ça, Dieu, personne ne l'a jamais vu", etc etc...
Pourtant, l'expérience nous montre quelle est la route qui nous convient le mieux.
Le péché ne produit que des fruits amers, pourris, répugnants et désespérants.
Il peut mener à la perte totale de liberté, qu'elle soit psychologique ou pour des raisons légales.
Il mène à la solitude, aux larmes, au cynisme, à l'ennui, à la haine, à la méfiance envers tous,
et en fin de comptes, parvenu à maturité, il mène à la mort.
La Parole de Dieu, quand elle est mise en pratique, produit joie, paix de l'âme, nuits paisibles,
bonheur quelles que soient les circonstances extérieures, compréhension de soi-même,
satisfaction du devoir accompli, confiance en Dieu, facilité dans le don de soi, amitié, fidélité,
bienveillance, miséricorde, générosité, détachement des biens de ce monde, liberté,
et en fin de comptes, résurrection et vie éternelle.
Le bon sens à lui seul suffit pour voir où est notre intérêt véritable.
Encore faut-il lui accorder un minimum de crédit, en tirer les conséquences,
et avoir le courage de ne pas s'en détourner dès la première tentation.
Pour aimer Dieu en vérité, il faut renoncer au péché.
Pour renoncer au péché, il faut renoncer à faire des choses qui nous plaisent,
parce que si on ne prenait pas plaisir à faire le mal, on n'en ferait jamais.
C'est plus facile à dire qu'à faire, et c'est la raison pour laquelle
aimer Dieu de bon coeur est bien plus compliqué qu'il n'y parait au premier abord.
Ça ne sert à rien de se lamenter à longueur de journée sur les temps qui sont les nôtres.
Nous ne les avons pas choisis, nous ne pouvons pas les changer,
la seule chose que nous puissions faire c'est de nous efforcer de vivre saintement,
même si le monde vit dans le péché et la haine ou l'indifférence envers Dieu.
Comme c'est une chose que le chrétien doit faire en tous temps de toutes façons,
notre époque ne change rien à l'affaire. Arrêtons de chouiner ad nauseam.
Oh, bien sûr, nous sommes parfaitement libres de ne pas tenir compte de Dieu,
de ne pas mettre en pratique ses enseignements, et même de ne pas croire en lui.
Mais négliger la sagesse de Dieu, ne s'en remettre qu'à notre propre intelligence,
c'est l'assurance de vivre dans le malheur, qu'on le veuille ou non.
Tant qu'on n'a jamais été à la messe que dans la paroisse de son village ou de son quartier,
on n'a aucune idée de ce que signifie être catholique.
Catholique, ça veut dire universel.
Et pour acquérir le sens que ce mot contient, il faut sortir de sa chapelle,
et oser aller à la messe partout ailleurs où les circonstances de la vie nous emmènent,
en particulier en profitant des vacances loin de chez soi.
La détestation absolue du péché par Dieu est parfaitement logique :
rien ne nous fait plus de mal que le péché, que nous en soyons à l'origine ou que nous le subissions.
Or Dieu nous aime.
Comment pourrait-il tolérer ce qui non seulement nous rend profondéments malheureux,
mais qui nous éloigne de lui, de notre vocation, et du bonheur qu'il veut pour nous ?
La réponse est simple : il ne le peut pas, et il ne le veut pas.
Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. On entend souvent, de nos jours, critiquer le sacerdoce. Il s'agirait d'un privilège que s'arrogent des hommes qui, fiers d'eux-mêmes et de leur petit pouvoir, tomberaient invariablement dans le péché mortel du cléricalisme. Ils seraient exigeants, inflexibles envers les autres tout en étant eux-mêmes pleins de faiblesses et de péchés inavouables, bref, des pharisiens au sens du Nouveau Testament, quoi. Et donc on pourrait bien mettre n'importe qui pour les remplacer, voire éliminer leur caste nuisible, le monde ne s'en trouverait pas plus mal, au contraire, on retrouverait une Église égalitaire comme on se plait à la rêver. Sauf que voilà, si le monde ne le sait pas, le prêtre sait bien, lui, qu'il n'est pas là pour être servi, mais pour servir. Il sait qu'il n'a pas choisi sa place dans l'Église, mais qu'il y a été appelé par Jésus. Il sait tout ce à quoi il doit renoncer, chaque jour, pour le suivre. Et si certains, parmi les prêtres, cherchaient les honneurs et le vedettariat, ça indignerait tous les autres, avec raison. Alors oui, le curé de paroisse doit prendre des décisions. Comment servir un peuple sans jamais rien décider, ou en laissant n'importe qui décider à sa place ? Où serait le bien du peuple, son instruction dans les mystères de Dieu, son accompagnement sur la route étroite qui mène à Jésus ressuscité, sa sanctification par l'exemple et le don, dans la fidélité à la liturgie voulue par l'Église, des sacrements du Salut, si le curé refusait d'assumer ces responsabilités et se défaussait sur ceux qui veulent les premières places et qui ne savent que se plaindre ou exiger de tous une obéissance sans faille à leur génie personnel ? Ne serait-il pas à blâmer, le pasteur qui laisserait sa place à celui qui crie le plus fort, et qui confierait les brebis à des gens que le maître du troupeau n'a pas appelés à cette tâche ? Ce que le monde appelle "pouvoir", dans l'Église, ça s'appelle en réalité "devoir", et souvent, "sacrifice". Ce que le monde prend pour une morale inflexible et tranchante n'est que la fidélité sans faille à la Parole de Dieu enseignée et vécue par Jésus lui-même. Ce que le monde prend pour de l'orgueil est souvent la solitude que l'on ressent quand on donne sa vie sans que ça ne profite à personne, parce que de moins en moins de monde n'a quelque chose à faire de Dieu et de son alliance avec nous. Prions pour nos prêtres. Quand on croit qu'on les sert, en réalité, ce sont eux qui nous servent.
On ne peut pas comprendre ce que signifie être "catholique"
tant qu'on n'est jamais sorti de sa paroisse.
Et quand on voyage, visiter des églises vides ne suffit pas non plus à le comprendre :
il faut aller assister à des messes, même quand on ne parle pas la langue,
parce que nous avons tous une même liturgie et vivons dans une même communion.
Bien sûr, là où la communauté sait chanter l'ordinaire de la messe en grégorien,
comme saint Paul VI avait demandé que sachent le faire tous les chrétiens partout dans le monde
dans le petit livret Jubilate Deo sorti en 1974,
c'est encore plus flagrant.