Une chose est très claire : c'est de la façon dont nous traitons les autres que Dieu nous traitera.
À nous de savoir discerner quel est notre intérêt, mais très honnêtement,
il n'y a pas besoin d'être une flèche pour le deviner.
Ce n'est jamais une bonne idée de jouer à être Dieu.
D'abord, la place est déjà prise, et le vrai Dieu est un Dieu jaloux,
qui n'aime pas qu'on lui pique sa place, et c'est peu de le dire.
Ensuite, nous sommes incapables, en vrai, de sauver qui que ce soit
si le vrai Dieu ne le fait pas à notre place alors même que l'on usurpe son titre.
Enfin, tôt ou tard, il faudra répondre devant lui de ce grave crime de lèse-majesté.
Certains le font avec de bons sentiments, sans doute.
Mais l'enfer en est pavé, de bons sentiments,
et ça ne rend pas bon quelque chose d'intrinsèquement mauvais.
Menons les gens qui le recherchent au vrai Dieu.
Ne les détournons pas de lui en nous faisant passer pour ce que nous ne sommes pas.
L'être humain a tellement besoin de sens que, s'il ne trouve pas le vrai Dieu ou s'il ne le suit pas,
alors il s'en inventera autant que son imagination le permet,
parce qu'il est moins pénible de suivre n'importe quelle croyance,
pour aussi invraisemblable qu'elle soit,
que de ne croire absolument en rien et de ne voir dans l'existence
qu'un non-sens absurde et infiniment désespérant.
Je n'ai rien contre la religiosité populaire,
tant qu'elle n'est pas totalement déconnectée de la pratique courante.
Ce qui serait choquant, c'est qu'on ait transformé des expressions tout à fait légitimes de foi populaire
en sorte de carnaval touristique dans lequel la religion n'est plus qu'un prétexte comme un autre
pour faire la fête sans que ça rapproche du tout de Dieu ou, pire encore,
juste pour faire des affaires.
Les pélerinages n'ont pas à être des parcs d'attraction
où on irait voir des païens déguisés en chrétiens pour singer une foi qui n'est pas la leur.
Il n'y a pas de péché que Dieu ne puisse pardonner,
à part celui de croire que Dieu ne peut pas nous pardonner.
Si je ne crois pas en son Amour, si je ne demande pas pardon,
il ne peut rien pour moi, non parce que j'ai raison,
mais parce qu'il ne s'impose jamais à qui le rejette.
Il suffirait cependant de lui faire confiance, même rien qu'un peu,
pour être rétabli dans son Alliance.
La confiance en Dieu demande un vrai sens surnaturel.
S'il nous donnait tout ce que nous lui demandons comme un distributeur automatique,
nous n'aurions pas besoin de foi, nous ne chercherions pas à faire sa volonté,
il suffirait de se comporter comme des enfants qui crient chaque fois qu'ils veulent quelque chose.
Mais bien souvent nous ne voyons rien venir, ou ce qu'il nous donne n'est pas ce que nous voulions.
Alors nous sommes bien obligés de grandir, et d'apprendre la foi pure,
quand rien ne nous est acquis par caprice.
Quand quelqu'un trouve qu'une église est trop belle, trop richement décorée,
et qu'on aurait pu donner tout ça aux pauvres, ça me fait toujours penser à Judas,
qui a dit la même chose quand Marie a répandu un parfum de luxe sur les pieds de Jésus.
Nous avons donc la réponse du Christ lui-même : "laissez-la faire".
Si quelqu'un veut donner de l'argent pour que la liturgie ou une église soient belles,
laissez-le faire, après tout, la façon dont chacun veut utiliser son argent ne regarde que lui,
et il n'a pas de raison d'obéir aux remarques moralisatrices du premier venu.
Quant à celui qui veut donner aux pauvres, rien ne l'empêche de le faire avec son argent personnel.
Pour une raison que je n'arrive pas à m'expliquer, c'est rarement ce qui se passe, d'ailleurs.
C'est toujours plus facile d'être généreux avec l'argent des autres qu'avec le sien.
Nous avons l'occasion, lors de la Semaine Sainte, par le miracle de la liturgie,
de nous rendre présents auprès de Jésus, par delà l'espace et le temps,
afin de ne pas le laisser seul quand tout le monde l'a abandonné.
Il faudrait vraiment ne pas avoir de coeur pour ne pas en profiter pour être près de lui.
À quoi ça sert, de connaître nos limites, si on n'en tient aucun compte
chaque fois que quelqu'un nous demande de les transgresser ?
L'intelligence, quand elle est dépourvue de volonté propre,
est comme un nourisson que l'on prend et que l'on pose où on veut
sans qu'il n'ait son mot à dire.
Après il ne faut pas s'étonner s'il lui arrive parfois des bricoles.
Que notre oui soit oui, que notre non soit non.
C'est dans l'intérêt de tout le monde, en vrai.
L'Église n'est pas démocratique, elle ne l'a jamais été, elle n'a pas à l'être.
Ce n'est pas la création d'un groupe de personne qui se seraient mises d'accord
sur des idées à suivre, une morale sortie de leur imagination ou des règles consensuelles.
C'est une théocratie qui suit Jésus, fils de Dieu,
et tous les membres de l'Église sont avant tout ses disciples, certainement pas ses maîtres.
Ce n'est pas à nous de décider ce qu'elle doit être, si elle doit exister, ni quelle est sa mission.
Nous n'avons que le pouvoir d'être toujours plus fidèles aux enseignements du Christ,
mais pas celui de les changer, de les sélectionner, d'en ajouter ou d'en retirer comme ça nous chante,
sous peine de transformer l'Église du Christ en notre Église à nous,
incapable de transmettre le Salut au monde et de mener qui que ce soit à la vie éternelle.
Alors, certes, Jésus a confié à ses apôtres de s'organiser comme ils le veulent,
et de gérer les sacrements, la liturgie ou les méthodes d'évangélisation comme ils le jugent bon.
Mais pour ce qui est du dépôt de la foi, il est intangible : seul Jésus a les paroles de la vie éternelle.
Personne ne choisit de devenir prêtre, on est choisi par Dieu, ce n'est pas la même chose.
Personne ne peut donc revendiquer comme un droit, quelle qu'en soit la logique,
le fait de recevoir le sacerdoce.
En fait, c'est comme tout ce qui vient de Dieu.
Il est amour. L'amour n'est jamais un droit, toujours un cadeau.
Or un cadeau qu'il serait obligé d'offrir pour quelque raison que ce soit ne serait plus un cadeau,
mais un dû.
Il n'est donc obligé à rien.
Lui ne nous doit rien.
C'est nous qui lui devons tout : la vie, l'existence, l'être et le Salut.
Tant de monde vit loin de Dieu et de ses enseignements, dans la tristesse ou la violence...
Dieu nous demandera compte, à nous qui le connaissons, de la vie de ces gens-là,
si nous ne leur avons jamais parlé de lui alors que nous savons très bien tout ce qu'il nous apporte.
Nous ne pouvons pas garder pour nous ce trésor, il est fait pour être partagé au plus grand nombre.
Dieu seul peut pardonner les péchés.
C'est parce que Jésus est Dieu que son pardon est efficace,
et qu'il enlève réellement le péché de toute personne qui reconnaît qu'il est le Fils de Dieu.
Mais si cette reconnaissance est pleine et entière, si elle est authentique,
alors ça signifie que l'on croit vraiment que tout ce qu'il a enseigné est Parole de Dieu,
et c'est la raison pour laquelle il faut nous efforcer de le mettre en pratique de tout notre coeur.
On ne peut pas accepter Jésus comme Dieu seulement quand c'est dans notre intérêt,
il faut aussi l'écouter quand ce qu'il dit ne nous plait pas, voire condamne notre façon de vivre,
puis il reste à se convertir sincèrement pour ne plus mériter ses remontrances.
Ça ne sert à rien de mentir à Dieu. Pendant les obsèques, il faut dire la vérité sur le défunt,
c'est inutile de demander au curé de le canoniser s'il n'a jamais rien fait qui le mérite,
ni s'il a fait du bien, d'ailleurs, parce que Dieu seul est saint, et nous, nous sommes tous pécheurs.
Il vaut mieux invoquer la miséricorde de Dieu pour les pécheurs, c'est bien plus utile et intelligent.
Quand nous nous présenterons devant Dieu, de deux choses l'une :
soit il reconnaîtra en nous quelque chose qui vient de lui, comme l'Esprit Saint donné par le baptême,
la façon de penser et d'agir, l'amour pour lui et pour toute l'humanité pour laquelle il a donné sa vie,
et nous serons chez lui chez nous, parce que nous faisons déjà partie de la famille, de fait.
Soit il ne reconnaîtra rien en nous qui lui appartienne,
et nous n'avons rien à faire chez lui, car il ne nous connait pas.
Je ne sais pas comment ça se passe dans les autres pays,
mais en France, il semble que l'Église tente de copier la façon de faire des grandes entreprises,
à grands renforts de DRH, psys pour les prêtres, formations en vidéoconférence,
démultiplication du pôle comptabilité dans les évêchés, responsables de com' etc etc...
Tsk tsk. Nous sommes de simples disciples du Christ, pas des VIP ou des chargés de ventes,
et notre tâche consiste à prêcher l'Évangile et à donner les sacrements du Christ au monde, c'est tout.
Cette surenchère de vocabulaire qui n'est pas le nôtre et de valeurs d'entreprise qui nous indiffèrent
non seulement n'a rien à faire chez nous, mais a aussi un effet particulièrement dévastateur,
car elle fait passer l'Église pour ce qu'elle n'est pas, et les prêtres pour des employés lambda.
Il ne faut pas s'étonner si ça n'attire pas ceux qui aiment juste le Christ, ce qui est, faut-il le rappeler,
le seul critère d'élection, demandé trois fois, par lequel Jésus a choisi le premier pape.
Comme il est difficile de garder la justice et le droit dans un monde voué au chaos !
Il est tellement plus simple de regarder ailleurs, ou de se taire,
de se laisser payer ou d'étouffer sa conscience...
Il faut vraiment avoir une grande force intérieure pour continuer d'annoncer la vérité
alors que le mensonge arrange tout le monde et évite d'être menacé, malmené ou tué
(je pense à saint Jean Baptiste et à Jésus avant toute autre personne).
Cette force intérieure, c'est l'Esprit Saint. Sans lui, nous ne pouvons rien faire.