Ce n'est pas parce que quelqu'un est intransigeant avec les autres
qu'il est lui-même nécessairement incorruptible.
Le diable emmène Jésus à la Ville sainte, le place au sommet du Temple
et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
J'ai très envie de citer ce passage de Saint Matthieu quand on me dit que si j'avais la foi,
je ne mettrais pas de masque en temps de pandémie.
Croire en Dieu, c'est une chose.
Le mettre à l'épreuve en lui imposant de nous protéger
alors qu'on se met et qu'on met volontairement tout le monde en danger,
c'en est une autre.
J'ai parfois l'impression, avec certains chrétiens, que leur appartenance à l'Église
n'a pas grand chose à voir avec une recherche de Dieu et de l'obéissance à ses enseignements,
et tout avec la recherche d'un statut social dans un club identitaire de leur choix.
Si l'Église est, certes, par définition, une communauté, ce n'est pas pour autant un clan,
et encore moins un clan opposé par idéologie à toutes les autres façons de penser du monde.
Quand on s'imagine Dieu, on pense tout naturellement à un être tout-puissant, qui aurait des super-pouvoirs lui permettant de s'affranchir des règles habituelles de la vie. D'ailleurs, avec Jésus, c'est souvent ce qui arrive : il fait voir des aveugles, purifie des lépreux, fait parler les muets, expulse les démons, guérit toute forme de maladie... il va même jusqu'à ressusciter des morts ! Alors, naturellement, on s'imagine que ceux qui sont proches de lui sont appelés à partager, tôt ou tard, ces pouvoirs surnaturels, et à régner sans partage sur le monde.
On ne peut pas en vouloir à la mère de Jacques et de Jean de vouloir ceci pour ses fils. Elle veut les placer, c'est bien naturel, et l'admiration qu'elle porte à Jésus n'est pas dénuée d'un intérêt tout humain. D'ailleurs, soyons honnêtes, on attend souvent de Dieu des miracles que la science nous refuse. Combien de cierges brûlés pour obtenir une guérison, une grossesse, une conversion, la réussite d'un examen ou l'obtention d'un emploi, etc etc... ? Combien de prières aimeraient bien recevoir quelque chose, un petit coup de pouce ou un grand miracle, de la part de Dieu Tout-Puissant ?
Seulement voilà. Dieu a, certes, créé le monde à partir de rien. Il continue, d'ailleurs, de vouloir l'univers qui, sans cela, disparaitrait comme il est apparu. Mais ce n'est pas ce qui le caractérise en premier. La création, c'est ce qu'il fait. L'Amour, c'est ce qu'il est. Et là où il veut nous emmener, ce n'est pas à la tête de la création mais dans son Amour, qui est éternel.
Pense-t-on que l'on sera un jour "comme des dieux", décidant souverainement de la destinée du monde et de ceux qui l'habitent, si on suit Jésus Christ ? On se trompe. Il ne s'agit pas de devenir "comme des dieux", mais de devenir Dieu. C'est à dire d'être inclus, pour l'éternité, dans ce don permanent d'amour du Père qui est le Fils, cet amour absolu du Fils qui est le Père, cet amour qui circule de façon ininterrompue et pleinière du Père vers le Fils et du Fils vers le Père qu'est l'Esprit Saint. Ce à quoi nous sommes invités, ce n'est pas à régner sur un monde qui passe, mais à être intégrés dans un amour infini qui demeure pour toujours. L'amour n'impose rien. Il ne force pas, ne brutalise pas, n'oblige pas. Il est don de soi, oubli de son propre intérêt, offrande de sa vie pour le bien de tous. Le vrai pouvoir de Dieu, le plus important, celui qu'il nous a offert, c'est d'aimer comme il nous a aimés. Et si nous acceptons de le faire ici-bas à la mesure de nos pauvres moyens, il nous offrira de le vivre, éternellement et en plénitude, en Lui.
Je sais que ça complique les choses, mais le monde n'est pas tout blanc ni tout noir.
Il n'y a pas d'un côté les justes et de l'autre les pécheurs, les bons et les mauvais.
En réalité, nous sommes tous capables du meilleur comme du pire.
C'est pour ça que le terrain de combat, si on veut améliorer le monde, n'est pas extérieur.
Il ne s'agit pas de corriger ou de faire taire "les autres", ceux qui ne pensent pas comme nous,
mais le péché qui cherche à nous détourner de Dieu et à nous éloigner de lui.
Le péché n'est pas "les autres", mais il est bel et bien tapit en chacun de nous,
et tant qu'on ne lui a pas résisté dans toutes ses ramifications,
on ne devrait avoir de conseils à donner à personne.
Quand j'étais gamin, au fil des temps liturgiques, on nous invitait régulièrement à la conversion,
et ça m'énervait parce que je me disais "je crois en Dieu, alors me convertir de quoi" ?
Je n'ai compris que beaucoup plus tard que la foi en Dieu n'est pas juste une idée ou un concept,
mais qu'elle prend corps dans la façon dont on mène sa vie, fidèle ou non aux conseils du Christ.
Du coup, comme beaucoup de choses que l'on fait sont opposées à ce qu'on sait devoir faire,
la conversion n'est pas un luxe, et elle concerne même ceux qui sont tombés petits dans un bénitier.
J'ai connu beaucoup de prêtres depuis mon enfance.
Ceux qui m'ont laissé le meilleur souvenir ne sont pas ceux qui étaient les plus efficaces,
encore moins ceux qui étaient les plus exigeants ou intransigeants.
Non, ceux dont je me souviens avec le sourire, c'est ceux qui étaient humains,
et qui faisaient tout pour qu'on se sente bien dans notre vie et qu'on ne se décourage jamais.
Je suis bien certains que ceux-ci, quand ils se sont retrouvés devant le bon Dieu,
n'ont pas eu besoin de se justifier de quoi que ce soit,
quelle qu'ait été leur "efficacité" missionnaire.
Donner de l'argent, c'est sans doute ce qui coûte le moins.
Donner de son temps, c'est déjà plus compliqué.
Donner de son intérêt profond, authentique et durable, pour une ou plusieurs personnes,
c'est encore un autre niveau.
Si on est incapable d'aucun de ces trois modes de don,
il est illusoire de penser qu'on a donné sa vie pour qui que ce soit.
Il est fréquent de confondre maitrise de soi et sainteté.
Ce qui laisserait entendre que les personnes trop faibles pour maitriser leurs défauts
sont exclues, par le fait même, de toute possibilité de salut.
Pourtant, il est bien clair c'est Dieu, qui seul est bon, qui nous sauve,
et non pas notre force de caractère ou la rigueur de nos habitudes.
Nous n'avons pas plusieurs coeurs, nous n'en avons qu'un.
Qu'on l'ouvre en grand à l'amour de Dieu, et l'amour du prochain en sera agrandit.
Qu'on l'ouvre en grand à l'amour du prochain, et il sera plus ouvert à l'amour de Dieu.
Mais si on le ferme à qui que ce soit, quelle qu'en soit la raison,
alors il sera fermé aussi à Dieu, que l'on s'en rende compte ou pas et quoi que l'on professe.
Trouver quelqu'un qui nous aime tel qu'on est et pour qui on est,
gratuitement, avec constance, disponibilité, bienveillance et bonté,
c'est ni plus ni moins un miracle, en vérité.
Il est beaucoup plus simple de trouver des gens pour nous aimer
tant qu'on fait et dit ce qui leur plait et qu'on leur est utile à quelque chose,
mais ça n'a aucun rapport.
L'amour de Dieu pour nous est le plus miraculeux de tous.
Quand on est dans le malheur, la difficulté, la maladie ou la panique,
on prend conscience de l'importance d'avoir des amis qui nous aiment vraiment
et qui sont là à nos côtés, ne serait-ce que pour nous offrir une épaule pour pleurer.
Il est alors important, quand ça va mieux, de ne pas oublier de les traiter
comme le plus grand trésor que l'on a au monde,
parce qu'en vérité, c'est vraiment ce qu'ils sont.
Vivre chrétiennement est à la fois la chose la plus facile et la plus difficile au monde :
facile, parce qu'il s'agit juste d'aimer Dieu et son prochain du mieux qu'on peut.
Difficile, parce qu'on vit dans un monde dominé par le péché,
qui ne cesse de nous inciter à ne penser qu'à nous
et à nous méfier de l'amour comme de la peste.