Avoir la foi, ça ne signifie pas croire n'importe quoi,
pas plus que ça ne signifie refuser de faire usage de raison.
Devant une question, une fois qu'on a trouvé une réponse qui nous satisfait,
en général, on ne va pas chercher plus loin et on l'adopte comme nôtre.
Et comme personne n'aime changer d'avis, et encore moins reconnaître qu'il s'est trompé,
on va défendre cette opinion avec conviction, juste parce qu'on l'a adoptée,
et même quand on n'a absolument pas les moyens de prouver qu'elle est juste et bonne.
Quand on lit qu'il y aura un jugement personnel et un jugement dernier pour tous,
on entend spontanément "condamnation" au lieu de "jugement".
Il faut en fait entendre "justice", parce que Dieu est un juste juge,
qui ne se laisse pas impressionner par les excuses superficielles mais qui lit le fond des coeurs.
On a tous quelque chose de pharisien en nous,
et le risque est d'autant plus grand qu'on est plus fidèle et pratiquant.
Cette impression qu'on doit être protégés par Dieu parce qu'on est de son côté,
et qu'on est quand même un peu au-dessus des autres,
qui ne le connaissent pas ou qui ne lui sont pas aussi fidèles que nous...
Ces petits arrangements qu'on fait avec notre conscience,
en considérant qu'on a des sortes de bons pour faire des choses pas très claires
parce qu'on a suffisamment de crédit par ailleurs avec ce qu'on fait de bien...
Ce respect sincère mais obtus des traditions et de notre formation,
qui fait que quand quelqu'un n'entre pas dans le cadre liturgique ou théologique qui nous plait,
ça le disqualifie sans discussion dans notre esprit, et qu'on n'essaie même pas de l'écouter...
Non, vraiment, il faut faire attention, on a tous quelque chose de pharisien en nous.
Il ne faudrait pas que ça tue l'humilité à laquelle on reconnait les vrais disciples de Jésus-Christ,
et qui fait qu'on croit sincèrement que tout le monde et n'importe qui est meilleur que nous,
que Dieu ne nous doit rien et qu'on doit, au contraire,
faire appel à son pardon et à sa miséricorde en tous temps et jusqu'à notre dernier souffle.
Le chrétien n'est pas déiste.
Sa foi ne repose pas en un dieu invisible, inatteignable et lointain,
mais en Jésus-Christ, Dieu fait homme, venu parmi nous,
que ses disciples ont pu voir, entendre, toucher, avec qui ils ont mangé, bu, travaillé, etc etc...
Dieu s'est fait homme, nous avons vu son visage, et c'est en lui que nous avons mis notre foi.
C'est formidable, les réseaux sociaux.
Tout le monde peut y devenir docteur en tout et spécialiste en n'importe quoi,
et n'importe quel avis a la même valeur que n'importe quel autre avis.
Ainsi, que la personne qui poste soit honnête ou malhonnête, capable ou incapable,
saine d'esprit ou secouée du bulbe, avec une bonne intention ou une mauvaise,
du moment que son avis est repris et transmis au plus grand nombre, il devient crédible.
Et plus on y est connecté, moins on sait ce qu'on pense soi-même, ou ce qu'on doit penser,
tant l'accumulation de messages contradictoires est déroutante.
Non, vraiment, pour ne plus rien comprendre au monde et ne plus rien savoir de sûr et certain,
c'est formidable, les réseaux sociaux.
Ce ne sont pas nécessairement les personnes les plus compétentes
à qui on demande de remplir des fonctions de prises de décision de haut niveau dans l'Église.
Parfois, il peut arriver que ça soient les personnes les plus ambitieuses,
dont la seule qualité est d'avoir pris bien soin de se faire remarquer
par ceux qui pouvaient les nommer à des postes de responsabilité.
Mais il peut aussi arriver que ça soient les personnes qui aiment le plus le Christ,
et qui, à cause de ça, sont prêtes à abandonner le confort d'une vie relativement privée et libre,
pour se mettre au service de l'Église à un poste beaucoup moins confortable
qu'elles n'avaient pourtant ni demandé, ni ambitionné, ni même désiré,
et qu'elles n'acceptent que par obéissance et esprit de sacrifice,
là où beaucoup d'autres ont refusé avant parce qu'elles ne voulaient pas d'ennuis ni de soucis.
Connaître l'Église au plan historique, ou parce qu'on travaille pour elle,
ou parce qu'on fréquente des monastères ou des paroisses, c'est une chose.
Mais avoir une vraie vie spirituelle, fondée sur une fréquentation quotidienne de Dieu,
sur la prière, la méditation, les sacrements et la parole de Dieu, c'en est une autre.
Or vivre en chrétien, c'est correspondre au second, pas au premier.
Plus on aime de gens différents, provenant d'autres cultures, couleurs, religions, etc etc...,
moins on risque d'être raciste, ou de se contenter de préjugés négatifs envers qui que ce soit.
Rien d'étonnant que quelqu'un qui n'est jamais sorti de son village
et qui ne connait qu'une population homogène ait, en revanche,
beaucoup de difficultés à comprendre ou accepter quelqu'un de différent.
Résister, n'est pas, de soi, quelque chose qui serait toujours positif par principe.
Si je résiste à l'information, à l'intelligence, à l'amour du prochain ou au bien commun, par exemple,
ça ne fait de moi ni un héros ni un exemple à suivre,
mais juste un ignorant satisfait, qui n'a que faire des autres et ne pense qu'à ses propres intérêts.
Nul ne peut prétendre aimer Dieu, qu'il ne voit pas, s'il est incapable d'aimer son prochain, qu'il voit.
L'une des spécificités du christianisme,
c'est d'avoir indissolublement lié l'amour de Dieu et du prochain en un seul commandement.
Ainsi, ceux qui pensent être des héros de la foi, voire des martyrs en puissance,
parce qu'ils méprisent la valeur de leur propre vie et la mettent en danger volontairement,
au risque de mettre en danger celle des gens qui peuvent entrer en contact avec eux,
et qui eux, n'ont rien demandé et n'ont aucunement l'intention de mourir ni de tomber malades,
non seulement ne sont pas des martyrs, mais ils n'agissent même pas en chrétiens.
C'est curieux, la rhétorique de la pureté.
Beaucoup de thérapies alternatives / soins bien-être proposent de nous purifier,
comme si nous étions naturellement à moitié moisis sur pattes.
De la même façon, pour certains, la religion est un moyen d'obtenir une purification,
comme si nous n'étions constitués que d'une agglomération grouillante de péchés visqueux.
Dieu seul est saint, soit.
Mais ne pas être Dieu ne signifie pas qu'on soit nécessairement répugnant ni haïssable.
"Dieu vit tout ce qu'il avait créé. Et tout cela était très bon."
Il faudrait s'en souvenir, parfois, au lieu de considérer que, par définition,
tout le monde serait à la base impur et condamnable.
Jésus a dit à ses disciples : "prenez et mangez", durant la dernière cène.
Il ne leur a pas dit : "ouvrez la bouche et surtout ne touchez à rien, bande de dégoûtants".
Je ne vois pas comment le fait de recevoir le corps du christ dans la main pourrait être sacrilège,
quand c'est ce que Jésus lui-même a fait avec ses disciples.
Être plus chrétien que le Christ, est-ce bien raisonnable ?
Être chrétien n'a aucune raison d'être incompatible avec le fait d'avoir du bon sens. Par exemple,
ce n'est pas parce que j'ai la foi que je peux conduire les yeux fermés, tant que je prie le chapelet.
Je peux prier le chapelet en conduisant, si ça me plait. Mais les yeux ouverts.
On a trouvé la lumière du Christ, ok, mais ce n'est pas censé faire de nous des illuminés,
c'est à dire des gens qui ne croiraient que ce qui est contenu dans la bible,
à l'exclusion de tout ce que le génie humain a pu découvrir et concevoir avant, pendant et après.
Tout le monde est invité au repas du festin de Dieu dans son royaume, qu'on appelle le paradis ?
Oui, tout le monde est invité, mais tout le monde n'y participera pas.
Ceux qui n'ont pas le temps pour ça, parce qu'ils ont d'autres trucs à faire, n'y entreront pas.
Ceux qui y entrent mais dont la tunique n'est pas immaculée ou, pour le dire autrement,
dont la sincérité et les actions sont discutables,
sans la moindre volonté de s'amender ou de demander pardon,
se feront expulser aussi vite qu'ils y sont entrés.
Oui, nous sommes tous invités au Royaume de Dieu.
Mais si ça ne nous intéresse pas, si nous ne nous efforçons pas de nous y préparer
en mettant en pratique les commandements laissés par Jésus Christ,
si nous ne recherchons pas son pardon
chaque fois que nous péchons contre Dieu ou contre nos frères,
alors nous n'y passerons pas l'éternité,
selon l'avertissement très clair et sévère que Jésus lui-même nous a laissé.
On peut être chrétien tout en étant pécheur :
c'est la condition première de tout être humain, de toutes façons.
Mais une chose est d'être pécheur, une autre de relativiser l'importance du péché
pour ne pas se sentir en porte-à-faux avec nos actions mauvaises.
Que nous soyons tous pécheurs, certes.
Mais ça ne doit pas être une raison pour ne pas reconnaître le mal intrinsèque du péché,
ni pour renoncer à en dénoncer la perversité,
quand bien même nous y aurions nous-même succombé, ce qu'à Dieu ne plaise.
Si l'Église ne propose plus un idéal moral clair et univoque,
les personnes qui cherchent à suivre un chemin balisé dans leur vie iront le chercher ailleurs.
C'est la raison pour laquelle la survie même de l'Église en tant qu'institution
est profondément incompatible avec le relativisme moral,
ainsi qu'avec l'ignorance des principes moraux qui sont les siens depuis sa création.
Toute généralisation est, par nature, mensongère,
en particulier quand elle s'adresse à une origine géographique, historique, ethnique ou religieuse.
On trouve des braves gens partout, en vérité.
Des imbéciles ou des malhonnêtes aussi, d'ailleurs.
Mais leur cas reste toujours personnel, et ne saurait être appliqué sans discernement
à tous ceux qui partagent avec eux quelque caractéristique que ce soit.