En amour, il n'y a pas de place pour les mathématiques, ni pour les tenues de comptes.
Par contre il y a de la place pour la souveraineté de nos choix,
sans laquelle il serait impossible d'avoir de la gratuité.
Nous fêtons aujourd'hui sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, de son nom de religion complet. Elle est, à mon avis, et si tant est qu'il soit judicieux d'établir un classement, la sainte la plus essentielle de la fin du XIXème siècle. En effet, l'Église était encore un peu teintée, par endroits, de restes de jansénisme, qui confondait humiliation et sanctification, dureté de vie et volonté de Dieu, vie religieuse et christianisme. On pensait encore, de façon courante que, pour devenir saint, il était impératif de passer par la vie religieuse, et que la sainteté était réservée aux héros de la foi, mais absolument hors de portée du baptisé lambda. Et plus un supérieur était dur, exigeant et inflexible envers sa communauté, plus il les aidait à se purifier pour devenir saints. C'est dans cette ambiance froide et austère que s'est développée la petite rose enjouée de Dieu, la petite Thérèse souvent dépassée, alors qu'elle était enfant, par un enthousiasme et une affectivité envers la Vierge Marie et envers Jésus à la limite de l'exubérance. Ayant le projet de consacrer sa vie à Dieu, elle n'a de cesse de parvenir à entrer en religion. Et là, malgré ou peut-être grâce à ses limites, elle fait le ménage à elle seule dans la façon de voir la relation à Dieu, toute empreinte de formalisme et de dureté, et elle lui rend l'insouciance joyeuse qui a marqué la naissance du christianisme, quand Jésus n'appelait plus ses apôtres serviteurs mais amis, quand il prenait des petits enfants dans les bras pour les embrasser, quand il allait, tout simplement, manger et dormir chez les uns et les autres, sans faire de façons et sans rien exiger.
Pour elle, le chemin à suivre pour vivre l'évangile est d'une simplicité déconcertante : il faut aimer, c'est tout. Aimer Dieu, qu'elle suit de l'enfance à la croix déjà dans son nom de religion. Et qu'elle va suivre aussi dans le chemin de sa vocation, parce que ce qui est remarquable avec elle, c'est qu'elle aura, en très peu d'années, suivi Jésus pour ainsi dire dans sa propre vie. Enfant, elle aime et suit Jésus enfant. Mais sur la fin de sa vie, elle perd, de son propre aveu, la Foi. Quand Jésus criera "mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné" sur la croix, elle pourra en dire autant, elle qui est dépouillée de ce qui était la boussole de sa vie depuis toujours. Elle avait la curiosité de comprendre les athées, au début de sa vie religieuse. Cette curiosité sera comblée au-delà de ce qu'elle en attendait. Et c'est là qu'intervient la deuxième partie de ce qu'elle nous a transmis par sa vie. Aujourd'hui, le monde cherche, dans l'expérience religieuse, un ressenti, une émotion, un frisson qui constitue, en soi, le coeur de leur recherche. Certains considèrent même que, sans ces sensations, la foi ne serait qu'hypocrisie. Quelle erreur funeste, qui confond la recherche de soi avec la recherche de Dieu, les émotions avec la vérité, le retour sur investissement avec la gratuité de l'amour ! Chez la petite Thérèse, rien de tel. Elle a la Foi ? Elle la vit joyeusement, dans l'objectivité du don de soi par la vie religieuse, les temps d'adoration, qu'elle y dorme ou pas, la vie liturgique, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance, et les petits gestes discrets d'amour du prochain, comme quand elle s'asseoit systématiquement à côté de la soeur qui a mauvaise haleine et que personne ne supporte à cause de ça. Elle n'a plus la Foi ? Elle continue, sans sourciller, à suivre la même route, sur laquelle elle est pourtant désormais aveugle et sourde, mais pas boiteuse pour autant. Elle "continue à faire comme si", parce que même si elle ne ressent plus rien, elle sait, au fond de son coeur, que c'est le chemin du Salut, et que sa persévérance est plus importante que ses émotions.
Ô Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, intercède pour nous, pour notre monde si superficiel, si tourné vers lui-même qu'il en oublie le bon Dieu, si perdu qu'il confond religion et recherche du bien-être spirituel. Guide-nous sur le chemin du Salut que tu as suivi ta vie entière : le don de soi à Dieu et à ceux que nous aimons, les yeux tournées vers le Christ, notre Sauveur.
Ceux qui méprisent les religions méprisent souvent aussi les hommes du passé.
Ils pensent que les sociétés passées n'étaient religieuses (c'est à dire stupides, à leurs yeux)
qu'à cause d'une présumée incapacité à formuler des pensées de type scientifique.
Je ne crois pas qu'un homme d'il y a 2.000, 10.000 ou 100.000 ans était plus bête qu'aujourd'hui,
ou incapable de toute pensée mathématique ou logique.
S'ils étaient plus globalement religieux qu'aujourd'hui, c'est dû à mon sens
plus à cause de leur connection à la nature réelle du monde qu'à une quelconque stupidité.
Eux ne vivaient pas dans un monde tellement coupé des réalités les plus évidentes
que certains de nos contemporains ne sont même plus capables de savoir faire la différence
entre un homme et une femme, et considèrent honteux un savoir aussi basique que celui-ci.
On sait que Dieu a un faible pour les petits, pour ceux qui souffrent injustement, pour les pauvres,
pour ceux que personne n'aime, qui sont seuls, abandonnés ou méprisés.
Ça ne me choque pas que Dieu ait des chouchous.
Après tout, nous avons tous des personnes que nous préférons, je ne vois rien de mal à ça.
Il me semble même tout à fait juste qu'il aime d'un amour préférentiel
ceux qui en ont le plus besoin ou qui sont le plus privés de l'amour humain.
Il y a des croyants qui n'aiment pas tellement se faire reprocher leurs péchés pendant les homélies,
et qui se sentent agressés ou humiliés personnellement par le prêtre.
Celui-ci se contente pourtant de transmettre la Parole de Dieu telle qu'elle est,
sans la moindre intention de viser qui que ce soit en particulier, dans l'immense majorité des cas.
Et même, quand on sait que ça concernerait une personne présente aux péchés connus de tous,
on s'efforce d'être aussi délicats que possible, voire d'attendre un autre jour pour faire une remarque,
afin de ne blesser personne, ou en tous cas pas en le faisant exprès, dans la mesure du possible.
Si les pécheurs que nous sommes tous craignent les reproches d'un pauvre prédicateur,
qu'est-ce que ça sera quand nous entendront exactement la même chose
de la bouche du Dieu Vivant lui-même !
Lors des sacrements, le prêtre laisse le Christ se servir de lui pour nous donner sa grâce.
Il prête son corps au Christ, d'une certaine façon, comme on prêterait sa maison.
C'est pour cette raison qu'il doit être aussi propre et rangé que possible, spirituellement parlant.
Recevoir le Christ dans un corps soumis aux désordres du péché
serait une bien pauvre façon de le recevoir lorsqu'il vient parmi nous pour nous donner son Salut.
J'ai remarqué qu'il pouvait être tentant, pour les personnes qui n'ont pas suivi d'études théologiques,
de s'en tenir, pour l'interprétation des écritures, à celle que leur a donné tel ou tel prêtre,
ou qu'ils ont lu dans un missel commenté ou dans des écrits de saints ou de théologie.
La Parole de Dieu est vivante. Elle ne saurait être confinée à n'avoir qu'un seul sens,
à ne dire qu'une seule chose, qui devrait convenir à tous les temps et toutes les cultures
sans aucune nécessité d'interprétation, d'explications diverses ou d'angles de vue différents.
Ce qui fait sa richesse, c'est justement son extraordinaire plasticité :
elle parle à chacun de nous, personnellement, et nous touche différemment selon
notre état de vie, notre avancement sur le chemin de la vie spirituelle, ou notre humeur actuelle.
Ainsi, il n'est pas rare, à qui les lit fréquemment, de trouver régulièrement
des détails ou des significations qui avaient jusque là totalement échappé à leur attention.
Pendant la messe, le prêtre n'est pas l'officiant principal, et n'a pas à l'être.
L'officiant principal, c'est Jésus Christ, le prêtre agissant "in persona Christi".
C'est la raison pour laquelle il n'est pas question d'ajouter, enlever ou changer
quoi que ce soit à ce qui est prévu dans le missel,
parce que la messe n'est pas le moment du prêtre, mais du Christ.
Le prêtre n'est que l'humble serviteur de la liturgie, pas un joyeux animateur du club med
qui raconterait toutes les improvisations qui lui passent par la tête au long de la messe.
Il n'est pas rare que les gens qui souffrent de troubles psychiatriques soient attirés par la religion.
Ils trouvent dans les communautés de fidèles une oreille attentive, de la compassion,
et une éventuelle justification dans une requalification pseudo-mystique de leur problème médical.
Donner du crédit à leurs soi-disant révélations, leurs visions ou leurs attitudes exotiques
n'est pas un service à leur rendre, ni à rendre à la communauté qui ne doit pas confondre
excentricité (copiée sur ce que les gens imaginent être une attitude religieuse) et sainteté.
Ça ne veut pas dire que les vrais mystiques n'existent pas.
Mais ce n'est pas parce que quelqu'un en a les attitudes qu'il l'est forcément,
et pour savoir ce qu'il en est, ça demande le discernement rationnel de théologiens confirmés,
et pas juste un ressenti émotionnel couplé à une soif de surnaturel.
Si l'euthanasie est votée en France, on sait comment ça va se passer.
Le texte de base aura plein de garde-fous, "ça sera très entouré", tout ça tout ça.
Et au fil des années, les exceptions à ces précautions prendront le pas sur le texte original,
au point de devenir quelque chose qui sera administré avec banalité,
et qui deviendra une solution comme une autre.
Et le pire, c'est que la pente glissante sera justifiée par "la compassion", "la dignité", "le droit",
sans tenir plus aucun compte de la compassion, la dignité et le droit de rester en vie.
La laïcité à la Française n'est pas censée être une religion d'état,
mais la neutralité envers les religions.
Pourtant, souvent, on a l'impression que c'est une religion de plus,
et que son lieu sacré est l'espace public.
Elle le garde en tous cas plus jalousement que nous ne gardons l'espace sacré de nos église,
quand nous permettons qu'il s'y passe n'importe quoi, des concerts profanes aux expositions diverses.
Si d'aventure vous ne mettez jamais les pieds à l'église (ce qui est votre droit),
mais que vous ayez besoin d'elle pour une célébration ou une autre,
ne croyez surtout pas que se présenter comme "croyants non pratiquants",
pensant faire plaisir au curé parce que dans la formule il y a "croyants",
aie sur lui un effet positif ou provoque une quelconque admiration à votre endroit.
Parce que ça revient à lui dire "je sais que Dieu existe, mais ça n'a aucune influence sur ma vie".
À quel moment est-ce censé faire plaisir à quelqu'un qui consacre toute sa vie à Dieu,
dont Dieu est la raison de vivre et le moteur de toutes les actions ?
Au mieux, ça va lui faire de la peine ; au pire, ça va l'énerver.
Dans tous les cas, ça ne produira pas l'effet escompté.
Quand des parents me disent qu'ils font baptiser leur enfant pour "lui transmettre des valeurs",
ça m'énerve.
Ce que donne le baptême, c'est l'adoption filiale par Dieu et le droit de recevoir les sacrements ;
on devient prêtre, prophète et roi, héritiers du Royaume de Dieu et appelés à y régner pour l'éternité.
Qu'est-ce qu'on vient me parler de "valeurs", comme si le baptême ne servait qu'à donner
deux ou trois vagues références optionnelles sur "faut faire ci" ou "faut pas faire ça" ?
La religion Catholique n'est pas universelle dans le sens
où elle pourrait devenir une espèce de fourre-tout, au nom de la tolérance,
où on inviterait à s'installer n'importe quelle croyance ou revendication humaine,
n'importe quelle idée politique, philosophique ou idéologique à la mode.
Elle est universelle dans le sens où elle est la dépositaire légitime des sacrements du Salut,
confiés par Jésus Christ à ses apôtres et à leurs descendants pour les distribuer à tous,
afin de permettre à l'humanité toute entière d'être sauvée du péché et de la mort
et de parvenir sans encombres à la résurrection et à la Vie Éternelle dans son Royaume.
Dans un débat, ce qui est agréable, c'est quand les deux personnes cherchent la vérité,
et non pas à faire gagner un clan ou une idéologie.
Le fait que ça se passe avec des arguments rationnels et vérifiables,
sans cris ni interruptions grossières, sans chercher à avoir raison à tout prix,
sans attaques ad hominem et sans ridiculiser la position de l'autre,
est un ensemble de conditions qui pose les bases d'une vraie recherche de la sagesse.
Je crois en la bonne intention des pharisiens du temps de Jésus.
Je pense que ce sont des gens très impliqués dans leur foi, très volontaires,
ayant beaucoup étudié, et qui s'efforcent de vivre comme ils pensent qu'il est bon de le faire.
Quel est leur problème, du coup ? Sans doute une bonne dose d'orgueil, base de tout péché.
Ils pensent avoir fait le tour de Dieu, et le connaître mieux que personne.
Ils pensent être les gardiens de la tradition, et de la pureté de la loi.
Ils pensent que personne ne sait mieux qu'eux ce qu'il faut faire pour plaire à Dieu, ni ne le fait.
En tout ceci, ils sont dans l'erreur, parce qu'ils n'ont rien compris à Dieu, malheureusement.
La toute-puissance, la création, les bénédictions ou les malédictions, tout ça, ils maîtrisent.
Mais ils n'ont pas compris que Dieu est Amour, pire encore, ils refusent de l'entendre,
parce que ça leur change la religion, ça change leur rapport à Dieu, ça anéantit leurs connaissances.
Si on ne veut pas tomber dans le même travers qu'eux, il faut toujours revenir aux bases,
en méditant, ressassant, relisant inlassablement le Nouveau Testament,
et particulièrement les Évangiles, sans rien changer, ajouter ni enlever à la Parole de Dieu,
et en acceptant de se laisser surprendre par les nouveautés qu'on ne manquera pas de trouver
si on la lit non pas comme des professionnels blasés mais avec un coeur et un esprit ouverts,
comme un enfant qui découvre le monde pour la première fois.
Personne n'est à l'abri d'agir, de temps à autre, d'une façon parfaitement stupide.
C'est bien d'en être conscient, particulièrement si on se considère
comme étant particulièrement intelligent ou très instruit.
Savoir que même la personne la mieux formée au monde peut se tromper ou être trompée,
ça peut au moins éviter, si on a l'humilité de reconnaître que ça a pu nous arriver,
de s'enferrer dans une voie sans issue par orgueil ou par amour-propre.