Ce qui caractérise les saints, ce n'est pas leur perfection, ils ne sont pas sans défauts,
mais c'est la perfection de leur acharnement à ne pas rester longtemps éloignés de Dieu,
même quand le péché les a emmenés loin de lui.
Le terme "morale judéo-chrétienne", si cher aux médias, ne signifie pas grand chose, en vrai.
La morale, c'est une façon d'agir guidée par des instructions de nature religieuse.
Pour les juifs du temps de Jésus, il s'agissait de suivre au plus près les commandements de Moïse,
qui vont de ne pas manger de fruits de mer à se laver les mains avant de passer à table,
par exemple (il y en a des centaines en fait, qui couvrent de nombreux domaines de la vie).
Pour les chrétiens, la morale c'est l'imitation du Christ, et la docilité à ses enseignements.
Le commandement qu'il nous a laissé est unique et ne concerne que l'amour de Dieu et du prochain.
Quel rapport entre les deux morales ? Oh, il a bien quelques points de convergence,
parce que Jésus se réclame des Saintes Écritures, plus encore, il revendique être la Parole de Dieu.
Mais ce qui était demandé aux juifs de son temps et ce qu'il demandait à ses disciples
n'avait pas grand chose à voir, même si l'objectif final, vivre dans la paix de Dieu, était le même.
Ce ne sont pas les oeuvres qui nous rendent justes devant Dieu, mais la Foi,
qui vient de Dieu et de lui seul, et nous est donnée le jour de notre baptême.
Mais la Foi produit des oeuvres, par contre.
Les oeuvres ne lui sont pas antécédantes, mais elles lui sont conséquentes.
Comment connaître Dieu, l'aimer, avoir été adopté par lui, manger à sa table et vivre en sa présence,
sans que ça ne change notre façon d'agir de tous les jours ?
Si ça ne change rien, c'est que notre foi est bien faiblarde, voire tout à fait morte,
desséchée au point de ne produire aucun fruit d'amour de Dieu et du prochain,
dans le pire des cas.
Mais tout n'est pas perdu ! Le retour à Dieu est toujours possible, et ne dépend que de nous.
Si nous revenons à lui, si nous retrouvons le chemin de l'église, il irriguera à nouveau notre foi.
Il a ressuscité son Fils.
Il peut bien rendre la Foi à ceux qui l'ont perdue au cours des tribulations de leur vie.
Quand on dit à quelqu'un qui dit "avoir la foi mais qui ne pratique pas"
que c'est exactement la même chose que s'il n'avait pas la foi,
ça le scandalise et ça coupe court à toute conversation.
C'est malheureusement la vérité.
Si je prétends aimer quelqu'un mais que je ne m'en occupe pas, que je ne sais rien de sa vie
et que ses incessantes invitations restent sans réponse de ma part,
au bout d'un moment, est-ce que je n'agis pas exactement comme si je ne l'aimais pas ?
Si ma foi n'est pas suivi d'effets, elle est pour ainsi dire morte.
Ce que je crois avoir n'est en réalité qu'un souvenir lointain, auquel je tiens peut-être,
mais qui n'a pas plus de consistance qu'un fantôme du passé.
C'est peut-être dur à entendre, mais mieux vaut l'entendre ici-bas, pour avoir le temps d'y remédier,
que de l'entendre de la bouche de Dieu lors du jugement final,
quand il dira à tous ceux qui pensent être ses familiers mais qui ne sont en réalité que des étrangers :
"je ne vous connais pas".
De même qu'en leur temps, les anges eurent à choisir de servir ou non Dieu leur créateur,
ainsi nous nous trouvons, nous aussi, dans le temps du libre arbitre, dans le temps du choix,
depuis l'ascension de Jésus jusqu'à son retour en gloire : acceptons-nous, oui on non,
d'aimer Dieu par-dessus tout et notre prochain comme nous-même ? Et si c'est le cas,
nous efforçons-nous de le faire, ou est-ce que ça reste à l'état d'idée purement intellectuelle ?
Ce n'est, au regard de l'éternité, qu'un instant extrêmement limité,
mais pour l'instant, ça prend la place de toute notre réalité, jusqu'au moment de notre mort.
Ensuite, soit parce que nous mourrons, soit parce que Jésus reviendra,
le temps du choix sera définitivement révolu, et ne reviendra pas plus pour nous
qu'il n'est revenu pour les anges après qu'ils aient accepté ou rejeté le service de Dieu.
Autant dire que, si nous sommes libres de notre choix, il vaudrait mieux faire le bon, tout de même.
Parce que toute notre vie éternelle se décide ici et maintenant.
Je connais au moins un diocèse où ce sont des laïcs qui dirigent tout dans les paroisses.
Ça ne surprendra personne d'apprendre qu'il n'y a plus aucune vocation sacerdotale dans ce diocèse.
À quoi bon répondre à l'appel de Dieu, tout quitter pour le suivre,
recevoir l'imposition des mains par les successeurs des apôtres,
être consacré par lui, et recevoir par le sacrement le devoir de sanctifier et de diriger son peuple ?
Parce qu'en fin de comptes, ceux qui n'ont rien de cela ont la main mise sur tout ce qui se décide,
au point d'avoir le pouvoir d'interdire à un prêtre de célébrer la messe le dimanche dans leur paroisse,
"pour ne pas troubler la communauté parce qu'il n'y avait pas de messe prévue"
ou "parce que nous n'avons pas le temps de nous en occuper",
comme si elle ne pouvait avoir lieu sans l'omniprésente autorité qu'ils se sont attribuée ?
Et après on nous rabat les oreilles sur l'insupportable cléricalisme des prêtres... on croit rêver.
Ça m'a surpris, en assistant à la messe internationale à Lourdes, de constater
qu'il n'y a même pas 10% des prêtres à savoir comment tenir leurs mains quand ils sont debout.
Pour rappel, la règle indiquée dans le Cérémonial des Évêques de 1984 au n° 107,
est de tenir les mains jointes lorsque les prêtres sont debout ou à genoux.
Par mains jointes, on entend qu’elles sont tenues les paumes étendues,
appliquées l’une contre l’autre, le pouce droit par-dessus le gauche en forme de croix,
comme indiqué dans le Cérémonial des Évêques de 1886, I-XIX n°1.
Ça peut sembler à certains être des fioritures inutiles d'un autre temps,
mais ce sont des normes tout à fait actuelles, qu'il convient de respecter avec application,
personne, quand bien même il serait prêtre n'ayant le droit d'ajouter, enlever ou changer
quoi que ce soit à la liturgie, comme il a été indiqué de multiples fois depuis Vatican II
(SC n°22; Sacram liturgiam n°11; lettre Consilii n°1; pgmr n°24; Eucharisticum Mysterium n°45 etc...)
Personne n'est plus fortuné que la personne qui est aimée pour elle-même,
et non pour ce qu'elle possède, ce qu'elle peut octroyer, ce qu'elle représente,
non, pour elle-même, et c'est tout.
Dieu lui-même ne peut exiger l'amour de personne, parce que l'amour est libre,
il ne peut être ni obligé, ni acheté, ni provoqué en aucune façon, sous peine de devenir de l'intérêt.
L'amour immérité est le plus grand cadeau qui soit, et sa valeur est inestimable.
Si on veut mettre Dieu de travers dans l'Ancien Testament,
il suffit d'adorer n'importe quel dieu qui ne soit pas lui.
C'est vrai qu'il n'y a qu'un seul Dieu, mais ce n'est pas le même dans toutes les religions,
sinon on ne voit pas bien quelle raison il aurait eu d'en vouloir au peuple
chaque fois qu'il se prosternait devant les baals, les pieux sacrés ou le veau d'or,
ni chaque fois qu'il offrait des sacrifices rituels, puisqu'ils le faisaient avec bonne volonté.
Mais ce que Dieu cherche, ce n'est pas la bonne volonté ni la fidélité aux anciens,
mais bel et bien l'obéissance à la vérité, c'est à dire à lui et non aux idoles
qui ne nous ont pas faits, qui nous éloignent loin de lui, qui ne nous aiment pas,
et qui sont parfaitement incapables de nous sauver puisqu'elles sont du vide.
Jésus n'a jamais voulu se mêler de la politique de son temps, ni de près ni de loin.
Il a refusé qu'on le fasse roi.
Il nous a rappelé que notre rapport avec Dieu se joue dans l'intime de notre âme,
et pas dans des gestes extérieurs ou dans de l'interventionisme politique.
La chaire n'est pas faite pour dire aux gens pour qui ils doivent voter,
ou quelles idées politiques ils doivent avoir, suivre ou développer.
Elle est là pour parler de Jésus Christ, c'est tout.
Quand on demande à quelqu'un son opinion, il est rare qu'elle soit inédite.
En réalité, nous répétons tous des opinions faites par quelqu'un d'autre, qu'on a entendues ici ou là.
Ça prend du temps, de penser par soi-même, et de se forger une opinion strictement personnelle,
fondée sur des arguments travaillés, sur des lectures et des connaissances
que l'on aurait acquises en étudiant pendant des jours voire des années des sources contradictoires,
démêlées par des tests et des expériences pratiques.
Du coup, on ne le fait pas, on récupère des pensées clé en main qui nous séduisent.
Et le pire, c'est qu'on est sûrs de ce que l'on croit penser, on est prêts à se battre pour le défendre,
alors que la réalité, c'est qu'on ne sait pas grand chose et que l'on se contente
de vivre principalement de préjugés et d'idées toutes faites.
Il ne faudrait pas croire que seuls "les autres" sont influençables.
Non seulement tout le monde peut être influencé, mais tout le monde l'est, en réalité.
C'est pourquoi il est essentiel de ne pas regarder n'importe quoi,
de ne pas nourrir son esprit de tout ce qui traine à la télé, sur les réseaux sociaux ou sur internet.
On ne fait pas ça avec notre estomac, de manger n'importe quoi qu'on trouve n'importe où.
Il ne faut pas le faire non plus avec notre esprit, parce que sinon, tôt ou tard,
on risque des indigestions, des empoisonnements ou des gastros mentales,
et c'est bien plus dangereux à long terme de se pourrir le cerveau que les intestins.
Je me suis souvent demandé pourquoi le prêtre priait avec les bras étendus à la messe.
On trouve une réponse intéressante chez Pierre Lebrun (dans Explication littérale, historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la messe, ed. 1860, Tome Premier, p. 169) :
"C'est l'ancienne manière de prier, qui est fort souvent marquée dans les Psaumes et dans saint
Paul. Tous les peuples ont ainsi prié en élevant les mains, parce que c'est un geste fort naturel,
qui se fait pour marquer l'empressement avec lequel on attend le secours qu'on demande. Les anciens Chrétiens n'élevaient pas seulement les mains; ils étendaient même souvent les bras , pour imiter la manière dont Jesus-Christ avait prié sur la croix, comme Prudence et plusieurs autres auteurs nous l'apprennent. Il y a encore des Communautés où l'on fait des prières de cette manière. Mais parce que cette posture incommoderait plusieurs personnes, et que d'autres pourraient faire des gestes fort irréguliers, la Rubrique a prescrit qu'on tint les mains ouvertes et elevées a la hauteur des épaules. En quoi l'on imite la manière modeste de tenir les mains élevées, marquée dans Tertullien."
Chaque jour que Dieu fait, il convient de se rappeler de notre raison d'être sur cette terre.
Nous sommes ici, pour un peu de temps, afin de donner une simple réponse à Dieu :
est-ce que nous acceptons de l'aimer et d'aimer notre prochain, oui ou non ?
Tout le reste est, à un degré ou à un autre, une distraction ou une tentation.
La confiance en Dieu, en particulier devant les malheurs et la mort, ne vient pas de nulle part.
Elle vient du rapport quotidien que l'on entretient avec lui des années durant.
Si on vit loin de lui, qu'on ne lui parle jamais et qu'on ne l'écoute pas davantage,
comment faire confiance à celui qui ne serait pour nous, en fin de comptes, qu'un illustre inconnu ?