Quand une civilisation n'accepte plus de faire des enfants,
il ne faut pas qu'elle s'étonne de disparaitre.
Tant qu'on n'a jamais été à la messe que dans la paroisse de son village ou de son quartier,
on n'a aucune idée de ce que signifie être catholique.
Catholique, ça veut dire universel.
Et pour acquérir le sens que ce mot contient, il faut sortir de sa chapelle,
et oser aller à la messe partout ailleurs où les circonstances de la vie nous emmènent,
en particulier en profitant des vacances loin de chez soi.
La détestation absolue du péché par Dieu est parfaitement logique :
rien ne nous fait plus de mal que le péché, que nous en soyons à l'origine ou que nous le subissions.
Or Dieu nous aime.
Comment pourrait-il tolérer ce qui non seulement nous rend profondéments malheureux,
mais qui nous éloigne de lui, de notre vocation, et du bonheur qu'il veut pour nous ?
La réponse est simple : il ne le peut pas, et il ne le veut pas.
Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. On entend souvent, de nos jours, critiquer le sacerdoce. Il s'agirait d'un privilège que s'arrogent des hommes qui, fiers d'eux-mêmes et de leur petit pouvoir, tomberaient invariablement dans le péché mortel du cléricalisme. Ils seraient exigeants, inflexibles envers les autres tout en étant eux-mêmes pleins de faiblesses et de péchés inavouables, bref, des pharisiens au sens du Nouveau Testament, quoi. Et donc on pourrait bien mettre n'importe qui pour les remplacer, voire éliminer leur caste nuisible, le monde ne s'en trouverait pas plus mal, au contraire, on retrouverait une Église égalitaire comme on se plait à la rêver. Sauf que voilà, si le monde ne le sait pas, le prêtre sait bien, lui, qu'il n'est pas là pour être servi, mais pour servir. Il sait qu'il n'a pas choisi sa place dans l'Église, mais qu'il y a été appelé par Jésus. Il sait tout ce à quoi il doit renoncer, chaque jour, pour le suivre. Et si certains, parmi les prêtres, cherchaient les honneurs et le vedettariat, ça indignerait tous les autres, avec raison. Alors oui, le curé de paroisse doit prendre des décisions. Comment servir un peuple sans jamais rien décider, ou en laissant n'importe qui décider à sa place ? Où serait le bien du peuple, son instruction dans les mystères de Dieu, son accompagnement sur la route étroite qui mène à Jésus ressuscité, sa sanctification par l'exemple et le don, dans la fidélité à la liturgie voulue par l'Église, des sacrements du Salut, si le curé refusait d'assumer ces responsabilités et se défaussait sur ceux qui veulent les premières places et qui ne savent que se plaindre ou exiger de tous une obéissance sans faille à leur génie personnel ? Ne serait-il pas à blâmer, le pasteur qui laisserait sa place à celui qui crie le plus fort, et qui confierait les brebis à des gens que le maître du troupeau n'a pas appelés à cette tâche ? Ce que le monde appelle "pouvoir", dans l'Église, ça s'appelle en réalité "devoir", et souvent, "sacrifice". Ce que le monde prend pour une morale inflexible et tranchante n'est que la fidélité sans faille à la Parole de Dieu enseignée et vécue par Jésus lui-même. Ce que le monde prend pour de l'orgueil est souvent la solitude que l'on ressent quand on donne sa vie sans que ça ne profite à personne, parce que de moins en moins de monde n'a quelque chose à faire de Dieu et de son alliance avec nous. Prions pour nos prêtres. Quand on croit qu'on les sert, en réalité, ce sont eux qui nous servent.
On ne peut pas comprendre ce que signifie être "catholique"
tant qu'on n'est jamais sorti de sa paroisse.
Et quand on voyage, visiter des églises vides ne suffit pas non plus à le comprendre :
il faut aller assister à des messes, même quand on ne parle pas la langue,
parce que nous avons tous une même liturgie et vivons dans une même communion.
Bien sûr, là où la communauté sait chanter l'ordinaire de la messe en grégorien,
comme saint Paul VI avait demandé que sachent le faire tous les chrétiens partout dans le monde
dans le petit livret Jubilate Deo sorti en 1974,
c'est encore plus flagrant.
Quand on a des douleurs ou une maladie à laquelle personne ne peut rien,
ce dont on a besoin, ce ne sont pas de conseils ou de solutions bidons,
et encore moins de reproches ou de "t'aurais dû faire attention",
mais de compassion (de "cum-patere", "souffrir avec").
Avoir quelqu'un qui est là, juste pour qu'on ne soit pas abandonné seul avec la souffrance,
c'est déjà beaucoup.
Si Dieu nous a donné des commandements, ce n'est pas parce qu'il a besoin d'être obéi,
mais parce que nous avons besoin de ses indications pour échapper au péché et à la mort.
Sans lui, nous serions bien incapables de savoir ce qui est bon ou mauvais pour nous,
même avec la meilleure volonté du monde.
En matière de bien et de mal, on ne peut ni se reposer sur ses lauriers quand on a bien agi,
ni penser que tout est foutu et qu'on ne s'améliorera jamais quand on a mal agi.
Ce qui est fait est fait, et on ne peut revenir en arrière ni pour s'en vanter ni pour le déplorer.
Ce qui compte, c'est ce qu'on décide de faire maintenant.
Normalement, l'humanité aurait dû être capable de connaître Dieu par elle-même,
parce que ne fallait-il pas qu'il soit Amour pour avoir tout créé à partir de rien ?
Aimer, c'est donner sa vie pour quelqu'un d'autre, et n'est-ce pas ce qu'il fait sans discontinuer,
lui qui nous a donné la vie, l'existence et l'être, et les maintient par sa seule volonté
depuis qu'il nous en a fait le don ?
Le problème, c'est que nous avons tous tendance à projeter nos défauts sur les autres.
Alors nous pensons facilement que Dieu est roublard, qu'il a un agenda secret, qu'il nous ment,
qu'en fait il ne roule que pour lui-même, qu'il peut être sadique, ou jaloux, ou méchant,
bref qu'il est à notre image quoi, enfin notre image déformée par le péché.
Eh bien même ceci nous aurions dû être capables de nous rendre compte que c'est impossible :
Dieu est Amour, le péché c'est le refus de l'amour, donc les deux sont antinomiques,
et ça n'a aucun sens de penser qu'il puisse être aussi retors, pervers, vain ou stupide que nous.
On raconte que le prince Vladimir, à la fin du Xème siècle,
hésitait entre l'Église Orthodoxe et l'Église Catholique,
ayant entendu des missionnaires venus des deux obédiences.
Il aurait alors envoyé des observateurs afin de déterminer quelle était la meilleure Église.
Ceux envoyés à Constantinople revinrent éblouis par une liturgie magnifique,
pleine d'or, de pierres précieuses, d'encens fins et de parements rutilants.
Quant à ceux envoyés à Rome, ils revinrent déçus par une liturgie plus indigente.
Total, la Russie est devenue Orthodoxe.
L'attachement encore à la mode pour une liturgie misérabiliste,
qui pense qu'échanger des calices précieux contre des taraïettes à fromage de chèvre
est une bonne idée pour adorer Dieu et lui rendre le culte qui lui est dû,
ça nous a déjà fait perdre la Russie, il ne faudrait pas que ça éloigne encore
tous ceux qui sont attirés par le Christ et qui viennent le chercher dans nos célébrations.
Comment pourraient-ils penser que l'on croit vraiment en Jésus Christ Fils de Dieu
quand on reçoit son Corps et son Sang dans des bols en grès et habillés comme des clochards ?
La messe a une place centrale dans la foi chrétienne.
C'est là qu'on entend la Parole de Dieu, et que la communauté qu'on appelle "Église" est formée.
C'est là, au milieu de ceux qui lui appartiennent, que le Christ est présent,
que nous l'adorons, le prions et entrons en communion avec lui.
C'est à que nous mettons en pratique son commandement : "faites ceci en mémoire de moi".
C'est à leur participation à la fraction du pain que l'on reconnaissait les premiers chrétiens,
et parce qu'ils y allaient qu'on leur a donné ce nom, puisque c'est le lieu du culte du Christ.
C'est là que nous répondons à l'invitation du Christ au festin céleste,
et que nous lui manifestons notre désir concret d'y participer avec lui.
C'est là que nous fêtons la résurrection de Jésus, prémices de la nôtre.
Bref la messe est la source et la préfiguration du but ultime de l'Église,
et penser que l'on puisse être chrétien sans jamais y mettre les pieds est une illusion.
Prier Dieu, oui, pourquoi pas.
Mais pas sans avoir d'abord fait sa volonté.
Si on ne visite pas les malades ou les prisonniers,
si on ne donne pas à manger à qui à faim ou à boire à qui a soif,
si on ne donne pas de quoi s'habiller à qui n'a plus rien ou un toit à qui est à la rue,
alors comment les mauvais serviteurs que nous sommes
pourraient-ils avoir l'audace de demander des faveurs à leur maître ?
Le temps du carême est un temps de retour à l'accomplissement du premier commandement,
qui consiste à aimer Dieu par-dessus tout, de tout son coeur, de toutes ses forces de tout son esprit.
C'est la raison pour laquelle il nous aide à lutter contre les trois tentations du diable.
Contre la tentation des plaisirs effrenés, le jeûne.
Contre la tentation des richesses matérielles, l'aumône.
Contre la tentation de l'orgueil, la prière, qui nous rappelle que Dieu, ce n'est pas nous.
Ça m'a toujours fait rire que des gens puissent penser qu'ils font le travail de Dieu.
Qu'ils obéissent aux commandements de Dieu, c'est une chose.
Qu'ils pensent que Dieu ne puisse pas se passer d'eux pour faire ce qu'il veut, ç'en est une autre.
S'il y a bien une chose dont Dieu peut parfaitement se passer,
c'est des personnes qui se prennent pour lui et qui pensent que, sans eux,
"le monde marcherait beaucoup moins bien, forcément".