C'est bien de ne pas avoir tout ce dont on peut rêver,
et de laisser un peu de place au manque dans notre vie.
Quand on a tout, quand tous nos désirs sont comblés,
on s'ennuie à mourir.
Il est important, surtout lorsque l'on est prêtre,
de ne pas confondre nos préférences personnelles
avec des vérités théologiques intangibles.
Que l'on ait des goûts personnels, c'est bien légitime.
Mais il faut avoir le bon sens de les reconnaître comme tels,
et ne pas chercher à les justifier en se cachant derrière ce qui nous arrange
dans l'histoire, dans certaines traditions ou écrits de l'Église soigneusement sélectionnés
en dehors de tout contexte qui pourrait en rééquilibrer le sens authentique.
Il semble qu'il soit nécessaire de le rappeler encore et encore, à notre époque :
si nous cherchons le chemin qui mène au Royaume de Dieu,
il se trouve dans les Saintes Écritures en général, c'est à dire dans la Bible,
et en particulier dans les quatre Évangiles.
Seul la lecture des Évangiles est "parole d'évangile", comme dit l'expression
pour parler de quelque chose de certain et auquel on peut accorder toute sa confiance.
Nul besoin d'écrits de mystiques ou de révélations privées,
qui peuvent comporter des erreurs théologiques et/ou des opinions personnelles,
des jugements perfides contre l'Église, sa hierarchie ou ses enseignements,
des prédictions de fin du monde pour attirer l'attention ou, pire encore, mélanger l'ivraie au bon grain
pour qu'on se fasse plus facilement et plus subtilement éloigner de la vérité,
tout en ayant le sentiment qu'on en sait plus que "les autres" qui n'ont pas lu ces écrits.
Qu'un saint ou une sainte canonisé par l'Église Catholique
ait écrit ses méditations personnelles et qu'elles aient été publiées, c'est très bien,
et ça fait partie de la Tradition avec un grand T de l'Église, ça nous aide à comprendre le Christ.
Mais quand bien même il s'agit des pensées et des enseignements des "vrais" saints,
il ne faut pas en confondre l'importance avec celle des Évangiles.
Les saints ne mènent personne à eux-mêmes, mais à Jésus-Christ, et aux Évangiles.
Il n'y a aucun bénéfice à mettre sa foi en danger en la mélangeant avec n'importe quelle divagation.
Nourissons-la de la Parole de Dieu authentique qui a guidé tant de chrétiens depuis 2000 ans.
Ça leur a suffit pour trouver la sainteté, c'est bien suffisant pour nous aussi.
Quand, dans un mariage, un baptême ou des obsèques,
la seule personne à avoir la foi de l'Église est le célébrant, et je le dis sans exagération,
parfois, on se sent vraiment comme en terre d'exil.
On n'a alors pas besoin d'exégèse pour ressentir ce qu'a vécu l'auteur du psaume 137 :
"Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.
C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »
Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?"...
Quand on pense au bien d'autrui, et pas seulement à notre intérêt personnel,
il devient beaucoup plus facile de ne pas juger durement leurs fautes,
et de plutôt chercher comment les aider à trouver leur salut
au lieu de méditer sur la façon de leur faire payer ce qui les entraine de toutes façons vers leur perte.
La paix n'a aucune chance d'advenir dans le monde
si elle n'est pas d'abord présente dans le coeur de chacun.
Nous ne pouvons rien aux conflits du monde.
Mais personne ne peut, à notre place, rechercher et trouver la paix intérieure,
condition essentielle à une paix qui ne soit pas basée sur l'équilibre de la terreur
mais sur la tranquilité du coeur et la satisfaction de ce que l'on a,
sans chercher à obtenir par la violence ce qu'ont les autres, aussi bien les pays que les personnes.
Je n'ai jamais rencontré d'athée véritable.
Des gens qui clament ne pas croire en Dieu, oui, bien sûr, il y en a plein.
Mais ils le remplacent par d'autres dieux, en vrai, et ils remplacent la foi par d'autres croyances.
Ils croiront en la science, en l'argent, au plaisir, à la nature, à la politique, à l'art,
à la philosophie, au pouvoir, au foot, à Johnny Halliday, au nihilisme ou à l'absurdité du monde...
Bref quel que soit le dieu qu'ils choisissent de suivre, en vérité,
ils lui seront souvent tout aussi fidèles, voire plus, qu'un chrétien s'efforce d'être fidèle au Christ.
Et ils ne remettront pas plus cette croyance en question que ne le font les chrétiens en leur foi,
alors qu'ils leur reprocheront régulièrement leur fidélité et leur soit-disant aveuglement naïf.
Tiens, après s'est faite engueuler par un paroissien, une personne m'a dit
que c'était bien la peine d'être une religion d'amour.
Je n'ai pas répondu, parce que ce n'était pas le moment pour ça,
mais une religion d'amour, ça n'existe pas.
Dieu est amour, oui. Mais Dieu seul est bon.
La religion qui s'efforce de l'adorer et de mettre en pratique ses commandements, elle,
est constituée d'un peuple pécheur,
dont l'amour ne parviendra à sa perfection que dans son Royaume, en sa présence.
En attendant, on fait tous comme on peut, et on s'efforce de s'aimer les uns les autres, certes,
mais le plus souvent sans y parvenir parfaitement, et c'est un doux euphémisme.
C'est en Dieu seul que l'ont peut mettre toute notre confiance.
pas dans une religion composée d'être humains tous aussi faillibles les uns que les autres,
quand bien même la religion en question est celle qu'il a voulue et qu'il a fondé lui-même.
On a beau chercher des échappatoires,
si on n'est pas capables de solidarité avec notre prochain,
pas avec le monde entier, non, mais déjà avec la personne qui vit près de chez nous,
alors il va être bien compliqué d'entrer au paradis.
C'est ici-bas qu'il faut apprendre à aimer,
ce n'est pas une fois morts qu'on pourra s'y mettre.
Quand nous pensons au pouvoir, même pour Dieu,
ce qui vient spontanément à l'esprit c'est d'abord une capacité de nuisance,
de déchainement de violence, de destruction, de punition et autres Sodome et Gomorrhe.
Le Fils de Dieu incarné, Jésus Christ, nous a enseigné sur la croix
que le plus grand pouvoir de tous, c'est celui de donner sa vie
et de pardonner même ceux qui ne le méritent pas,
non à cause d'eux mais à cause de notre propre grandeur d'âme.
La croix, c'est son trône, c'est de là qu'il est élevé au-dessus de tous et qu'il règne sur le monde.
De même qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis,
il n'y a pas de plus grand pouvoir que de donner sa vie même pour ceux qui ne nous aiment pas.
Ceux qui agissent ainsi sont vraiment les dignes disciples du Christ,
et c'est d'ailleurs le trait caractéristique qui honore les martyrs.
Il m'est déjà arrivé de voir des personnes dont les yeux étaient morts.
Ils te regardent mais ils ne te voient pas, il n'y a pas d'âme dans leur regard,
ils sont juste en train d'évaluer si tu représentes un danger à éliminer ou pas.
Autant pour l'enfer que pour le paradis, il n'y a pas besoin d'être mort pour les connaître,
il n'y a pas besoin d'avoir fait de la théologie pour en faire l'expérience dès ici-bas.
Selon que l'on vit avec ou sans Dieu, avec ou sans amour,
on vit déjà dans l'un ou dans l'autre.
Certes, dans la prière universelle du dimanche,
il est prévu de prier pour les responsables politiques,
non en fonction de qui ils sont, mais à cause de l'importante place qu'ils occupent,
et en conséquence du mal ou du bien qu'ils sont en capacité de faire.
Mais prier pour que Dieu aide les responsables politiques à choisir le bien est une chose,
prier pour que telle idée politique arrive, quel qu'en soit le bord, en est une autre.
Il ne faut pas oublier qu'on est en train de prier Dieu.
Quand Jésus nous a enseigné le Notre Père,
je n'ai pas souvenir qu'il nous ait dit de demander à Dieu
d'intervenir dans nos problèmes de cohabitation humaine ou de gestion des ressources.
Pire encore, quand on demande à Jésus d'intervenir dans des querelles humaines,
il refuse systématiquement, parce qu'elles dépendent de nous, pas de lui.
Faisons à Dieu des prières qu'il est disposé à exaucer, ne demandons pas n'importe quoi.
Personnellement, je refuse de chanter le refrain de la prière universelle
quand les demandes qu'on y fait sont de nature politique et non religieuse.
La pauvreté qui est exaltée dans la bible n'est pas la pauvreté économique,
comme si c'était une vertu en soi de vivre dans le besoin et la précarité,
surtout lorsqu'on ne l'a pas choisi et que l'on subit la misère dans la souffrance,
mais la "pauvreté en esprit", c'est à dire, pour employer un mot plus habituel, l'humilité.
C'est savoir reconnaître que, sans Dieu, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien,
et que notre vie n'a aucun sens ni aucune boussole pour la guider si nous la vivons sans lui.
Là, oui, d'accord, on parle d'une vertu essentielle dans la vie du chrétien.
Il y a une mode qui court par-ci par-là dans l'Église, de nos jours,
qui voudrait que la part la plus importante de la révélation soit non pas le Christ crucifié,
mais le Christ ressuscité, et que c'est sur lui qu'il faut insister,
sortant ainsi d'une prétendue exaltation de la douleur et de la mort.
Que les choses soient bien claires : Jésus est venu pour nous révéler que Dieu est Amour.
Il nous a aussi enseigné qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Quel évènement, dans toute sa vie publique, exprime plus clairement ces révélations
que le Christ crucifié, seul médiateur entre Dieu et les hommes, trait d'union entre terre et ciel,
prenant nos péchés sur lui afin de nous donner, en échange, la vie éternelle ?
Le crucifix est le rappel permanent et l'illustration la plus parfaite de l'amour de Dieu :
voilà jusqu'où il va pour nous aimer, jusqu'à donner sa vie pour nous, et la donner sur une croix.
Mépriser le crucifix comme une chose passéiste, tristounette ou mortifère,
c'est n'avoir rien compris au coeur même de la révélation chrétienne.
C'est bien triste.