L'amour de Dieu se concrétise dans l'amour du prochain,
l'amour du prochain puise sa force dans l'amour de Dieu.
Voilà le chemin de la sainteté.
C'est tout de même fou, à chaque annonce de confinement ou de fermeture de magasins,
les gens se précipitent pour faire des courses comme si leur vie en dépendait,
même après avoir constaté à diverses reprises qu'ils n'allaient manquer de rien.
Mettre toute son espérance dans la possession de biens matériels,
ça n'est malheureusement pas une solution efficace à long terme
pour affronter les difficultés de la vie.
Il serait bien plus utile de méditer sur ce qui est susceptible de nous apaiser
et de nous rendre véritablement heureux.
Aujourd'hui, il me semble bon de méditer sur le début de la première lecture : vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché.
Je suis toujours ébahi quand je rencontre des chrétiens qui ont une façon païenne de considérer leur religion. Beaucoup pensent qu'il s'agit d'une histoire d'échange de bons procédés : on donne à Dieu deux ou trois bricoles qui lui font plaisir, par exemple la messe de Noël et celle de Pâques, plus un cierge de temps en temps et un mariage ou un baptême par-ci par-là, et en échange, déjà il nous laisse en paix, et en plus il nous protège des accidents de la vie. Dieu serait une sorte d'assurance que tout va bien se passer, et le paiement exigé serait purement formel, et tiendrait à deux ou trois rites dont on parsème sa vie à l'occasion. Voilà bien une attitude qui n'a rien à envier aux religions païennes, qui avaient exactement le même mode d'emploi.
Pourtant Jésus nous dit qu'il nous a fait connaître la volonté du Père, et que désormais nous ne sommes plus ses serviteurs, mais ses amis, parce que nous connaissons le plan divin sur l'humanité. Ce plan, c'est de rétablir le bon ordre de l'amour, à savoir aimer Dieu par-dessus tout, puis son prochain, puis soi-même. En donnant notre vie les uns pour les autres, avec générosité.
Qu'est-ce que résister dans notre lutte contre le péché, sinon résister aux manques d'amour qui ne cessent de chercher à nous ramener à nos besoins égoïstes, en négligeant ceux des autres et plus encore l'amour envers Dieu ? Ça laisse toute sa place à notre initiative personnelle, à l'exercice assumé de notre libre arbitre, à la liberté qui est la nôtre et à laquelle nous n'avons pas à renoncer. Il s'agit de vouloir ce que Dieu veut et d'agir comme le Christ a agit, lui qui s'est livré pour nous et qui nous a donné sa vie sur la croix. Il s'agit de prendre l'amour au sérieux, et non pas de le vivre en dilettantes, jetant des miettes par-ci par-là quand ça nous chante pour avoir la conscience tranquille.
Notre vie suit-elle celle de Jésus ? Mettons-nous nos pas dans les siens, agissant avec générosité envers Dieu et envers notre prochain ? Nous battons-nous pour la dignité des faibles ? Débordons-nous de générosite, de bienveillance et de pardon ? Passons-nous du temps en compagnie de Dieu, chez lui, à l'église où il demeure réellement présent sous la forme sacramentelle ? Prions-nous sans cesse pour lui demander de nous donner le courage de vivre selon sa volonté ?
Le christianisme est une religion de liberté : liberté d'aimer sans limites, comme Jésus nous a aimés. N'en faisons pas une relation commerciale à bas coût.
Ce qui est fascinant avec les foules en colère,
c'est que ceux qui la constituent pensent tous exercer leur liberté personnelle,
quand bien même ils auraient été trompés et manipulés pour en arriver là.
Quelle que soit la force du pétard, il faut toujours que quelqu'un ait allumé la mèche pour qu'il saute,
et c'est toujours quelqu'un du côté du pétard qui l'allume, pas du côté de là où il va sauter.
Pour aller en enfer, il faut deux conditions :
d'abord, rejeter l'amour en détestant Dieu et son prochain.
C'est assez simple, il suffit de traiter tout le monde comme des objets à notre service et ça fait l'affaire.
Mais ensuite, il faut refuser de demander pardon et de réparer le mal que l'on a fait,
le summum étant atteint quand on pense, du haut de notre orgueil mal placé,
qu'on a tellement péché que Dieu même ne peut plus rien pour nous.
C'est ce qu'on appelle le péché contre l'Esprit, qui de fait est le seul irrémissible
parce que le pardon de Dieu ne peut nous atteindre si on refuse catégoriquement de le recevoir.
Mais si on demande humblement pardon, si on s'efforce, quoi qu'il en coûte,
de tout faire pour que ceux qu'on a maltraité retrouvent le chemin du bonheur,
alors rien n'est encore perdu.
Courage ! Avoir mal agit, c'est bien regrettable. Mais il ne faut pas s'en faire une raison,
et lutter de toutes nos forces pour redresser, avec l'aide de Dieu, ce qu'on a tordu tout seul.
"Le père Truc m'a dit qu'il fallait faire comme ça",
ce n'est jamais une excuse pour une façon d'agir ou de penser dans l'Église.
Tenir compte de ce qu'on nous a enseigné, très bien.
Mais ça ne nous dispense pas de nous renseigner en approfondissant un thème,
voire d'aller puiser à d'autres sources pour se faire son idée personnelle.
Ce n'est pas parce qu'on est chrétien qu'on doit penser ou agir
comme des robots qui se contentent de réciter le programme qu'on leur a entré dans la tête.
Quand Dieu nous est offert, refuser de le recevoir
juste parce qu'on ne peut pas communier dans la bouche alors que c'est notre habitude,
et que, dans certaines circonstances, on n'a d'autre choix que de le recevoir dans la main,
je trouve que ça s'appelle faire la fine bouche.
Pour rappel, lors de la dernière Cène, il ne me semble pas me souvenir
que les disciples aient agi ainsi.
Je ne saisis pas les chrétiens qui cherchent "qu'est-ce que Dieu veut nous dire ?"
dans tous les évènements de la vie quotidienne.
Ce que Dieu nous a dit, on le sait très bien : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Je ne vois pas ce qu'il aurait à ajouter, et encore moins pourquoi il chercherait à le faire
à travers des signes secrets cachés dans les actualités du monde.
Notre feuille de route, on l'a, et on sait parfaitement ce qu'on a à faire,
chacun selon ses charismes et sa générosité propres.
Je comprends que certaines personnes aient tout conflit en horreur,
et craignent plus que tout de devoir prendre parti et de se retrouver opposés à qui que ce soit.
Mais quand on aime non seulement la paix mais aussi le bien commun,
il y a des fois où on n'a pas le choix : soit on sort de sa zone de confort pour le défendre,
soit, en prétendant être neutre, on le trahit et, ce faisant, on se renie soi-même.
"Ne surtout pas agir", ça ne protège pas de l'injustice le faible et le pauvre.
Au contraire, ça permet aux violents et aux injustes de règner sans la moindre opposition,
et au mal de se répandre autant qu'il le veut en toute impunité,
protégé par le désir de tranquilité des paisibles.
Être capable de raisonnements logiques rigoureux et justes, c'est une chose.
Être rusé et savoir se débrouiller dans la vie, c'en est une autre.
Ce n'est pas incompatible, mais ce n'est pas la même chose.
Ce n'est pas parce qu'on est un intellectuel qu'on est forcément très malin,
ni parce qu'on est très malin qu'on est forcément très intelligent.
C'est dangereux, cette émulation malsaine qui existe entre certains prêtres,
à se vanter de qui a eu le moins de vacances, le moins de sommeil chaque nuit
ou le plus de repas qui ont sauté à cause de l'affairisme.
On n'est pas d'autant plus saint qu'on a une vie plus délirante et peu équilibrée.
Jésus n'a jamais demandé à ses disciples de courir dans tous les sens comme des poulets sans tête.