C'est curieux cette tendance à canoniser systématiquement les gens lors de leurs obsèques.
S'il suffisait d'être mort pour être saint, l'Église n'aurait pas institué les deux fêtes distinctes
que sont la Toussaint et le jour des morts.
Les institutions diocésaines ne mènent plus à grand-chose aujourd'hui,
et on a souvent l'impression, vu des paroisses, qu'elles ne servent qu'à se maintenir elles-mêmes,
créant des illusions d'activité dans le seul but de justifier leur existence.
Par contre, ce qui fonctionne toujours et qui porte des fruits invisibles mais splendides,
c'est la rencontre personnelle, sur le terrain, avec toute personne qui cherche Dieu.
Le monde actuel n'a que faire de structures rigides qui viennent d'en haut,
mais il a soif de rencontres humaines simples, bienveillantes et ouvertes à tous.
En 1949, Holzner écrit :
(les chrétiens du Ier siècle) devaient porter sur un plan spirituel l'idée fondamentale de la civilisation antique : "être citoyen", et devenir les membres du corps du Christ, les citoyens de la cité céleste, sans constituer pour autant un État dans l'État. Le chemin se trouvera aplani devant l'Eglise, lors de la chute du monde antique. l'Église devra alors créer, grâce à l'esprit chrétien, de nouvelles institutions sociales, dont les peuples jeunes se feront les protagonistes. Aujourd'hui ce temps semble définitivement révolu. Il n'existe plus de société chrétienne, d'État chrétien au sens de celui du Moyen Âge. Pour cette raison il nous faut, aujourd'hui plus que jamais, nous souvenir de nos forces essentielles. Une Église qui voudrait travailler de nos jours avec les méthodes anciennes, qui voudrait en appeler à des privilèges périmés, conditionnés par le temps, deviendrait un corps étranger. Placé dans une situation analogue, Paul nous dit : "cherchez ce qui est en haut !". (J. Holzner, Paul de Tarse, ed. 1950, p.533).
Comme quoi la situation actuelle n'est pas nouvelle, elle se voyait venir depuis bien longtemps,
et un état d'esprit de reconquête chrétienne du monde, de retour au passé,
ne mènerait à rien d'autre qu'à faire devenir le christianisme
définitivement obsolète aux yeux du monde.
Il est temps, au contraire, de tourner les yeux vers le Royaume de Dieu à venir,
et de laisser derrière nous
"le christianisme de ceux qui pensent humainement, des adeptes d'un christianisme embourgeoisé, mondain, qui s'installent confortablement ici-bas, et font de la politique avec les mêmes moyens et les mêmes armes que les enfants de ce monde"(ibid).
Si la façon de pratiquer le christianisme des siècles passés était si parfaite,
comment en est-on arrivés à l'apostasie qui touche tant de chrétiens de notre temps ?
La situation actuelle de l'Église n'est pas née de nulle part.
On trouve, au long des siècles, et dès le Nouveau Testament,
nombre de plaintes concernant des chrétiens qui sont retournés dans le monde.
C'est trop facile de tout mettre sur le dos du concile Vatican II, comme s'il avait tous les défauts.
Certes, il y a eu après lui des flottements dans la liturgie, des abus, voire des aberrations, ici ou là.
Mais il existe bien des endroits où tout ceci n'a pas eu lieu,
où les prêtres ont célébré fidèlement en n'ajoutant, n'enlevant et ne changeant rien au Missel Romain, quand bien même il serait en langue vernaculaire et non plus en latin.
A-t-on connu pareille désertion quand la liturgie, au IVè siècle, est passée du grec au latin ?
Certes non. Pourtant il s'agissait, là aussi, d'un changement important des habitudes
et il ne fait aucun doute qu'il y a eu, à cette occasion, des inconditionnels du "c'était mieux avant".
Mais le fond du problème est à chercher ailleurs, me semble-t-il.
Ce n'est que mon avis, mais le manque d'adhésion spirituelle intime de générations de chrétiens
aux enseignements du Christ, qui vont à contre-courant des ambitions et des envies du monde,
me semble être plus à blâmer que des changements cosmétiques dans la façon de célébrer.
Pour suivre le Christ, il faut accepter de porter la croix de l'amour inconditionnel du prochain.
Il y a inévitablement un renoncement aux biens de ce monde, et à "faire comme tout le monde".
Cette adhésion du coeur ne vient pas uniquement de la liturgie,
et elle est confrontée à la tentation d'abandon de Dieu qui se trouve en chacun de nous.
Qui est encore prêt à renoncer à tout pour suivre le Christ ?
Je ne parle pas des exceptions, mais du peuple de Dieu dans son intégralité.
Qui est prêt à renoncer à sa volonté propre, pour faire la volonté de Dieu ?
Qui est prêt à devenir, selon l'expression de saint Paul, l'esclave de Dieu ?
Le combat chrétien est un combat spirituel. Pas culturel. Pas des modernes et des anciens.
Donne-nous, Seigneur, la force d'accepter ton amour, et de te le rendre sans réserve,
en acceptant de t'aimer par dessus-tout et d'aimer notre prochain comme nous-même.
Parce que c'est là, et nulle part ailleurs, que se joue le défi de notre Salut Éternel.
Je ne crois pas à l'imposition de principes, même chrétiens, par la contrainte.
Le christianisme, c'est l'acceptation libre de l'amour de Dieu librement proposé.
Former la conscience pour nous aider à prendre la bonne décision, oui.
Imposer à la conscience des règles à exécuter sous peine de châtiments, non.
Que les choses soient claires : la foi chrétienne est basée sur
- les Saintes Écritures, en particulier les Évangiles et le Nouveau Testament ;
- la Tradition, qui les a illustrées et les mises en pratique au long de l'histoire ;
- et le Magistère, qui nous aide à vivre notre foi chrétienne dans le monde de ce temps.
Elle n'est pas basée sur des articles sur internet, des magazines, des blogs, la télé, la radio ;
ni sur l'opinion personnelle de tel curé, religieux, évêque voire cardinal ;
ni même sur des révélations privées ou des apparitions, ni sur les voyants ou les mystiques,
qu'ils soient reconnus ou non par l'Église.
Elle n'est basée ni sur ce blog, ni sur mon avis, ni sur celui d'aucune personne privée.
Si on veut être guidé par les enseignements du Christ, le seul et unique chemin sûr,
c'est celui des Saintes Écritures,
telles que les saints les ont comprises, vécues et transmises au cours des siècles,
et que le Magistère nous dit qu'il est juste et correct de les vivre aujourd'hui.
Tout ce qui vient d'ailleurs peut être juste, comme ça peut aussi être faux,
et se laisser guider par des opinions personnelles,
c'est prendre le risque de marcher dans la mauvaise direction
sans même en avoir conscience et avec une bonne foi
qui ne change rien au fait qu'on n'est pas nécessairement dans la vérité.
On entend souvent dire que les mots sont pires que des armes,
et qu'ils peuvent faire plus de dégâts qu'elles.
C'est sans doute vrai.
Le mensonge délibéré, qu'on appelle aujourd'hui post-vérité (incroyable mais vrai),
est responsable de millions de morts.
Par contre, pour les mots destinés à nous sauver du péché et de la mort,
j'ai souvent l'impression qu'ils tombent dans l'oreille d'un sourd,
et qu'il est bien rare qu'ils se concrétisent dans un effet visible.
Ils révèlent cependant le fond des coeurs, quelle que soit la réaction provoquée :
sommes-nous décidés à choisir Dieu comme notre roi et notre sauveur,
ou préfère-t-on n'en faire qu'à notre tête sans nous préoccuper de lui dans notre vie ?
On n'en a jamais fait "assez", en amour.
Parce que ce que l'on a fait hier, c'était bien, peut-être, mais pour hier.
Aujourd'hui, il faut recommencer à zéro.
Mais ce n'est pas une tâche désespérante à la Sisyphe, au contraire,
parce que celui qui aime bénéficie de ses bonnes actions,
par la paix, la joie et la satisfaction qu'elles lui apportent,
et quand on aime chaque jour, ça donne à chaque journée une valeur irremplaçable.
Autant un prêtre prêt à transiger sur tout peut vite poser des problèmes,
en particulier au niveau doctrinal et de fidélité à l'enseignement du Christ et de l'Église,
autant un prêtre qui n'admet de transiger sur rien en pose aussi,
en particulier au niveau de la miséricorde et de l'accueil de ceux qui sont loin de l'Église.
Pour la doctrine, sois un roc inébranlable.
Mais pour la charité, sois de la pâte à modeler, et tu agiras bien.
La paroisse, c'est là où s'origine la vie chrétienne par le baptême,
où on se forme par la catéchèse et les homélies,
où on vient chercher des forces auprès de Dieu à la messe ou dans les sacrements.
Mais c'est loin d'être le tout de la vie chrétienne : c'est un endroit essentiel de rassemblement,
mais la sainteté, c'est chez soi, au boulot, en vacances, bref dans la vie courante que ça se joue.