Nous sommes libres de nos choix et de nos actes,
mais pas de leurs conséquences.
On sait parfaitement que pour juger une situation de conflit, il faut écouter les deux parties,
et qu'on ne peut la comprendre ni être impartial tant qu'on n'a pas eu tous les sons de cloche.
Pourtant, régulièrement, on se contente d'une version univoque pour juger ce qui se passe,
surtout quand la version entendue nous émeut, nous touche personnellement ou nous arrange.
Penser que notre opinion est conforme à la vérité est alors illusoire, sans le moindre doute.
"Faire la morale", c'est devenu un gros mot,
au point qu'on ne fait plus des sermons à la messe, mais des homélies,
c'est à dire qu'on ne donne plus aucune leçon, mais on se contente de faire de la paraphrase.
C'est non seulement idiot mais c'est même carrément du vol :
On confisque au peuple de Dieu ce qui pourrait l'aider à s'améliorer et à se sanctifier,
en le remplaçant par de l'analyse de texte de niveau de CM2.
À quel moment un génie s'est dit : "oui, c'est vraiment ça dont a besoin le peuple de Dieu" ?
Nous avons tous d'excellentes raisons de nous prendre pour Dieu.
Qu'il s'agisse de penser qu'au fond, on sait mieux que lui ce qui est bon pour nous,
afin de pécher au lieu d'obéir à ses commandements de façon droite et sincère ;
ou qu'il s'agisse de penser qu'il est en notre capacité de sauver le monde,
en oubliant que le Sauveur est déjà venu, et qu'il n'y en a réellement qu'un seul ;
ou encore en changeant la théologie à notre gré et comme ça nous arrange,
ajoutant ou enlevant ce qui nous plait ou pas, parce qu'on a mieux compris les mystères de Dieu
que l'intégralité des chrétiens qui nous ont précédés et que l'Église a déclaré saints.
Le pire, c'est que souvent nous cachons cette usurpation sous une prétention d'humilité,
et qu'on arrive même à se faire illusion et à croire sincèrement que l'on est meilleur que les autres,
tout en ne faisant, au fond, que ce qui nous plait et nous fait briller.
Si nous passons notre temps en paroisse à nous féliciter les uns les autres,
alors nous avons déjà reçu notre récompense, et Dieu n'aura rien à ajouter.
Si c'est vraiment pour lui que nous agissons, ne cherchons pas la gloire humaine,
mais faisons les choses qui conviennent d'être faites, juste parce que nous le voulons bien.
Dieu reconnaitra les siens.
Prier chaque jour est important. Mais il n'y a pas qu'une seule façon de prier,
et on n'est pas obligés de répéter des prières toutes faites, quelles qu'elles soient.
On peut parfaitement aussi tout simplement parler à Dieu, parce que depuis qu'il s'est incarné,
il est l'un de nous, et on peut lui raconter des choses sans être nécessairement formels.
J'entends souvent des gens dire, quand ils perdent un proche, qu'il "mérite d'aller au ciel".
Je ne dis rien, parce qu'ils ne sont pas en état d'entendre la vérité,
mais personne ne "mérite" le ciel.
C'est le sacrifice de Jésus sur la croix qui l'a mérité pour nous,
et les sacrements que nous recevons qui nous transmettent ce mérite et nous rendent dignes de Dieu,
parce qu'ils viennent de lui, qui seul est véritablement, intégralement et parfaitement bon.
C'est donc si simple que ça, de mériter le ciel, il faut juste recevoir les sacrements ?
Si c'était simple, s'il n'y avait pas à lutter contre le diable qui nous susurre que ça ne sert à rien,
et contre la tentation du "j'ai pas besoin de Dieu pour me sauver, je peux le faire tout seul",
les églises ne désempliraient pas, et il y aurait la queue pour entrer au paradis.
Pour les sceptiques, qui pensent que les commandements de Dieu ne servent à rien,
et qu'ils ne sont là que pour nous empêcher de profiter de la vie,
c'est dommage mais la seule façon d'en avoir le coeur net, c'est de les mettre en pratique.
Il n'y a qu'en menant une vie conforme aux enseignements du Christ jusqu'à la fin de ses jours
que l'on pourra savoir s'il avait raison, et si ça mène au Royaume des Cieux ou pas.
J'ai connu l'époque où être engagé dans l'Église, c'était faire partie d'un service paroissial.
Cette époque est maintenant quasiment révolue, il n'y a plus grand monde qui veuille s'engager
à passer énormément de temps dans les paroisses, et dans un sens, ce n'est pas plus mal,
parce que faire partie de l'Église, c'est d'abord et avant tout aimer Dieu en esprit et en vérité,
en aimant Dieu par-dessus tout et son prochain comme soi-même,
et ce n'est pas seulement dans la paroisse que ça se joue, mais aussi et surtout en dehors d'elle.
J'ai déjà eu des courriers de "libres penseurs" pour demander à être rayés des livres de baptême.
Ça me fait rire à chaque fois.
Déjà, puisqu'ils sont devenus libres penseurs, il faut qu'ils fassent ce qu'ils font tous,
parce que penser librement, c'est faire comme tous les autres, bien sûr, c'est logique.
Ensuite, ils recopient des lettres standard qu'ils trouvent sur internet,
parce que penser librement, c'est recopier ce que d'autres ont écrit pour nous, bien sûr.
Enfin, qu'est-ce qu'ils en ont à faire d'être inscrits sur des registres de baptême ?
S'ils pensaient librement, ils devraient penser que la religion n'est rien, qu'elle est sans intérêt,
et alors avoir leur nom dans un livre ne devrait leur faire ni chaud ni froid ?
Aaah, mais c'est qu'ils sont entrés dans la libre pensée comme on entrerait en religion,
ils en adoptent les modes, les codes, les expressions, les pensées clé-en-main prédigérées,
et comme souvent en religion, celle-ci cherche à s'affirmer
en se mettant en concurrence contre les autres, surtout contre celle dont proviennent ses membres.
C'est une façon de chercher à exister comme une autre, n'est-ce pas.
Si ça, ça s'appelle penser librement, alors moi je suis le Dalaï Lama.
On tient beaucoup aux habitudes qui nous ont été transmises par des êtres aimés quand on était petit.
Elles ont cependant le défaut de ne pas être passées par l'analyse de notre raison,
et bien qu'elles constituent une tradition pour laquelle on a une grande affection,
elles ne sont pas nécessairement opportunes ni même sensées,
bref elles n'ont pas nécessairement une valeur objective (oui je sais c'est difficile à entendre).
C'est la raison pour laquelle, bien qu'on y soit très attaché sentimentalement,
il ne faut pas être dogmatiques pour les imposer à d'autres ou les défendre bec et ongle,
au moins tant que l'on n'a pas vérifié par nous même et sérieusement leur bien-fondé.
Si je fais une enquête qui s'intitule :
"enquête pour prouver que les haricots rouges sont mauvais pour la santé",
il ne faudra pas s'étonner si c'est en réalité un réquisitoire à charge,
puisque le résultat est déjà dans le titre.
En revanche, si l'enquête s'intitule :
"enquête pour déterminer l'influence sur la santé des haricots rouges",
alors il est permis de penser qu'elle sera aussi objective que possible,
et donc plus utile à tous par nature.
Vouloir prouver qu'on a raison de penser ce que l'on pense,
c'est tout sauf une démarche scientifique, même quand ça cherche à s'en donner la respectabilité.
C'est partisan, c'est biaisé, et ça ne vaut pas mieux qu'un autel érigé à sa propre gloriole.
Les gens qui ne veulent que ton bien,
et qui pour ce faire ont des produits miracles à te vendre,
très chers "mais bon c'est de la qualité, ça ne vient pas des grands groupes", n'est-ce pas...
ça devrait immédiatement faire sortir nos antennes de détection d'arnaque.
Les gens qui vivent des solutions miracles qu'ils vendent, c'est suspect par définition.
Vouloir lutter contre le cléricalisme en supprimant les prêtres dans l'Église,
c'est comme vouloir lutter contre la boulimie en supprimant la nourriture dans les supermarchés.
Le problème ne vient pas de l'institution sacerdotale, qui soit dit en passant,
a été explicitement voulue par Jésus, il conviendrait tout de même de s'en souvenir.
Il vient de la difficulté que peuvent rencontrer certains à garder les pieds sur terre
dès qu'on leur confie la moindre responsabilité, qui tout d'un coup leur fait croire
qu'ils sont devenus quelqu'un d'important, et qu'ils peuvent imposer leur volonté à tout le monde.
J'ai bien plus souvent rencontré des laïcs cléricaux que des prêtres qui le soient,
si tant est que mon expérience personnelle dans ce domaine puisse avoir la moindre importance.
Charlemagne voulait avoir la paix dans son empire.
Il a pensé que, pour n'avoir aucun motif de division,
il fallait une façon uniforme de célébrer la messe,
parce qu'il savait par expérience que, là où il y a des particularismes,
il y a les racines de la division et du : "je suis meilleur que toi parce que je fais comme-ci comme-ça".
Du coup il a envoyé Paschase Radbert à Rome, avec l'instruction de noter avec soin et en détail
tout ce qui s'y faisait, et d'en faire ce qui allait devenir le premier missel de l'Église,
constellé de rubriques destinées à éviter toute tentative d'improvisation personnelle.
Ensuite, il l'a imposé à tous, ne gardant, dans de très rares cas et de façon très limitée,
que les rites particuliers les plus remarquables et les plus riches, théologiquement parlant,
comme le rite Mozarabe à Tolède ou le rite Milanais ou Lyonnais, par exemple,
restreints à une chapelle donnée et à une fraternité formée pour les conserver tels quels.
Et devinez quoi ? Il a eu la paix dans son empire, au moins au niveau de l'Église,
qui priait partout, d'un seul coeur et d'une seule âme,
comme si elle était à Rome en train de suivre la messe du pape lui-même.
Ça vaut ce que ça vaut, mais l'idée vaut au moins le coup d'être mentionnée,
parce que si les disciples du Christ sont divisés entre eux, comment le monde croira-t-il ?
Quand on n'ajoute rien, qu'on n'enlève rien et qu'on ne change rien au missel,
et qu'on se contente de le suivre au pied de la lettre sans en changer une virgule,
la messe est un moment privilégié avec Dieu, où le silence, la prière et l'adoration ont leur place.
Mais que l'on ait un prêtre qui commence à faire de l'improvisation et à tout faire à sa sauce,
et ce n'est plus la messe que l'on suit, mais le prêtre.
Le protagoniste de la messe, c'est Jésus. Nous, prêtres, n'en sommes que les serviteurs.
Tirer la couverture à soi en en faisait des caisses pendant la messe, c'est malhonnête.
Le seul moment où on peut se laisser un peu aller, c'est l'homélie, et c'est bien suffisant.
Quant aux animateurs liturgique, je ne sais même pas ce qu'ils font là.