L'incompétence à faire le mal n'est pas une vertu,
mais la décision de ne pas en commettre alors qu'on le pourrait, si.
Nous fêtons aujourd'hui Sainte Marie, Mère de Dieu. Comme ce titre nous semble familier, au point d'exprimer une simple évidence ! Et pourtant, il a été l'objet d'âpres discussions, de lettres fameuses, de condamnations par anathèmes et il a même fallu un concile pour l'établir une bonne fois pour toutes à la chrétienté.
Le point de départ de la polémique n'a à voir avec Marie que de façon indirecte. Ce qui est mis en cause, c'est le fait que Dieu se soit incarné, c'est à dire que la nature divine se soit unie à la nature humaine dans le sein de Marie pour ne plus former qu'une seule personne, à la fois vrai Dieu et vrai Homme. Si c'est simple à expliquer (à défaut d'être simple à comprendre), c'est parce que nous bénéficions, nous, d'un vocabulaire clair et précis, ce qui n'était pas le cas de ceux qui ont dû l'inventer pour exprimer leur foi. Le concept de "personne" n'existait pas à l'époque du Christ, et on jonglait avec des mots qui exprimaient la personne chez les uns, la nature chez les autres, sans parvenir à se comprendre ni à se mettre d'accord. Je vous fais grâce des circonvolutions théologiques qui ont parlé "d'hypostase", de "ousia", de "physis" ou de "prosopon", c'est du grec, littéralement. À vrai dire, si ces discussions étaient monnaie courante dans l'antiquité, je ne suis pas certain que beaucoup de chrétiens seraient aujourd'hui capables de donner une définition de Jésus Christ qui ne leur vaille pas d'être anathèmes. La chose était pourtant d'un intérêt fondamental : si Jésus n'est pas vraiment Dieu, alors il ne peut pas nous sauver. S'il n'est pas vraiment Homme, alors on ne peut pas être sauvés. Il fallait, pour qu'il nous sauve et que nous soyons sauvés, qu'il soit à la fois vrai Dieu et vrai Homme, Dieu qui nous sauve et Homme qui accepte et reçoit pleinement le Salut, premier-né d'entre les morts. Le tout étant uni, de manière indivisible, en la personne de Jésus Christ.
Bon, ne restons pas dans le suspens plus longtemps, c'est bien ce que le concile d'Éphèse de 431 confirma et déclara. Par Marie, Jésus est bien à la fois vrai Dieu et vrai Homme, une seule personne unissant deux natures, pour notre Salut. Elle est donc, en vérité, Mère de Dieu, non parce qu'elle aurait engendré à elle seule la divinité qui l'a créée, bien évidemment, mais parce qu'elle a engendré Jésus Christ, qui est véritablement fils de Dieu engendré non pas créé, et fils de Marie par la conception. Sans la nature divine de Jésus, pas de Salut, mais sans la nature humaine concédée par Marie, pas de Jésus, et donc pas de Salut non plus.
Je n'ai pas fait dans la simplicité, aujourd'hui, parce qu'il faut que nous soyons conscients de la dette immense de toute la chrétienté, de toute l'humanité, envers Marie. Elle n'est pas juste un canal qui aurait permis à Dieu de s'incarner, elle est aussi, en vérité, mère de Dieu fait Homme. Elle est celle par qui la rédemption voulue par Dieu a pu prendre corps, vraiment. Sans son "oui", nous serions toujours soumis au péché et à la mort. La vénération qu'elle mérite n'est pas usurpée, son titre n'est pas seulement honorifique. Merci, Marie, pour l'amour de Dieu qui était et qui est le tien : grâce à lui, nous sommes sauvés ! Bénie sois-tu, Mère de Dieu et notre mère !
Si quelqu'un ne peut pas aller à la messe pour une raison d'âge, de santé,
d'éloignement géographique sans moyen de transport ou de manque de prêtres,
mais qu'il suit la messe à la télévision ou sur le net, ou en lisant son missel,
ou qu'il vit un vrai temps de prière pour la remplacer,
ce n'est pas un non-pratiquant, c'est parfaitement évident :
c'est juste quelqu'un qui pratique du mieux qu'il peut avec les moyens du bord.
Le cas de quelqu'un qui ne va plus à la messe parce que ça ne l'intéresse pas est très différent.
Dans ce cas, il s'agit juste d'un abandon de sa religion,
et même s'il pense demeurer croyant, ce n'est qu'une illusion,
parce que prétendre croire en Dieu sans l'écouter, sans lui parler, sans le fréquenter,
et sans avoir rien à faire de ce qu'il nous demande,
c'est se mentir à soi-même sur la nature de notre relation véritable avec lui.
Quand je dis ça, ce n'est pas pour juger les gens,
c'est juste pour aider ceux qui vivent dans l'illusion à y voir un peu plus clair.
Après chacun vit bien comme il le veut, et s'il y en a qui veulent vraiment rejeter Dieu,
c'est à eux de voir, mais au moins qu'ils en soient conscients.
On ne peut prétendre aimer Dieu si on méprise sa façon de penser et d'agir.
Or lui, il aime les pauvres, les petits et les pécheurs, qu'ils soient publics ou privés.
Si nous, on les déteste, il est difficile de prétendre être ses disciples,
alors qu'il est venu sur terre pour eux, et non pour les justes.
Prétendre que l'Église serait une structure de péché, qu'elle serait néfaste par définition,
et qu'il ne s'agirait que d'un repaire de pervers et d'orgueilleux qui se protègent mutuellement,
c'est un mensonge éhonté.
Qu'il y ait des pécheurs dans l'Église, certes, puisque Dieu seul est saint.
Mais être pécheur ne signifie pas aimer cette situation ni s'en satisfaire ou s'en féliciter,
et l'Église n'a d'autre but que de nous guider vers le Salut, la rédemption et le changement de vie,
de nous faire passer de l'égoïsme et du nombrilisme à l'amour de Dieu et du prochain,
en annonçant inlassablement le Christ et la venue de son Règne.
Pendant des decennies, on a choisit de faire du catéchisme des enfants une "expérience de vie"
plutôt qu'un cours où on enseignerait les vérités de la Foi de façon formelle.
Résultat des courses, on se retrouve avec des générations de chrétiens qui ont peut-être la Foi,
mais qui n'ont pas la moindre idée de ce en quoi elle est censée consister.
Il ne savent même pas qu'elle se vit en communauté,
et encore moins qu'elle a une origine sacramentelle.
Comme quoi le rejet radical de tout intellectualisme n'est pas nécessairement une bonne chose,
d'autant que savoir en quoi consiste la Foi n'est pas incompatible avec le fait de la vivre.
On n'attend pas que quelqu'un soit guéri pour lui donner des médicaments,
comme s'il s'agissait d'une récompense gagnée par sa bonne volonté de guérison.
De la même façon, les sacrements ne sont pas faits pour ceux qui n'en auraient pas besoin
parce qu'ils auraient déjà une vie en parfaite adéquation avec leur foi chrétienne.
Les sacrements ne sont pas une récompense, mais un remède à base d'Esprit Saint.
Les gens qui sont rassurés par les règles, c'est courant,
au point qu'il y en a qui en inventent alors qu'elles sont parfaitement inutiles,
voire qui les imposent à tous alors qu'elles n'existent que dans leur imagination.
Suivre des règles parce qu'elles servent à quelque chose ou que c'est la loi, pourquoi pas.
Mais en inventer et en imposer à notre entourage juste parce que ça nous fait plaisir, non.
On peut éventuellement imposer l'obéissance par la force,
mais certainement pas l'amour, ni de son prochain, ni de Dieu.
La mission de l'Église étant de transmettre la connaissance du Christ
et en particulier le commandement qu'il nous a laissé de nous aimer les uns les autres,
elle ne peut être dirigée par la force, sous peine de manquer inévitablement son but.
La sainteté n'a rien à voir avec la mise en conformité avec un but à atteindre prédéfini,
qui serait le même pour tous et correspondrait à une sorte de perfection immaculée.
Non, la recherche de la sainteté, c'est s'efforcer de faire du mieux qu'on peut avec ce qu'on a,
comme la pauvre veuve qui donne ses deux piecettes,
ou celui à qui on a confié deux pièces et qui en gagne deux autres.
Nul ne peut donner ce qu'il n'a pas, nul ne peux gagner plus que ses capacités ne le permettent,
et si on juge la sainteté des gens par rapport à un idéal fantasmé, on se trompera toujours sur eux,
et sur leur proximité réelle avec Dieu.
Un curé de paroisse n'est pas un juge ni un maître d'école,
il n'est pas là pour juger ses paroissiens ou pour distribuer des bons ou des mauvais points,
mais pour aider et accompagner toute personne qui cherche Dieu
et qui veut, même maladroitement, s'efforcer de faire sa volonté, ou au moins une partie.
Tiens, j'entends de plus en plus souvent des chrétiens très très croyants
traiter de "possédés" ou de "francs maçons" tous ceux qui les irritent,
que ce soit parce qu'ils ne pensent pas comme eux ou parce qu'ils ne les aident pas.
Alors on peut être très très croyant et avoir tort sur plein de sujets,
et ce n'est pas parce qu'on est très très croyant que tout le monde nous doit des services.
Déprécier systématiquement toute différence de façon de penser ou d'agir n'est pas légitime,
et ça a plus à voir avec de l'amour propre blessé qu'avec une opposition des gens à Dieu.
Avoir la foi ne fait pas de nous des dieux intouchables que tout le monde devrait vénérer.
Il y a des gens qui pensent que, parce qu'ils sont chrétiens,
ils sont nécessairement protégés de tous les problèmes qui atteignent le reste de l'humanité.
Alors s'il fallait qualifier cette croyance, je n'appellerais pas ça de la confiance,
mais plutôt de l'orgueil superstitieux.
Jésus lui-même n'a échappé ni aux tentations, ni à la trahison, ni à l'injustice,
ni au mépris des "parfaits", ni à leur haine féroce, ni à la souffrance, ni à la mort.
Qu'est-ce qui nous fait croire que nous, pécheurs, ne devrions risquer aucun mal,
alors que Jésus a souffert des conséquences des péchés du monde
sans en avoir jamais commis aucun lui-même ?