Se sentir visé personnellement par quelque chose qui, par nature, s'adresse à tout le monde,
je me demande si ça ne serait pas un symptôme de nombrilisme aigu.
Le fait qu'on ne vive pas parfaitement selon les principes chrétiens ne les rend pas moins importants,
et ne justifie en aucune façon qu'on les change pour qu'ils s'adaptent à nous.
Ils sont là pour nous guider sur la route étroite qui mène à la vie éternelle dans le Royaume de Dieu,
et si on les change pour les rendre plus avenants, le chemin sera peut-être plus facile à suivre,
mais il ne nous mènera qu'à notre perte.
"Tolérance", ça ne fait pas partie du vocabulaire biblique.
"Intolérance" non plus, d'ailleurs.
Non, le vocabulaire biblique nous parle de péché,
et Jésus nous dit que quand on voit son frère qui est dans le péché,
on doit l'avertir pour qu'il puisse se convertir.
Tout simplement parce que le bien de l'être humain se trouve dans l'amitié avec Dieu,
et qu'on ne peut être son ami quand on fait autre chose que ce qu'il nous a dit être bon.
Laissés à notre libre arbitre, sans indications pour savoir comment l'utiliser,
il nous fait vivre malheur sur malheur,
au point que même ceux qui ne croient pas en Dieu finissent par lui en vouloir.
Il est courant de confondre exigence et dureté,
et familiarité avec copinage.
Dieu est exigeant, mais il n'est pas dur : il est toujours prêt à pardonner.
Cependant sa volonté est vérité, et elle est immuable, elle ne va pas changer pour nous faire plaisir.
On peut être les familiers de Dieu, mais ça ne nous donne aucun passe-droit,
et si on croit qu'être amis de Dieu signifie qu'on peut faire n'importe quoi, on est dans l'erreur.
Il est facile de confondre le messager et la teneur du message qu'il délivre.
Dans les guerres des temps anciens, celui qui annonçait la victoire pouvait se voir couvert d'or,
tandis que celui qui annonçait la défaite risquait sa tête.
Eh bien de nos jours, quand un prêtre prêche l'évangile tel qu'il est écrit,
sans l'édulcorer, le manipuler ou l'amputer,
il n'est pas rare qu'il soit mal vu, et considéré comme un homme inflexible et peu avenant.
C'est drôle, parce que ceux qui le jugent ainsi considèrent Jésus comme gentil et agréable.
Pourtant, c'est Jésus, l'auteur du message.
Le prêtre qui le délivre en en respectant scrupuleusement la teneur n'est que le messager.
Et quand le message est rejeté, ce n'est pas le prêtre que l'on rejette, en réalité, mais le Christ.
Ce Christ que l'on prétend par ailleurs aimer,
et dont on pense qu'il n'a rien à nous reprocher.
La vérité ne s'impose pas par la force, elle ne peut qu'être exposée à notre considération.
Ensuite on en tient compte, ou on n'en tient pas compte.
Par contre, les conséquences de notre façon d'agir, elles, s'imposeront à nous.
Plus on vit près de la vérité, en étant attentifs à ce qu'elle nous dit,
et en s'efforçant d'obéir le plus docilement possible à tout ce qu'elle nous enseigne,
plus notre vie sera paisible, épanouie et heureuse.
Plus on s'en éloigne, ne tenant compte d'aucun autre avis que du nôtre,
plus on va en baver et passer notre temps à se cogner la tête contre les murs de la réalité,
parce qu'on avancera dans la vie comme si on était sourd, aveugle et boiteux.
J'ai souvent remarqué que, dans les couples mariés,
plus les hommes vieillissent, plus ils n'ont qu'un seul objectif : qu'on leur foute la paix;
plus les femmes vieillissent, plus leur objectif est qu'on les écoute, voire qu'on leur obéisse.
Enfin, tout ça ne dure qu'un temps, parce que pour rester ensemble,
il faut bien que l'un et l'autre apprennent à faire des concessions et à raboter leurs prétentions.
Ça me fait toujours rire quand des gens s'énervent contre Jésus ou contre Dieu,
parce que quelque chose qu'ils ont lu dans les Saintes Écritures leur échappe,
et qu'il leur semble que Dieu est trop exigeant, ou trop inflexible, voire carrément méchant.
Que des pécheurs se permettent de mettre en jugement l'Amour,
qu'ils se sentent autorisés à lui expliquer ce qu'il devrait être et comment il devrait agir,
je trouve ça désopilant, vraiment.
Être chrétien, c'est avant toute considération mystique, liturgique, dogmatique etc etc...
donner foi au témoignage des apôtres, et à la chaine ininterrompue de témoins depuis lors,
qui nous ont dit ce qu'ils ont vu, entendu, touché et vécu : Jésus était mort et il est ressuscité.
C'est d'abord ça, être chrétien. Croire que c'est possible que Dieu ait ressuscité Jésus Christ.
Il n'y a besoin ni d'étouffer sa raison, ni de croire n'importe quoi, ni d'être un bisounours,
ni d'avoir des visions ou des révélations particulières, ni d'être une grenouille de bénitier.
Si je précise tout ceci, c'est parce qu'on confond souvent le christianisme avec sa caricature.
Adam et Ève ont décidé par eux-mêmes ce qui était bon ou mauvais, et ils se sont trompés.
La vie chrétienne consiste à accepter d'entendre de la bouche du Christ ce qui est bon ou mauvais,
et de s'efforcer de l'accepter tel quel, sans le discuter, le déformer ou l'oublier.
C'est à ce prix que le feu du péché originel, éteint par le baptême, ne continue pas à fuser en nous,
et ne risque pas de reprendre en essayant de ruiner notre vie par des péchés personnels
comme il a ruiné celle de nos premiers parents.
Là où il n'y a pas de gratuité, inutile de chercher de l'amour.
Tout ce qu'on pourra trouver, c'est de la contrefaçon, de l'usurpation ou de la manipulation.
Attention cependant : si on est libre de pratiquer la gratuité soi-même, ce qui est une bonne chose,
chercher à l'imposer à son entourage serait contraire au principe même de l'amour.
En effet, encore une fois, pour être authentique, l'amour doit être librement consenti par chacun
et il ne peut jamais être forcé chez les autres, en aucune façon ni par qui que ce soit.
Il y a des régions en France où il est habituel d'appeller le prêtre "père".
Faut-il changer pour obéir à l'injonction de Jésus de n'appeller personne "père" ?
Le fond du problème n'est pas là, mais dans le fait de se prendre pour Dieu.
Si un prêtre, quel que soit son rang dans l'Église, venait à se prendre pour le Christ,
dénaturant les paroles de celui-ci pour imposer son agenda et ses idées personnelles,
alors oui, voilà une façon d'agir qui serait en pleine désobéissance contre l'enseignement du Christ.
Aucun prêtre, qu'il soit vicaire, curé, abbé, évêque, cardinal voire pape, n'a ce droit ni ce pouvoir.
Le seul et unique prêtre de l'Église Catholique, en rigueur de terme, c'est Jésus Christ.
Nous qui partageons avec lui ce titre ne sommes que ses vicaires, et rien d'autre.
Nous lui donnons notre vie pour qu'il puisse agir, à sa guise et conformément aux Saintes Écritures,
à travers nous. Mais il n'a jamais demandé à aucun prêtre de le remplacer,
et encore moins de se prendre, de manière autocratique, pour la Parole de Dieu faite homme.