On ne peut prétendre connaître l'amour
tant qu'on ne connait rien à la gratuité.
Ça m'ennuie toujours quand on élève quelqu'un de consacré à Dieu au rang de vedette.
On a déjà eu des vedettes dans l'Église, comme soeur sourire ou le père Duval,
et ça finit souvent très mal.
On ne peut appartenir au Christ et aux médias en même temps.
C'est comme établir sa demeure dans un champ de mines.
Ce n'est pas une vertu d'être timide, faible, facile à convaincre ou d'avoir un caractère soumis.
Ce qui est une vertu, c'est d'avoir les moyens de se défendre efficacement,
et de ne pas s'en servir quand on pense qu'il peut en sortir un bien supérieur
au droit inaliénable et tout à fait légitime de protéger ses intérêts personnels.
Savoir dire non est important, en particulier quand on est généreux, parce que sinon,
ce que l'on offrait au début comme des faveurs sera vite considéré comme des droits, à nos dépends.
Or, être généreux parce qu'on le veut bien, soit. Mais on a parfaitement le droit de changer d'avis,
ce n'est pas un dû, et ce n'est pas parce qu'on est chrétien qu'on doit se laisser forcer la main.
Ce n'est pas parce que le libre arbitre est libre qu'il est nécessairement bon et clairvoyant.
Ce que nous décidons dans la souveraineté de notre volonté propre n'est bon
quand quand nous nous appliquons à suivre le chemin, la vérité et la vie qu'est Jésus Christ.
Quand nous nous en détournons pour n'en faire qu'à notre tête, alors ça peut vite devenir un mal.
L'amour de l'argent et l'amour du prochain sont incompatibles à de nombreux niveaux,
ne serait-ce que parce que, quand on est riche,
on ne sait jamais si on est aimé pour soi-même ou pour ce qu'on pourrait nous soutirer.
Ça doit rendre drôlement paranoïaque, d'être riche. En tous cas, il serait logique de le devenir,
et aussi de devenir cynique, parce qu'on croit savoir à l'avance pourquoi on intéresse les autres,
quand bien même ils n'auraient envers nous qu'une amitié authentiquement désintéressée.
Aimer la Parole de Dieu, c'est sans aucun doute une excellente chose.
Mais tant qu'à faire, il faut aller jusqu'au bout, et aimer celui qui les a prononcées.
C'est l'amour de Jésus Christ qu'il faut rechercher et auquel il faut se tenir,
pas juste l'obéissance à des commandements dont on aurait oublié l'auteur.
C'est l'amour de Jésus qui caractérise le christianisme, pas juste des "valeurs".
J'ai souvent rencontré des chrétiens, prêtres et laïcs, qui avaient pour ambition
de faire sur terre le travail de Dieu, persuadés qu'il avait besoin d'eux pour le remplacer.
Mais quand Dieu veut que quelque chose soit fait, et bien fait, il le fait lui-même, merci bien.
Que nous soyons dociles à ses commandements, oui, c'est notre intérêt, de toutes façons.
Mais que nous nous prenions pour lui, ou que nous pensions qu'il ne peut pas se passer de nous,
c'est plus un chemin vers l'auto-satisfaction que vers la sainteté.
Tiens, j'ai lu une chose importante dans un article de la communauté des Béatitudes :
Ce n'est pas à cause de ses efforts ou de son assiduité que Dieu aime l'âme :
elle lui est aussi chère dans les moments d'obscurité et d'incapacité.
Dieu n'a pas besoin de sa ferveur ou de ses oeuvres pour l'aimer :
celles-ci doivent être une réponse à l'amour que Dieu lui porte,
et non le prix à payer pour recevoir cet amour.
Les choses qui ont une vraie valeur n'ont pas de prix.
Non, mais littéralement, je veux dire.
Elles sont gratuites. On ne peut pas les posséder.
On ne peut que les recevoir avec gratitude quand elles sont gracieusement offertes.
De toutes façons, dès le moment où on peut acheter quelque chose,
c'est que ça n'a qu'une valeur limitée,
quel que soit le prix.
Qui voudrait acheter l'amour ne recueillerait que mépris.
Quand on est prêtre, on a un domaine de compétence qui est le christianisme,
c'est à dire tout ce qui concerne le Christ, ses enseignements, les sacrements, tout ça tout ça.
Quand on sort du christianisme, on sort de notre domaine de compétence.
Du coup nos idées ou sur d'autres sujets ne valent pas plus que celles de n'importe qui d'autre.
Ce n'est pas parce qu'on est prêtre qu'on est Dieu, et on n'a pas de réponse pertinente à tout,
particulièrement quand il s'agit de sujets qui n'ont rien à voir avec celui que l'on maitrise.
La sagesse ne vient avec l'âge que si l'on a accepté humblement d'écouter les leçons de la vie,
qu'on les a retenues, et qu'on en a tenu compte pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Sans ça, il n'y a pas de raison d'être plus sages en étant vieux qu'on ne l'était dans notre jeunesse,
c'est même plutôt le contraire qui se produit naturellement quand on est orgueilleux et têtu.
Un petit apophtegme des Pères du désert :
Deux vieillards demeuraient ensemble et jamais ils ne s'étaient querellés. Le premier dit à l'autre : "faisons, nous aussi, une querelle comme tout le monde". Celui-ci lui répondit : "je ne sais pas comment se produit une querelle". L'autre dit : "vois, je mets une brique au milieu, et moi je dis qu'elle est à moi, et toi, dis : non, mais elle est à moi; et ainsi vient le commencement." Ainsi firent-ils; et le premier dit : "c'est à moi". L'autre dit : "non, mais c'est à moi". Et le premier répondit : "oui oui, prends-là et va". Et ils se retirèrent sans même avoir pu trouver à se disputer ensemble.
Le péché contre l'Esprit, ça concerne ceux qui prétendent que Jésus n'est pas le Fils de Dieu,
et qu'il n'y a pas plus d'Esprit Saint ni de Trinité que d'arbres à beurre.
Alors après s'être incarné, être venu vivre parmi nous et avoir donné sa vie pour nous sur la croix,
c'est quelque chose qui ne passe pas pour Dieu d'être traité avec ce dédain.
Ceux qui nient la Trinité, l'incarnation du Fils de Dieu et le don de l'Esprit Saint,
et qui enseignent aux autres à en faire autant, ont du souci à se faire.
Et je préfère vraiment être à ma place qu'à la leur,
parce que le camp qu'ils ont choisi ne bénéficiera pas du pardon de Dieu, nous dit Jésus.
Marie est restée vierge avant, pendant et après la naissance de Jésus,
parce que Dieu peut entrer en nous sans effraction,
nous faire porter du fruit sans forcer quoi que ce soit en nous,
et qu'une fois que Marie est devenue mère de Dieu, elle a consacré toute sa vie pour lui,
ne pensant plus à elle et ne pouvant penser à aucun autre enfant.
Si sa virginité est miraculeuse, elle n'en est pas moins logique.